Le Golan, enjeu économique ou stratégique?
Pourquoi Netanyahou rejette-t-il toute idée de restitution du plateau?
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Benjamin Netanyahou a rejeté au début du mois de mai tout éventuel retrait du plateau du Golan: «Notre maintien au Golan assurera à Israël un avantage stratégique en cas de conflit militaire avec la Syrie». Si cette position de principe devait être maintenue, les éventuelles négociations de paix avec la Syrie et donc avec le Liban ne seraient plus à l'ordre du jour. L'occupation de terres syriennes après la guerre de Six-Jours et leur annexion en 1981 par Israël reste le principal différent entre Jérusalem et Damas et leur restitution semble être le point d'achoppement de toute résolution du conflit.
Les enjeux économiques du Golan sont importants pour Israël et ils risquent de primer sur tout enjeu stratégique. Quiconque se promène sur le plateau sera certainement surpris par la discrétion de la concentration militaire. La technologie semble avoir pris le pas sur la présence humaine. En raison des accords de cessez-le-feu, stipulant une limitation du matériel lourd (tanks, artillerie et aviation), la grande partie des moyens de défense israéliens est regroupée à l'intérieur de la «ligne verte», la frontière de 1948.
En outre, par opposition à la Galilée le long de la frontière libanaise, le Golan se caractérise par des champs de pierre à l'abandon. Seuls 40.000 habitants dont 3.000 musulmans, 19.000 druzes et 18.000 juifs installés depuis 1967 occupent la région. L'histoire du Golan n'est pas riche en légendes. Il était habité, à l'époque de Moïse, par les Emorrites puis il fut ensuite donné à la tribu de Ménashé. Le roi David en refit la conquête et l'intégra au royaume d'Israël. Cette absence de repères bibliques n'encourage pas les colons, en majorité religieux, à développer des points de peuplement sauvages.
L'économie du Golan représente à peine 0,5% du PIB israélien selon les estimations officielles — soit un milliard de dollars par an — mais sont des symboles d'un certain art de vivre.
Le tourisme
De plus en plus d'Israéliens et étrangers sillonnent la région. Le pays étant exigu, le Golan reste le rare endroit où le dépaysement est assuré aux israéliens en quête d'émotions écologiques car tout y est sauvage. Mais signe d'un avenir incertain, aucun grand hôtel n'a été bâti et quelques chalets de type savoyard accueillent les randonneurs en été et les skieurs en hiver sur les pentes enneigées du Mont Hermon. Le succès des chambres d'hôtes est tel que les réservations sont enregistrées une année à l'avance.
L'eau
La question est cruciale: les affluents du Jourdain qui alimentent le lac de Tibériade, y trouvent leur source et fournissent 35% de l'alimentation en eau d'Israël. C'est après un parcours passé au cœur de la roche que l'eau Eden jaillit naturellement. L'alternance des couches géologiques, véritable filtre naturel de matières minérales, garantit à l'eau sa pureté et une minéralisation équilibrée. Sa mise en bouteille représente un revenu annuel de 150 millions de dollars. Grâce aux accords de partenariat avec Danone, une partie de cette eau est même exportée vers différents pays européens.
Le vignoble
Le kibboutz Yéron, créé au Golan après 1967 et proche de la frontière libanaise, s'est lancé le premier dans la production vinicole. De nombreux œnologues ont alors été formés dans les écoles françaises lorsque les études ont montré que la terre basaltique était propice à la culture de la vigne. Aujourd'hui six millions de bouteilles sont produites tous les ans et elles sont pratiquement vendues alors que le raisin est encore sur pied, fournissant ainsi un revenu annuel de 50 millions de dollars dont la moitié à l'exportation. Les variations de températures, l'altitude de 1.000 mètres et l'arrosage naturel par la fonte des neiges ont permis l'introduction de cépages de qualité: Merlot, Cabernet-Sauvignon, Riesling et Chardonnay. Le succès a entrainé la création d'une ville nouvelle, Katzrin, fondée autour des vignes qui fournissent un tiers de la production vinicole du pays. Un nouveau cru succombant à la mode Bio, le domaine Bashan, vient d'être primé internationalement et exporte la moitié de sa production.
