Life

Luka Rocco Magnotta, l'objet de leur obsession

Thomas Gerbet, mis à jour le 23.12.2014 à 18 h 05

La justice canadienne vient de le condamner pour «meurtre prémédité». Mais à l'issue de la découverte de son crime en 2012, des centaines de fans l'adulaient et des admiratrices rêvaient de le rencontrer. Nous republions ici les confessions de femmes éprises de «Luka».

Luka Rocco Magnotta, à son arrivée à Montréal, le 18 juin 2012. REUTERS/SPVM

Luka Rocco Magnotta, à son arrivée à Montréal, le 18 juin 2012. REUTERS/SPVM

Ce mardi 23 décembre 2014, Luka Rocco Magnotta a été déclaré coupable d'assassinat par un tribunal canadien. En 2012, le jeune homme avait attiré dans sa chambre Jun Lin, un étudiant qu'il avait tué puis découpé, sous le regard d'une caméra. A la suite de cette condamnation, nous republions cet article mis en ligne en 2012 sur la célébrité étrange qu'avait acquis Magnotta après avoir commis son crime.

Coupable ou non, Luka Rocco Magnotta a gagné: il est devenu célèbre. Le visage du Canadien de 29 ans à l'allure androgyne a fait le tour du monde. La justice canadienne l'accuse du meurtre sordide d'un étudiant chinois à Montréal, à la fin du mois de mai; un des pires crimes de l'histoire du pays. Pourtant, des centaines de fans l'adulent et des admiratrices rêvent de le rencontrer. Confessions de femmes éprises de «Luka».

Alison (nom fictif) a honte de ce qu'elle ressent. Elle pourrait être fan d'un chanteur, d'un sportif ou d'un acteur, mais son obsession à elle, c'est Luka Rocco Magnotta. Cette Canadienne de 29 ans, qui vit en Ontario, n'en a rien dit à son mari, sa famille et ses amis. Tout juste sont-ils au courant qu'elle est très intéressée par l'affaire du «dépeceur de Montréal». Mais pas à ce point...

«A chaque fois que je découvre quelque chose de nouveau à propos de lui, mon obsession augmente encore et encore.»

Alison a tout vu, tout lu à propos de Magnotta. Elle estime lui consacrer 12 heures par jour, à un point tel que cette passion a un impact sur sa productivité au travail.

«A l'origine, c'était seulement de la curiosité mais au fur et à mesure, c'est devenu une véritable obsession. On peut dire que je suis devenue extrêmement attirée par Luka.»

Elle lui adresse même des poèmes sur un blog écrit en anglais.

«Je ne peux détourner le regard de ton visage hypnotisant / Un spécimen unique du genre humain / Mes pensées pour toi font battre mon cœur / Tes yeux sont mystérieux et froids /Tu as l'air si fort et en même temps si doux / Ta beauté pour moi, c'est tout ce qui compte »

Alison ne croit pas être amoureuse de Luka Rocco Magnotta, elle se définit plutôt comme une «supporter»:

« Je ne suis pas fan du crime qu'il est présumé avoir commis mais plutôt de l'image qu'il s'est créée sur le Net.»

Toute sa vie, Luka Rocco Magnotta a essayé en vain de devenir célèbre. Recalé des castings de téléréalité, incapable de décrocher un rôle dans un vrai film, il tente même la chirurgie pour ressembler à James Dean.

Mais rien n'y fait. Il se rabat alors sur le porno, Internet et ses quelque 70 pages Facebook pour donner libre cours à son narcissisme. Il publie des centaines de photos de lui dans des poses de mannequin.

Alison reconnaît que si elle ne le trouvait pas beau, elle n'aurait pas la même obsession.

«Je veux le connaître... mais je ne sais pas encore si je voudrais qu'il se passe autre chose entre nous.»

Magnotta, innocent jusqu'à preuve du contraire, fait face à 5 chefs d'accusation dont celui de meurtre prémédité, outrage à un cadavre, corruption des mœurs (pour avoir posté la vidéo du meurtre sur Internet) et harcèlement criminel envers le Premier ministre canadien (pour avoir adressé au parti conservateur un pied de la victime par la poste).

Des centaines de fans

Alison n'est pas seule dans son cas. Sur un forum de discussion français consacré à la psychologie, une jeune fille de 18 ans écrit:

«Je suis malencontreusement attirée par cet homme depuis le premier jour où l'on m'en a parlé. Je le trouve en quelque sorte parfait sans pour autant concevoir ce qu'il a fait. (…) Je suis et j'étudie son histoire à la lettre chaque jour, par curiosité, par attirance. (...) Mais c'est mal! Je dois passer pour une folle dingue et j'en suis bien consciente. Mais je n'arrive vraiment pas à l'oublier. Je ne sais pas quoi faire... Je vais jusqu'à me renseigner si les visites sont autorisés aux prisonniers à perpétuité. Parce que oui, j'aimerais un jour faire sa rencontre. Voir en face de moi qui est réellement cet homme dont j'ai pourtant essayé de me dégoûter, que ce soit en regardant la vidéo ou en cherchant des horribles commentaires et histoires sur lui. C'est malsain, ignoble et malade de ressentir ça.»

