Economie

Avion: le retour du glamour

Catherine Bernard, mis à jour le 05.07.2012 à 6 h 42

Il fut un temps, pas si éloigné, où prendre l'avion était un rêve, du moins pour le commun des mortels. Les stars posaient alors sur les marches des passerelles. La nostalgie n'est plus ce qu'elle était mais l'avion veut redevenir luxueux.

Un avion au-dessus de Brasilia, le 8 septembre 2011. REUTERS/Ueslei Marcelino

Un avion au-dessus de Brasilia, le 8 septembre 2011. REUTERS/Ueslei Marcelino

Naguère, voler était un rêve en soi. Qu'importait la destination, proche ou lointaine, l'important était bien de grimper dans un avion, de s'installer près du hublot et de contempler, héberlué, les lointains paysages et le blanc des nuages. Ce luxe avait un prix, bien sûr, et dans les cours d'école, l'on regardait comme un extra-terrestre les rares énergumènes qui avaient eu la chance de cotoyer les cieux. C'était il y a trente ans environ, autrement dit hier.  Et certains se souviennent encore, avec un brin de nostalgie, comment stars et starlettes se faisaient filmer sur la passerelle de l'aéronef qui les amenaient aux plus grands festivals... Tel celui de Cannes, immortalisé par Air France.

La démocratisation mais pas le désastre

Aujourd'hui, voler est à la portée de toutes les bourses, ou presque. Du moins dans nos contrées.  Aujourd'hui, les avions accueillent dans le monde plus de 5 milliards de passagers chaque année...   Merci la croissance, qui si l'on en croit les économistes, constitue la principale explication à cette démocratisation. En France, tout point de PIB gagné ferait même progresser de 2 points le trafic aérien. Merci aussi à la dérégulation, à tous ces accords sur l«'open sky» (ciel ouvert) qui, à partir de la fin des années 1980 et du début des années 1990, ont brutalement fait chuter le prix des billets d'avions. Et merci aussi, bien sûr, aux low-costs, qui ont totalement bouleversé l'échelle des valeurs:  il coûte parfois moins cher de voler vers l'Irlande, la Suède ou l'Italie que de payer le bus vers l'aéroport. Et bien sûr, celui des chambres d'hôtel à destination...

Les compagnies sont mortelles

Contrairement aux attentes, cette démocratisation n'a guère produit le désastre annoncé: il fut un temps, à la fin des années 1980, où l'on annonçait des accidents aériens en pagaille, conséquence inévitable de l'explosion du nombre de vols. Au contraire, la fréquence des accidents mortels a énormément diminué et, en moyenne sur la dernière décennie, le nombre total de victimes ne progresse pas, voire diminue sur le long terme. 

Pourtant, cette démocratisation  ne fait pas que des heureux. Les compagnies aériennes, en premier lieu. Bizarrement, le transport aérien est en effet l'un des rares secteurs où un certain nombre d'acteurs grincent des dents lorsque sa popularité explose. Et le phénomène ne date pas d'hier. Bien avant la dérégulation et l'arrivée des low cost, le secteur a toujours été fragile, sensible à chaque ralentissement conjoncturel, durcissement de l'ambiance géopolitique, flambée du cours du pétrole.  Le graphique publié par IATA (page 2 du document) est à ce titre révélateur: sur le long terme, le secteur ne gagne pas d'argent... Combien de compagnies, même prestigieuses, ont aujourd'hui disparu? Air Inter, Air Liberté, UTA, Pan Am, TWA, Swiss Air, Sabena... ne sont plus que vieux souvenirs. Même American Airlines est en faillite. Et chez les low costs, aussi, la rentabilité n'a rien de toujours impressionnant.  

Du rêve au parcours du combattant

Bien évidemment, le rêve aussi en a pris un coup. Désormais,  la destination suscite attentes, espoirs, et enchantement. Le voyage en avion, lui, n'est plus, bien souvent, qu'une épreuve. Files d'attente interminable, contrôles multiples, sièges minimalistes... seuls les longs courriers, avec leurs écrans vidéos individualisés, font encore tourner la tête aux enfants. Les anciens privilégiés de l'aéronef, du coup, perdent patience. Contraints de se plier à des contrôles interminables, de fréquenter des classes affaires qui, bien souvent, n'ont d'affaires que le nom, du moins pour les courts trajets, il leur est même interdit de fumer....

Le retour du luxe

Avant les dernières élections présidentielles, une association d'hommes d'affaires a ainsi écrit aux candidats pour leur demander d'alléger leurs formalités aux aéroports. Les stars ont elles aussi beaucoup de mal à se plier à la discipline qu'exige désormais ce moyen de transport de masse.  Gérard Depardieu, Naomi Cambell, Régine... ils sont nombreux à s'être fait remarquer par leurs frasques. D'aucuns y vont même de leur petit explication psychologique.

Mais il se pourrait bien que l'avion redevienne un luxe et la démocratisation du transport aérien devienne un jour un souvenir. Merci le réchauffement climatique, merci la flambée prévisible du prix du pétrole. Ce n'est qu'une hypothèse qui pourrait bien être démentie, les avions polluent et consomment de moins en moins. Pour les Chinois, Indiens, Brésiliens... l'avion reste un rêve.

Mais constructeurs d'avions et compagnies ont bien compris l'attrait économique du luxe. Les Boeing et autres Airbus dessinent des avions du futur luxueux. Avec, pourquoi pas des golfs ou des galeries commerciales. Certaines compagnies se positionnent aussi ouvertement du côté de l'exclusif et du glamour retrouvés. Tel Singapour Airlines.

Pour qui ne supporte plus de subir contrôles et files d'attentes, la solution aujourd'hui a pour nom jet privé. Les starlettes du coup ne posent plus du reste sur les passerelles d'Air France, mais atterrissent à Mandelieu. Le Bourget n'est pas devenu pour rien le premier aéroport européen pour l'aviation d'affaires. Mais attention: la fréquence des accidents en jet n'est pas calculée au niveau international, mais il se pourrait bien qu'elle soit un peu supérieure à celle des avions de ligne.  Le luxe oui, mais il a un prix...   

Catherine Bernard

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