La culture des pommes
Elle fait même l'objet d'un consensus politique original puisque les agriculteurs druzes sont autorisés à exporter leur production en Syrie. Une fois par an, la seule, la frontière s'ouvre pour laisser passer les marchandises au point de passage de Kuneitra. La diplomatie des pommes du Golan pourrait préfigurer un embryon d'accord économique avec la Syrie. 10.000 tonnes de pommes, le quart de la production évaluée à 7 millions de dollars, sont envoyées en Syrie, le reste est distribué sur les marchés israéliens. Lorsque la frontière s'était ouverte cette année, Bassam Zeidan, un paysan druze avait explosé de joie: «C'est un grand jour, un jour de fête. Jamais je n'aurais pensé pouvoir vendre ma production dans mon propre pays. Aujourd'hui, on fait passer des pommes. Demain, si Dieu veut, c'est nous qui passerons». La cerise, produit de luxe en Israël, a aussi fait son apparition depuis quelques années mais sa production reste limitée à 600 tonnes.
L'huile d'olive
Traditionnellement produite par les Arabes, elle n'était pas exportable en raison de sa qualité médiocre. Les juifs se sont engouffrés dans cette brèche mal exploitée poussant des colons d'origine française à suivre des cours de formation auprès des pressoirs de Provence. Après avoir importé le matériel de pressage adéquat, ils commencent à présent à produire une huile de première qualité pouvant défier les européennes. Le succès les a contraints à faire venir les olives de toutes les parties du pays, de Cisjordanie en particulier, afin de promouvoir une production suffisante.
L'élevage
Israël ne disposait pas de pâturages dignes d'un élevage intensif. Le Golan les lui a fournis grâce à la qualité des sols bien arrosés par la fonte des neiges et grâce à la température modérée qui règne au moment des grosses chaleurs. Des fermes dotées de haute technologie ont été installées, souvent par des immigrés d'Afrique du Nord considérant le retour à la terre comme une mission presque messianique. Des puces électroniques greffées sur la peau des bêtes assurent le pédigrée de l'élevage. Des processus guident, à tout instant de la journée quand elles le souhaitent, les vaches laitières vers des centres de traite automatiques donnant à l'exploitant des statistiques précises sur la production de chaque bête et sur la qualité de son lait. Ainsi, 40% de la viande consommée en Israël proviennent du Golan. L'Etat a ainsi réduit les importations de viande congelée en provenance d'Amérique du Sud. Aujourd'hui, les étals des supermarchés regorgent de viande fraiche de qualité à un prix défiant toute concurrence comparativement à ceux d'Europe.
L'industrie laitière
Sans égaler la qualité française, le savoir-faire importé ne manque pas, ni la technologie d'ailleurs. Mais la qualité du lait et l'alimentation des bêtes semblent être en cause dans la fabrication des fromages. Les pâturages normands et certaines races bovines manquent au Golan pour le hisser au sommet de la qualité. Le camembert n'a que le nom et non le goût.
Statut de Hong-Kong?
La restitution du Golan, malgré l'importance de ces symboles et l'incidence économique indue, n'est cependant pas vitale pour Israël. «Un domaine vinicole et une usine d'eau minérale prospères sont-ils suffisants pour que nous annexions une terre occupée, qui n'a d'autre valeur que celle de ses raisins et des ses eaux transparentes? s'interrogeait Gideon Levy écrivait dans Haaretz. Après tout, à l'époque des missiles, on ne peut plus parler sérieusement du plateau du Golan comme d'un actif stratégique». La paix pourrait combler le manque à gagner. Les diplomates débordent d'ailleurs d'idées novatrices pour trouver le chemin d'un accord. Pourquoi ne pas restituer la propriété du Golan à la Syrie, pour sauver l'honneur et les apparences, en échange d'une sorte de bail de longue durée, à la manière de l'ancien statut de Hong-Kong, et laisser le soin au temps de cicatriser les plaies. L'accord autoriserait le maintien des unités de productions israéliennes et des colons dans leurs fermes moyennant une indemnité conséquente que les Américains sont d'ailleurs prêts à payer. La présence règlementée de bases militaires de surveillance permettra de gagner la confiance des deux belligérants et rassurerait Israël pour sa sécurité.
Ce projet avait déjà été initié sans succès par les anciens premiers ministres Itzhak Rabin, Ehoud Barak et Ehoud Olmert mais il est improbable que Benjamin Netanyahou accepte de s'engager dans une voie hypothéquant la survie de son gouvernement de droite extrême. L'opinion publique, elle non plus, ne semble pas encore prête à l'idée d'un retrait du Golan et les nombreuses stèles qui y ont été érigées commémorant nommément les soldats tombés au combat sont là pour lui rappeler ce sacrifice. A moins d'un courage politique imprévisible, la paix avec la Syrie n'est pas pour demain car la crise économique mondiale, venant en renfort, ne pourra escamoter la perte pour Israël d'un milliard de dollars de revenus annuels. C'est ce que devra expliquer «Bibi» à un président des Etats-Unis, qui en début de mandat, tient à faire bouger les lignes politiques du Proche-Orient.
Jacques BenillouchePhoto: Chars israéliens sur les hauteurs du Golan non loin de la ville de Kasserine Reuters
Mis à jour le 03/06/2009 à 19h01














































Je trouve l'article de Jacques Benillouche concernant l'intérêt stratégico-économique (réduits l'un et l'autre à quasiment zéro) du Golan comme l'oeuvre d'une naïveté unilatéraliste confondante.
Il suffit de dire que le Golan, hormis sa production d'huile, ne représente "pas grand-chose" pour aussitôt le mettre sur un plateau de lentilles, à la disposition de Bachar Al-Assad, parce qu'il doit en être ainsi.
Le seul pays à devoir passer cette région au stétoscope de sa vitalité ou non, c'est Israël. Si Netanyahou ne le restitue pas dans la minute, c'est simplement qu'il manque de "courage" et que sa droite l'en empêche.
A t-on, en contrepartie, posé ne serait qu'un début d'enjeu de ce que devrait réaliser ou non le pays perdant des conflits sur cette zone - je le rappelle, au cas où cela échapperait totalement- pour se réapproprier ce qui n'est "qu'un tas de caillou" et qu'Israël a développé?
Pourquoi, finalement, cela n'intéresse pas le lecteur de connaître les développement stratégiques annexes que pourrait en faire un Etat qui est la capitale et le siège de toutes les entités terroristes de la Région, la plaque tournante vers le Liban, l'Irak?
Parce qu'il est plus intéressant de savoir que Netanyahou "manque de courage" et est (surtout!) menacé par sa droite qualifiée "d'extrême".
Quelles qu'aient pu être les discussions indirectes jusqu'à présent, et même le plus unilatéral des premiers ministres, Olmert s'est accordé sur ce point, la condition sine qua non d'une paix, c'est le renoncement au terrorisme. Le terrorisme ne s'apaisera pas par des restitutions économiques et territoirales, mais par la volonté politique d'y renoncer et les pas qui s'imposent pour ce faire.
Tel est le projet du gouvernement Netanyahou : mettre un terme aux promesses angéliques pour parler des conditions réelles et non fantasmées en nouveaux "Hong-Kong", de la paix. Gaza également avait toutes les conditions réunies pour devenir un petit Singapour, un Dragon du Moyen-Orient : on voit ce qu'il en est, sous la férule du Hamas, dont le siège social se trouve à Damas.
Quant au Liban lui-même, force est de constater la main de fer qu'y applique le Hezbollah, allié stratégique de la Syrie, qu'on lui restitue ou non quelques fermes de Shebaa ou que l'on se retire ou non de tel village disputé et partagé.
Une des perspectives, pour Damas, serait de construire des villes et villages sur le plateau d'où repartirait de nouvelles attaques non-contrôlées, à partir de groupes de type "Hezbollah", sur lequel Assad prétendrait à nouveau, à la façon d'Arafat, ne pas avoir de mainmise dessus.
Assad n'a de cesse de répéter à tue-tête qu'il ne se désolidarisera pas de l'Iran ni du Hezbollah ou du Hamas : voilà ce que sont ses premières visions de la paix. Mais il est bien évident, par cette présentation unilatérale que ce n'est qu'une "légitime réaction" à un pays qui ne veut pas détruire ses plantations ou coopératives, comme ce fut le cas à Gaza...
Bref, on n'avance pas d'un pas à sortir du bois la"droite extrême" pour masquer qu'en face on n'ait pas nécessairement à faire à des enfants de coeur qui viendraient comme le loup se coucher près de l'agneau, puisqu'il suffirait de s'en retirer pour que la face du monde en soit changée.
Gad,
dire que Gaza avait tout pour devenir un petit Singapour, c'est se moquer du monde. Tout le monde sait que la Syrie n'a rien d'Angélique, mais tout le monde sait aussi compter le nombre de morts qui résultent en bonne partie de la volonté israélienne à ne rien lâcher.
Je ne suis pas sûr pour autant que l'opinion publique israélienne soit aussi proche de ses dirigeants que l'article le laisse à penser ... il y a d'ailleurs bien peu de pays où c'est le cas ! Mais entre réprobation passive et action politique active, il y a un grand pas à franchir que tous les citoyens ne sont pas prêts à franchir.
Pour revenir au Golan, le facteur eau me semble suffisamment important dans cette région aride pour que la discussion soit très difficile : celui qui dispose des sources peut envisager le développement, alors que sans elles... et perdre le Golan, c'est risquer de se voir les sources détournées et donc d'être privé de ce qui a permis le développement de la région. Difficile de courir un tel risque.