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Faut-il obliger les joueurs de foot à participer aux conférences de presse?

Yannick Cochennec, mis à jour le 28.06.2012 à 18 h 38

Ça marche très bien au tennis, et les joueurs comme les journalistes s'en accommodent très bien.

Benzema et Diarra se rendent à une conférence de presse à Donetsk, le 11 juin.  REUTERS/Charles Platiau

Benzema et Diarra se rendent à une conférence de presse à Donetsk, le 11 juin. REUTERS/Charles Platiau

Les journalistes qui couvrent le tennis au gré des compétitions internationales, comme Wimbledon ces jours-ci, sont des gens très heureux ou au moins très privilégiés. En effet, loin des zones mixtes du football, et des insultes qui peuvent y pleuvoir dans un moment d’agacement d’après match, ils bénéficient d’un traitement de faveur que peuvent leur envier bien des confrères spécialisés dans d’autres disciplines sportives.

Alors que le football évolue la zone de non droit que peut devenir, en quelque sorte, la zone mixte car les joueurs ne sont pas tenus de s’exprimer devant la presse comme le décrivait très bien un récent article de 20 Minutes, le tennis a imposé des règles très strictes dans un code de conduite très détaillé et très scrupuleux.

A partir du moment où ils sont réclamés par au moins un journaliste, chaque joueur est obligé de passer par une salle de conférence de presse quel que soit son résultat et son éventuelle déception. Des personnes sont spécialement affectées pour aller les chercher dans les vestiaires afin de les ramener dans la zone de presse généralement après la douche.

Lors des premiers jours des tournois du Grand Chelem, les salles de conférence de presse frisent l’embouteillage car pratiquement tous les joueurs (soit une centaine le premier et le deuxième jour d’une épreuve majeure) sont réclamés par leurs médias nationaux.

Des amendes en cas d'absence

Chaque joueur qui refuse cette contrainte —cela arrive, mais très rarement— écope d’une amende. Sur le circuit masculin (ATP), le non-respect de cette règle entraîne, en principe, une sanction démarrant à 1.000 dollars pour les moins bien classés et pouvant aller jusqu’à 20.000 dollars pour les plus forts.

Ce montant est évidemment une broutille pour les meilleurs, comme Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer, qui, toutefois, n’ont JAMAIS fait l’impasse sur ce devoir professionnel.

Chacun de ces grands champions dispute 80-100 matchs chaque année, soit autant de conférences de presse imposées sans oublier que d’autres conférences de presse d’avant tournoi leur sont également «infligées» (et on passe sur les interviews qu’ils donnent en exclusivité ici ou là).

Pour la plupart, ces conférences de presse ne sont pas courtes. Lors des tournois du Grand Chelem, ces joueurs de renom sont interrogés en anglais puis dans leurs langues respectives (suisse allemand ET français pour Federer, espagnol pour Nadal, serbe pour Djokovic). Et ils doivent le faire à trois reprises: pour la presse écrite, pour la radio et pour la télévision.

Ces joueurs-là passent donc environ une heure à enchaîner ces obligations médiatiques et cela quel que soit le moment de la journée.

Des universités pour jeunes tennismen

A ce titre, il est très éloquent de relire la conférence de presse de Rafael Nadal lors du dernier Open d’Australie. Alors qu’il venait de perdre en cinq manches contre Djokovic au bout de 5h53 épuisantes et que l’horloge indiquait 3h du matin, le Majorquin, en dépit de son immense déception, a fait face aux questions des journalistes avec un respect et surtout un professionnalisme à montrer à Samir Nasri et à quelques autres

Il serait évidemment facile (et cliché) de dire que dans l’ensemble, les joueurs de tennis sont «mieux élevés» que les joueurs de football. Le tennis a eu aussi et a encore son lot de mauvais coucheurs (John McEnroe, Jimmy Connors, Andre Agassi, David Nalbandian…).

Mais depuis qu’elle existe, la conférence de presse s’est imposée comme un rituel presque naturel. Depuis une vingtaine d’années, l’ATP organise, par exemple, des universités auxquelles doivent assister les plus jeunes joueurs qui entament leur carrière professionnelle. Leurs contraintes médiatiques leur sont clairement exposées. Cela fait véritablement partie de leur éducation d’apprenti champion.

