Sports

Pourquoi tout le sport de l'été est sur France Télévisions

Yannick Cochennec, mis à jour le 12.07.2012 à 6 h 16

Tour de France, Jeux olympiques, Roland-Garros... Les chaînes du service public ont un quasi-monopole sur certains grands événements. Mais la compétition avec les autres chaînes n'est pas à armes égales.

Lors des Commonwealth Games à New Dehli le 10 octobre 2010, REUTERS/Tim Wimborne

Lors des Commonwealth Games à New Dehli le 10 octobre 2010, REUTERS/Tim Wimborne

L’été sera glorieux pour France Télévisions en termes d’audiences grâce au sport. Après Roland-Garros, qui a permis aux chaînes du service public de grignoter temporairement quelques parts de marché, voici venu le temps du Tour de France, éternel tube cathodique de juillet, en attendant les Jeux olympiques de Londres que France Télévisions va retransmettre en intégralité.

A contrario, TF1, qui pique du nez depuis déjà quelques mois, risque de traverser un été grisâtre qui sera à peine réchauffé par les très bons chiffres de l’Euro de football. La première chaîne -comme M6- a perdu un peu d’argent comme d'habitude lors d’un tel événement en raison du coût des droits et de l’échec relativement prématuré des Bleus, mais a limité la casse.

Pour les grandes chaînes de télévision «gratuites», le sport est un vrai dilemme. Il coûte de plus en plus en cher et dans la plupart des cas, malgré des tarifs de publicité parfois conséquents, il ne leur permet pas d’amortir leurs frais. Mais il reste indiscutablement l’un des très rares leviers susceptibles de faire bondir les courbes d’audience dans l’univers de plus en plus éclaté de la TNT et de plus en plus concurrentiel des chaînes véritablement payantes.

En termes d’image, le sport, si fédérateur -qualificatif qu’adorent les directeurs d’antenne-, est un bain de jouvence face au déclin de ces chaînes traditionnelles. Les années paires (années de Jeux olympiques, de coupes du monde et d’Euro), 15% des plus gros succès d’audience sont assurés en moyenne par la programmation de retransmissions sportives.

Evénements historiques ou emblématiques

Comme la BBC en Grande-Bretagne, France Télévisions continue de faire de la résistance en ayant gardé la main sur des événements aussi historiques que les Jeux olympiques, le Tour de France, Roland-Garros, le tournoi des VI nations et quelques autres rendez-vous emblématiques comme Paris-Roubaix, les coupes de la Ligue et de France de football, les championnats du monde et d’Europe d’athlétisme, la finale du Top 14…

A côté du groupe public, M6 et TF1 font pâle figure. Hormis quelques matches de l’équipe de France de football, M6 n’a jamais montré un réel intérêt pour le sport –ce qui ne l’empêche pas de bien se porter au niveau de son cours de bourse.

Depuis qu’elle a été privatisée en 1987, TF1 ne cesse, en revanche, d’abandonner les terrains de sport, s'éloignant de l’époque où la coupe de France, le Tour de France et Roland-Garros étaient notamment sa «propriété».

En mai dernier, TF1 a ainsi diffusé son dernier match de Ligue des champions, Canal+ et beIN Sport se la partageant désormais. Et il n’est pas sûr que la chaîne de Nonce Paolini conserve les droits de la F1 actuellement en cours de renégociation pour la saison prochaine –toujours une gageure face à l’avide Bernie Ecclestone.

Cahier des charges de France Télévisions

A l’avenir, dans le pire des cas, la première chaîne pourrait se contenter des quelques rares matches de l’équipe de France de foot et, en partage avec d’autres chaînes, des événements exceptionnels dans le temps que constituent l’Euro et les coupes du monde de foot et de rugby.

France Télévisions est dans un cas particulier, il est vrai, puisque son cahier des charges prévoit que «répondre présent lors des grands rendez-vous du sport en permettant à tout un peuple de vibrer à l'unisson (sic)» est une des «missions particulières, une exigence, une ambition pour tout le pays» de la télévision de service public.

