Economie

Que faire de notre argent? Emprunter? Des problèmes de pays riches

Catherine Bernard, mis à jour le 10.07.2012 à 6 h 40

Quand la Grèce ou l'Espagne doivent rémunérer leurs créditeurs à prix d'or pour lever de l'argent sur les marchés financiers, d'autres pays sont confrontés à un problème inverse.

Des jeunes garçons plongent dans l'eau à Malmo, durant une vague de chaleur en 2011. REUTERS/Johan Nilsson

Des jeunes garçons plongent dans l'eau à Malmo, durant une vague de chaleur en 2011. REUTERS/Johan Nilsson

On a pu le constater ces dernières semaines: même avec un président socialiste, même sans son triple A, la France continue de bénéficier de taux d'intérêt très faibles lorsqu'elle emprunte à l'étranger. Le 9 juillet, elle a même rejoint le club très fermé (constitué de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Danemark) des pays européens qui empruntent à des taux négatifs.

Mais chez certains de nos voisins européens qui ont conservé leur monnaie nationale, la situation est encore... pire! Car ici, la crise de la dette dans la zone euro en deviendrait presque importune. Qu'ils aient l'heur d'afficher de bonnes performances économiques, et les voici transformés en «pays refuges» pour les investisseurs internationaux échaudés par les déconvenues de leurs moins chanceux voisins. Avec, à la clé, des tensions récurrentes à la hausse sur leur monnaie, et des conditions particulièrement favorables pour emprunter à l'étranger.

Des problèmes de riches, certes, que certains adoreraient sans nul doute connaître, mais qui donnent malgré tout des maux de tête aux autorités de ces pays.  

Des devises trop demandées

Ainsi, depuis presque un an, la banque centrale suisse doit concilier deux impératifs contradictoires: préserver une politique de taux d'intérêt souple pour que l'économie reste dynamique, et se démener pour que le franc suisse n'augmente pas trop. Elle s'est même fixée un cours plancher qu'elle s'est déclarée prête à défendre quoiqu'il lui en coûte: 1,20 franc suisse pour un euro.

En Suède, la banque centrale maintient un taux d'intérêt de 1,5% pour, notamment, éviter que la couronne ne prenne trop de valeur. Mais ce taux est jugé trop élevé par bien des économistes suédois qui considèrent qu'il pénalise l'économie du royaume. Quant au Danemark, il emprunte sur les marchés à un taux d'intérêt réel négatif.

Il est vrai que ces pays ont tout pour plaire: des finances publiques en bon état, une dette nette raisonnable, et un solde commercial largement excédentaire...

Ainsi, selon les dernières perspectives économiques de l'OCDE, la Suisse affiche un excédent de sa balance des opérations courantes de 16%, la Suède de 6,5%, le Danemark de 5,4%. La dette des deux pays nordique, au sens de Maastricht, se limite à 47,7% pour le Danemark et 37,6% pour la Suède. Et si le Danemark n'est pas un modèle en matière de finances publiques (déficit prévu des administrations publiques de 3,9% du PIB cette année), la Suède et la Suisse, elles, font figure d'excellents élèves: -0,3% du PIB pour la Suède, +0,6% pour la Suisse. 

Un emprunt à taux zéro, non merci!

Mais cette situation ne présente pas que des avantages. A terme, bien entendu, le renchérissement éventuel des devises pourrait nuire à la capacité exportatrice des entreprises dans des pays qui, justement, sont très exportateurs. Mais elle met aussi les gouvernements devant des situations difficiles: doivent-ils, ou non, profiter de la situation pour... emprunter? Car l'occasion est presque trop belle: ces pays peuvent quasiment se faire payer pour prendre un emprunt!

Mais le ministre des Finances suédois Anders Borg a récemment répondu par la négative. Le gouvernement n'a pas jugé raisonnable d'injecter de la sorte des liquidités dans l'économie, et de «l'intoxiquer» au crédit pas cher. Une position sage, sans doute –les lendemains de fête risqueraient d'être difficiles– mais pas si facile à défendre face à l'opinion publique. D'autant que le prochain projet de budget montre, justement, un ralentissement de l'économie.

Le franc or? 

En Suisse, certains s'inquiètent aussi des effets de la revalorisation du franc suisse sur l'économie. Alors, la banque centrale suisse passe son temps à acheter des euros. A tel point que ses réserves de changes atteignaient, fin mai, 300 milliards de francs suisses! Des euros qu'elle place... en emprunts d'Etat européens: à elle seule, la banque nationale suisse contrôlerait 7% de la dette publique allemande. Ne serait-il pas plus judicieux de créer un fonds souverain qui investirait dans des entreprises, s'interrogent du coup certains hommes politiques? 

Mais le débat ne s'arrête pas là: une association pour le franc or a en mai demandé le droit de créer, parallèlement au franc suisse, un franc qui contiendrait une petite quantité d'or. L'opération présenterait à ses yeux plusieurs avantages pour l'épargnant: la stabilité du placement, et la protection contre l'inflation que favorise la crise financière mondiale, via l'injection de liquidités. Mais un tel franc or allègerait aussi la pression à la hausse sur le franc suisse, considéré internationalement comme une monnaie refuge.

La démarche, cependant, n'a pas reçu l'aval du conseil national. Mais l'association réfléchit à l'opportunité de lancer une initiative populaire. Ah, ces riches...

Catherine Bernard

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