Voilà quelques mois, Roger Federer avait ainsi exposé son point de vue sur ce sujet:

«Au début, je trouvais ça pénible et contraignant. Mais en fait, j’ai appris à aimer ça et à comprendre comment le contact avec les journalistes pouvait m’aider. Après une victoire, mais surtout une défaite, il est bon de pouvoir s’exprimer et d’évacuer ainsi sa déception en posant des mots sur ce qui vient d’arriver. Et souvent, les journalistes me posent des questions qui me permettent de voir plus clair dans ce que je n’ai pas réussi. Donc, ça me permet d’avancer

A l’évidence, Samir Nasri —mais il est loin d’être le seul— n’a pas compris que les journalistes pouvaient lui être aussi d’une aide quelconque. Mais lors de sa formation de joueur, a-t-il reçu un véritable enseignement sur le sujet? L’a-t-on réellement informé sur ses devoirs de sportif de haut niveau? Lui a-t-on expliqué que sa médiatisation avait également un impact sur ses revenus? Pas assez, à l’évidence.

Une formation aux médias embryonnaire en Ligue 1

Au lieu, paraît-il, d’envisager de le suspendre deux ans, la Fédération française de football, et par voie de conséquence la ligue professionnelle organisatrice du championnat de première division, devrait réfléchir à cet aspect de sa formation auprès des jeunes qui existe certes déjà, mais de manière relativement embryonnaire.

Devrait-on pour autant obliger les joueurs de l’équipe de France de football, ou d’un club de ligue 1, à s’arrêter face aux journalistes à partir du moment où ils ont participé à un match? Peut-être avec des systèmes d’amendes ou de suspensions. De cette manière, ne serait-ce pas les responsabiliser au lieu de les voir lâchement se réfugier derrière les commentaires de l’entraîneur qui monte, lui, au front médiatique à leur place?

A trop vouloir les protéger et les épargner, ne leur rend-on pas un mauvais service? La FFF et la ligue, ainsi que les clubs, semblent très faibles et très démunis, voire peu courageux, face à leurs stars, et, à l’évidence, ont besoin de reprendre clairement la main par la création d’un vrai code de conduite qui devrait être dûment approuvé et signé par tous les intéressés.

Aux Etats-Unis, rappelons-le, les vestiaires sont ouverts à la presse après chaque rencontre en NBA, NFL, NHL, MLB et les stars se plient naturellement à cette règle d’airain (et ne parlons pas des amendes monumentales infligées aux joueurs de ces ligues en cas de débordement de tout ordre).

Les manquements de la FFF

Lors des grandes compétitions internationales, leurs vedettes continuent ensuite de faire le métier comme le souligne Jacques Klopp, journaliste à l’AFP. « En basket, je n'ai jamais vraiment vu quelqu'un se défiler, indique-t-il. A l'Euro 2007, la France a raté sa qualification olympique après deux prestations désastreuses, mais personne n’a pris la tangente y compris les stars comme Tony Parker qui a, au contraire, l'habitude d'assumer en zone mixte. Même chose pour les stars internationales, de Kobe Bryant à Dirk Nowitzki ».

L’obligation rime, on le voit, souvent ensuite avec une forme de bonne éducation sachant que les journalistes sportifs ne rencontrent pas de difficultés majeures dans des sports moins médiatiques ou moins gangrenés par l’argent qui restent très accessibles et sont même demandeurs de retombées de presse.

«En handball c'est même le bonheur absolu, y compris en cas de fiasco comme celui des Bleus à l'Euro 2012 en Serbie, poursuit Jacques Klopp. Tous les joueurs s'arrêtent et reviennent au besoin. Nikola Karabatic, en grande difficulté sur le terrain, a été impeccable jusqu'au bout en dehors

Plus que les joueurs de l’équipe de France de football, qui ne doivent pas être tous mis dans un même sac tant certains se comportent bien à l’instar de leur capitaine Hugo Lloris, c’est, en réalité, la mollesse de la FFF depuis des années qui est plus à être regrettée même si une fédération ne peut pas se substituer non plus au manquement des familles.

Sanctionner Nasri à l’âge de 25 ans ne sert à rien. L’avoir fait plus tôt, et très sévèrement, au premier écart dans les sélections de jeunes, aurait eu plus d’impact.

Yannick Cochennec

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