Autre page web consacrée à Magnotta, autre confession. Cette fois de Florentine, 49 ans:

«Ma vie est plate et inintéressante. Je suis frustrée contre les hommes de mon âge (…). Mon obsession pour Luka a commencé quand j'ai vu ses yeux bleus rayonnants et son corps sexy. J'ai commencé à imaginer des choses, à avoir des fantasmes. L'obsession est devenue tellement forte jour après jour que je n'arrive plus à bien dormir.»

Elle parle de ses rêves, elle imagine sa relation avec Magnotta comme celle d'amis proches, «comme Liz Taylor et Michael Jackson». Elle aussi voudrait le rencontrer en prison, le réconforter, le tenir dans ses bras.

La plupart de ces témoignages semblent rationnaliser leur obsession. «C'est la première fois de ma vie que je ressens ça. Je suis bien consciente que ce n'est pas une obsession normale, reconnaît Alison. Je suis tiraillée entre mon côté rationnel qui me dit d'arrêter de m'intéresser à lui et mon côté obsessif, qui me dit le contraire.»

Plusieurs psychiatres recommandent de ne pas regarder la vidéo du meurtre de l'étudiant chinois Lin Jun, qui circule sur Internet. Pourtant, loin d'être dégoûtée, la créatrice de la page Facebook à la gloire de Magnotta, Destiney Danille St Denis, 21 ans, se vante d'avoir vu la vidéo du crime plus de 20 fois. Sa page rassemble plus de 1.500 fans de Magnotta.

Hybristophilie

Ce trouble qui toucherait surtout les femmes a un nom: l'hybristophilie, aussi connue sous le nom de «Syndrome Bonnie et Clyde». Il s'agit d'une fascination, voire d'une excitation sexuelle pour des personnes qui ont commis des crimes, spécialement les crimes violents et cruels.

Pour le psychiatre Louis Bérard, directeur des services professionnels à l'Institut Philippe Pinel de Montréal, le phénomène n'est pas nouveau.

«Si l'industrie du polar et du cinéma rapporte des millions en mettant en scène si souvent des meurtriers en série, c'est que la fascination des êtres humains pour ce genre de crime sordide est manifestement assez répandue.»

Plusieurs criminels célèbres, particulièrement ceux ayant commis des crimes affreux, ont engendré leur lot d'admirateurs. Un des plus vieux cas connus demeure le tueur en série Français Henri-Désiré Landru, coupable du meurtre de 11 personnes dont 10 femmes. De son incarcération en 1919 jusqu'à son exécution en1922, il aurait reçu plus de 4.000 lettres d'admiratrices dont 800 demandes en mariage. Les assassins américains Charles Manson et Ted Bundy ont eux aussi été inondés de lettres enflammées de femmes qui n'hésitent pas à aller les rencontrer en prison.

Certaines admiratrices vont même jusqu'à épouser ces hommes qu'elle ne connaissent que par échange épistolaire. Le tueur en série américain Richard Ramirez a par exemple épousé une journaliste devenue groupie. L'Allemand Jurgen Bartsch, qui a violé et démembré 4 enfants, a épousé son infirmière en soins psychiatriques. Et c'est sans parler du cas de Monique Fourniret qui ira jusqu'à commettre des crimes avec son mari rencontré grâce à des lettres lors d'un précédent séjour en prison.

Sur Internet, les autographes ou les lettres de tueurs se collectionnent et se vendent. On peut même trouver des morceaux de pierre tombale ou de motte de terre du jardin où le tueur a enterré ses victimes. Dans le cas de Magnotta, la chaise du cyber-café de Berlin où il a été arrêté a fait une courte apparition sur eBay avant d'être retirée. Les enchères dépassaient les 1.000 euros.

Pour le psychiatre Louis Bérard, tout est question de maîtrise de ses limites.

«Je pense que ce genre de crimes réveille quelque chose chez les gens, une sorte de fascination pour ceux qui transgressent les limites qu'on nous a appris à ne pas dépasser dans notre éducation. Il faut accepter de faire le deuil de ces choses que la loi ou la moralité nous interdisent de faire.»

Sans surprise, il recommande à toute personne qui serait envahie par ce genre de fascination au point de négliger des aspects plus importants de sa vie, comme sa relation avec ses proches ou son travail, de consulter. C'est justement ce que s'apprête à faire Alison:

«Je veux comprendre pourquoi quelqu'un que je n'ai jamais rencontré peut avoir une emprise si forte sur mes émotions et sur ma vie.»

Thomas Gerbet

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