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C'est la crise, faites des enfants!

Charlotte Duperray, mis à jour le 29.05.2009 à 9 h 22

Faire un enfant est parfois un moyen de lutter contre un environnement angoissant, de chercher un refuge dans le don de la vie et les valeurs familiales.

La crise, théoriquement, fait peur. Elle suscite angoisse et restriction. Si crise résonne avec douleur, enfant rime avec vie. Difficile d'y percevoir une corrélation. Et pourtant, peut-on émettre l'hypothèse que la crise éveille le projet d'enfant ou le goût de la maternité?

Entre un projet d'enfant et un contexte de crise, il existe un paradoxe. La crise dessine une société en destruction et un manque de confiance: perte des emplois, baisse de la consommation, chute des investissements, plans sociaux en dominos... Le projet d'enfant est au contraire comme l'indique son nom (du latin projicere = jeter quelque chose vers l'avant) tourné vers la construction et la confiance en l'avenir: décision de couple, don de la vie, agrandissement de la famille...

Nous sommes partis de ce paradoxe, pour comprendre et réfléchir sur ce phénomène qui voit parfois les couples faire plus d'enfants dans les périodes difficiles, les «bébés de la crise».

Des chiffres et des dates

Dans les faits, l'association crise/projet d'enfant, n'est pas totalement déplacée. Notons que le premier baby-boom français débute pendant la seconde guerre mondiale, en pleine période de chaos. Il s'étend de 1942 jusque dans le milieu des années 1970. De 1942 à 1949, le nombre de naissance n'a pas cessé d'augmenter, il passe de 575.300 en 1942 à 872.700 en 1949. Ces chiffres sont à analyser avec précaution. Pour mieux les comprendre, tournons-nous du côté des démographes: premièrement, il est important de noter que les courbes de la natalité suivent généralement des tendances de fond plus que des évènements ponctuels. Il est donc risqué de tirer des conclusions rapides sur des liens entre le contexte socio-économique du moment et le nombre de naissances. Ce que constatent toutefois et de façon suffisamment fréquente pour en faire une règle les économistes est que plus un pays est riche moins il a d'enfants. La richesse change le comportement, l'enfant n'est plus une aide et une protection pour les vieux jours mais son éducation devient un investissement. S'y ajoute le désir chez les «nantis» de profiter de la vie et de conserver le patrimoine.

Nous traversons aujourd'hui une période trouble, l'insécurité économique augmente, le pouvoir d'achat et les patrimoines baissent. Il se pourrait bien que le nombre d'enfants augmente. D'autant qu'en France depuis l'an 2000, le nombre de naissances progresse régulièrement. Selon l'Insee, en 2008, 834.000 enfants sont nés en France, un record depuis 1981.

L'enfant maîtrisé

Depuis l'avènement de la contraception médicalisée, la conception des enfants a radicalement changé. Les grossesses peuvent désormais être planifiées et maîtrisées. La loi Neuwirth de 1967 a légitimé la pratique de la contraception efficace. Durant les Trente Glorieuses, période fastueuse, le niveau et les conditions de vie s'améliorent: l'économie est en pleine croissance, le progrès est au cœur du milieu médical, et au quotidien, les Français voient la modernité s'installer à domicile. Un contexte qui conforte la confiance en un avenir florissant: ce qui explique sans doute l'apogée du baby-boom avec ses 874.000 naissances en 1964.

Aujourd'hui, les motivations sont plus subtiles. Nous maîtrisons la fertilité et avons une politique familiale favorable à l'arrivée des enfants (avantages fiscaux, congés parentaux plutôt généreux, prestations familiales et services assez développés...). Mais, nous ne maîtrisons pas le contexte socio-économique, l'avenir est aujourd'hui inquiétant, inconfortable pour les générations futures. Et pourtant.

L'enfant refuge

Le projet d'enfant peut être une réaction à une situation angoissante. Une récente étude américaine montre que dans les pays marqués par une catastrophe, le nombre de naissances est croissant. Le peuple vulnérable se réfugie dans le projet d'enfant, comme un mécanisme pour reconstruire les forces de vie. «Si économiquement, le contexte de crise n'est pas propice à la fertilité, il éveille néanmoins une envie de lutter contre l'angoisse et le manque» nous explique le docteur Dayan-Linzer.

Le projet d'enfant se situe du côté de la vie, lié à des sentiments positifs et confiants, il naît d'un élan réparateur et d'une envie de construire, de projeter. «Un enfant est un projet né d'un désir commun. De manière inconsciente, le projet est sans doute un refuge dans les valeurs familiales. Dans ces périodes un peu compliquées, il est toujours bon de se serrer les coudes: la bulle familiale est alors le meilleur des refuges» affirme Sylvie, enceinte de son troisième enfant.

L'enfant du «bon timing»

Diane, 25 ans, maman d'un petit garçon, le deuxième en route, nous confie: «mon premier travail, je ne le trouverai jamais en 2009, alors autant faire un enfant. J'ai la chance d'avoir un mari qui soutient financièrement notre vie de famille. Je laisse passer la crise, je laisse pousser mes deux enfants et je serais davantage disponible sur le marché du travail.» Le docteur Dayan-Linzer explicite: «lorsque la météo générale rencontre la météo intime», le projet d'enfant prend sens. «Mais si la situation de mon mari ne nous assurait pas une certaine sécurité, je réfléchirai à deux fois à mon projet d'enfant» rappelle Diane.

La crise. Oui, «mais la vie continue» chante Sylvie 37 ans, «on ne pense pas trop au contexte sinon on ne fait plus rien.» Le chômage sévit, c'est un fait, mais il a au moins le mérite d'offrir davantage de disponibilités de temps et d'esprit pour les futures mamans. «Si professionnellement, le travail était très intense, je me serais davantage posé de questions, mais en ce moment, tout marche au ralenti. Et puis c'est aussi une question d'âge... On peut dire que tout se coordonne parfaitement» ajoute Sylvie.

Les «bébés de la crise», un pari sur l'avenir?

Les enfants d'aujourd'hui sont les adultes de demain. Le projet d'enfant est en quelque sorte lié à un pari sur l'avenir. Il peut être rassurant pour les parents de voir en leurs enfants, une sécurité économique à long terme: en effet, ils représentent les générations futures et sont susceptibles d'assurer par exemple un soutien aux parents vieillissants.

L'enfant, symbole de la vie, indique une confiance en l'avenir: que le contexte socio-économique soit favorable ou non, l'enfant naît, pour la majorité des cas, au cœur d'un projet de couple ou de famille. En périodes de confiance ou d'insécurité, les projets d'enfant maintiennent l'envie de donner la vie et un héritage qui façonne les générations futures.

A l'aube d'un nouveau baby-boom? Difficile de se prononcer aujourd'hui. Rendez-vous dans neuf mois...

Charlotte Duperray

Crédit photo: femme enceinte, Davhor, Creative Commons / FLICKR
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