Comme le précise le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), l’article 8 relatif aux «programmes sportifs» stipule que «France Télévisions s'efforce de conserver la diffusion en direct […] des événements sportifs d'importance majeure ou qui font partie du patrimoine national (Tour de France, Jeux olympiques, Roland-Garros, Tournoi des six nations, football, etc.) sans pour autant omettre de proposer un très large éventail de disciplines sportives.»

Le groupe public a ainsi sécurisé tous les droits des Jeux olympiques, d’hiver comme d’été, jusqu’en 2020. «Au-delà de ce que nous programmerons à l'antenne, nous pourrons avoir jusqu'à 12 flux simultanés en direct sur nos offres numériques, a indiqué au Figaro Rémy Pflimlin, le président de France Télévisions, pour qui le sport est une véritable stratégie. Cela nous permettra d'élargir notre audience, mais aussi de faire revenir, pourquoi pas, les plus jeunes à l'écran de télévision

Libéraliser le marché?

Comme le relevait le CSA dans un étude publiée il y a un an, France Télévisions paie très cher ce devoir d’informer sur le plan sportif (et le contribuable avec). «S'agissant du Tour de France, un montant d'acquisition des droits de diffusion de 20M€ associés à des coûts de production de 10 M€ n'ont été couverts en 2010 en recettes nettes publicitaires et de parrainage qu'à hauteur d'environ 4 M€, indiquait le rapport. De la même manière, le tournoi de Roland-Garros, qui a nécessité de la part du groupe public pour l'exercice 2010 un investissement global de 17M€ (12,5 M€ de droits + 4,5 M€ de coûts de production), n'a dégagé qu'une recette commerciale nette estimée à 5 M€.»

La conclusion était sombre:

«Dans ce contexte, les acteurs de la diffusion de programmes sportifs en télévision gratuite doivent répondre au double défi d’un risque de croissance des coûts et de plus grande difficulté à recueillir des recettes. »

Avec cette précision que les organisateurs du Tour de France et de Roland-Garros sont toujours restés très raisonnables au niveau de la vente de leurs droits, optant pour la visibilité de leur épreuve pour le plus grand nombre, aux dépens d’intérêts plus financiers qu’ils seraient en mesure de faire mieux fructifier avec des chaînes payantes.

Dans cette perspective inflationniste, même si le marché des droits tend à se calmer, le législateur doit-il encore «obliger» le service public à être contraint, en quelque sorte, à diffuser des épreuves comme les Jeux Olympiques, le Tour de France ou Roland-Garros? Si un sondage était organisé, il est vraisemblable que la grande majorité des personnes interrogées répondraient oui tant il paraîtrait notamment inconcevable de ne pas donner le droit au plus grand nombre de pouvoir admirer les paysages du Tour de France à l’heure de la sieste de juillet.

L'exemple américain

C’est le paradoxe de la situation. Dans ce «domaine réservé» des retransmissions, France Télévisions est, d’une certaine manière, en position de monopole face aux autres chaînes gratuites qui, faute de moyens ou par manque d’intérêt, ne lui font pas concurrence sur ce marché tronqué que l’élargissement de la TNT ne devrait pas bouleverser sauf surprise.

Si bien que l’on est «condamné», par exemple, depuis 1985 et 1988 à voir respectivement le Tour de France et Roland-Garros à la mode de «France Télévisions» quand il serait peut-être souhaitable de renouveler le stock des idées et les animateurs.

L’autre paradoxe est que la France est à l’envers des très libéraux Etats-Unis où le sport est largement disponible sur les grands networks à accès gratuit au-delà de la toute puissante et très câblée ESPN. NBC monopolise toutes ses antennes pendant les Jeux olympiques. Parmi les sports majeurs outre-Atlantique, le football américain est ainsi visible sur CBS et NBC.

ABC retransmet tous les matchs de la finale NBA ainsi qu’une partie des play-offs et du championnat régulier. Fox est en charge du baseball. CBS ne lâche pas le Masters de golf (les deux dernières journées des quatre tournois du Grand Chelem sont soit sur CBS, NBC ou ABC). NBC couvre la Stanley Cup pour le compte de la NHL. Et ainsi de suite… Bonheur d’une vraie et bonne concurrence de la télé «gratuite» sur un marché, il est vrai, colossal.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
golfStanley CupNHLNBA FinalsNBA
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte