Life

Des vacances à 500 euros

Caroline Piquet, mis à jour le 16.07.2012 à 17 h 25

Se faire inviter, partir «tout compris», échanger son appartement ou couchsurfer, partir dans des endroits peu touristiques... Petit guide des solutions qui permettent de voyager pas cher l'été.

Des tentes au stade hippique de Munich, en septembre 2011. REUTERS/Michaela Rehle.

Des tentes au stade hippique de Munich, en septembre 2011. REUTERS/Michaela Rehle.

489 euros: c’est le budget vacances moyen des 18-24 ans cet été selon le baromètre OpininionWay pour le comparateur de prix VoyagerMoinsCher.com. «Partir en vacances d’été avec moins de 500 euros, c’est une blague?», s’étrangle Benoit Lucchini, rédacteur-en-chef adjoint du Routard.

Non seulement ce n’est pas une blague, mais ce chiffre est en plus à pondérer: il ne prend en compte que l’avis d’internautes panélistes (c'est-à-dire recrutés et rétribués), considérés par les sondeurs comme de gros consommateurs.

Vous le savez sûrement, juillet et août sont les mois les plus chers de l’année. Pour vous déplacer, inutile d’attendre une offre de dernière minute, pendant cette période «les prix ne baissent pas, cela n’arrive jamais», affirme Arnaud Barey, cofondateur de VoyagerMoinsCher.com.

Si vous n’avez pas encore réservé vos vacances, pour bénéficier de tarifs acceptables, «idéalement, il faut partir les derniers jours d’août. Il y a même une différence de 40% à 50%, voire 60% entre les derniers jours d’août et les premiers jours de septembre. Les avions repartent à vide, les prix sont cassés. Idem pour les trains».

Trop tard pour 2012? Rappelez-vous l’an prochain qu’en vertu des grands principes du yield management, en saison haute, il faut réserver ses vacances plus de deux mois à l’avance pour être sûr de profiter des meilleures offres.

Si vous recherchez le soleil, avec cette somme, n’espérez pas contourner le bassin méditerranéen ou l’arc atlantique. Même si à première vue cela ne paraît pas forcément évident, avec une discipline budgétaire rigoureuse et bien maîtrisée, cette zone géographique vous offre des solutions intéressantes. Tout va dépendre du degré de confort que vous attendez de vos vacances. Voici le guide Slate pour trouver votre bonheur en fonction de votre profil de jeune voyageur.

Le touriste de base

Faites-vous inviter. Comme une majorité de Français, vous partez en vacances chez la famille, ou chez des amis. C’est le meilleur moyen de limiter les dépenses. «Les jeunes Français sont très familiaux, ils partent en vacances avec leur famille de plus en plus tard, note l’anthropologue Jean-Didier Urbain, auteur de Sur la plageFace à la peur de la précarité, il y a une montée en puissance de l’idée de famille chez les jeunes adultes (ou grands ados). On se réfugie dans le cocon familial.»

Si vous n’avez pas la possibilité de vous faire héberger, vous pouvez vous tourner vers le voyage dit «packagé» (formules tout compris). Il existe des offres à moins de 500 euros, mais sur une semaine uniquement.

Pour choisir, méfiez-vous de l’achat d’impulsion, prenez votre temps. Comparez les prix, qui peuvent fortement varier pour un même séjour d’un voyagiste à un autre. Faites jouer la concurrence. N’hésitez pas à passer un coup de fil à la bonne vieille agence de quartier, qui peut aussi se montrer utile pour trouver des discounts intéressants.

Le voyage est un sport de riches. Avec 500 euros, oubliez les destinations bon marché comme le Laos, où il est possible de se loger et se sustenter pour 5 dollars par jour: le billet d’avion à lui seul réduit votre budget à néant. Parmi les destinations les plus avantageuses, c’est le moment de partir en Tunisie, qui n’a pas encore retrouvé son potentiel. «Les prix ne sont pas cassés, mais on trouve des offres à -20% ou -30%», indique Arnaud Barey.

Vous pouvez aussi vous rendre au Maroc, «la dernière terre routarde de la zone méditerranéenne», confirme Pierre Josse, cofondateur du Guide du routard. Si vous vous y prenez trop tard pour trouver un vol low-cost, pensez à partir en train et ferry (depuis Marseille). On y trouve de nombreuses chambres à 10 euros la nuit, et on peut dormir sur les terrasses des hôtels pour 1 à 3 euros!

Le touriste un peu débrouille, mais pas trop

Le farniente vous rebute, mais l’improvisation vous fait pâlir. Pour vous, la solution idéale, c’est la location saisonnière en groupe d’amis. En communauté, tout revient moins cher.

A Barcelone, par exemple, on trouve facilement de grands appartements ou des villas pour dix personnes. Vous pouvez, avec une bonne organisation, limiter les frais d’hébergement à 150 euros par tête.

«Il est important de ne pas avoir l’œil trop large, et de choisir la surface la plus ajustée au nombre d’occupants», ajoute Arnaud Barey. A Prague, par exemple, les appartements sont très grands. «Ils sont annoncés pour six personnes, en réalité on tient bien à dix. Deux matelas gonflables dans le sac, et le tour est joué», conseille Benoit Lucchini.

La start-up californienne spécialisée dans la location de logements entre particuliers Airbnb, abréviation de airbed & breakfast (matelas gonflable et petit-déjeuner), a ouvert un bureau en France en février. Sur le site, on trouve des chambres chez l’habitant à moins de 15 euros la nuit dans les capitales européennes.

Depuis le 30 mai, Airbnb garantit les biens loués à hauteur de 700.000 euros. En 2011, le réseau avait été très critiqué après que la résidence d’une utilisatrice a été dévastée par un junkie. Le service après-vente avait alors révélé quelques failles.

Sinon, faites comme la majorité des Français en été, restez en France (la destination de 65% des Français selon le baromètre, publié le 26 juin, du cabinet de marketing Raffour Interactif). L’Hexagone regorge de coins paumés qui permettent aux petites bourses de se déconnecter de la fièvre urbaine pour des prix vraiment attractifs. Vous y trouverez facilement des gîtes à 150 ou 200 euros la semaine, ou des locations bon marché.

Des destinations méconnues et parfois mésestimées. La Creuse, par exemple, a récemment fait parler d’elle dans un article du très parisien magazine Technikart, qui s’est mis à dos tout un département: «des bouseux en casquette-survêt’-banane tchatchant probablement de la mobylette à Greg», «des pervers et des beaufs qui se bagarrent», «consanguins», etc. Passons sur ces formules malheureuses que l’on mettra sur le compte du second degré. «Pour l’avant-garde, on repassera», peut-on lire.

Dommage que Technikart ne soit pas passé au centre d’art contemporain de Vassivière, consacré à la sculpture (et notamment à l’expérimentation), à 60 km de Guéret.

Bref, en partant en vacances en Creuse, vous pourrez éviter le flot ininterrompu de touristes, vous promener dans un coin que l’architecte Aldo Rossi comparait au Canada, et montrer que vous vous intéressez vraiment à l’avant-garde en allant visiter le centre, avant d’aller vous jeter dans le lac de Vassivière pour vous rafraîchir un peu. Et planquez votre Technikart au fond de votre sac si vous voulez éviter les mauvaises rencontres.

L'échange d'appartement

Julie, 35 ans, a échangé en juillet 2008 son studio de 35 m2, situé en haut de la butte Montmartre, contre un immeuble de trois étages au cœur de Manhattan, pendant trois semaines.

«C’était incroyable. Cette jeune mère new-yorkaise s’est installée sur mon futon et ses enfants ont dormi sur deux matelas qu’un pote m’a prêtés, à même le sol. Elle m’a laissé des cadeaux pour me remercier de mon accueil. Pendant ce temps, je suis partie chez elle avec une copine, et nous ne savions que faire de tout cet espace!»

Bien que très économique, cette pratique est vraiment marginale: elle concerne à peine 3% des Français selon une estimation de Guy Raffour.

En fait, tous les logements ne sont pas «échangeables». Les appartements de centre-ville et maisons du littoral partent très bien. Les appartements parisiens ont beaucoup de succès, y compris ceux des arrondissements les moins touristiques. En revanche, il est plus compliqué de trouver preneur d’une maison –aussi belle soit-elle– en banlieue ou en zone périurbaine.

Inutile de prévenir votre assureur de la venue de vos partenaires: s’il y a de la casse, ils seront considérés comme vos hôtes et couverts par votre multirisque habitation. Il faut savoir que les sites jouent le rôle d’intermédiaire, ne comptez pas sur eux pour intervenir en cas de problème. Les sites dignes d’intérêt selon l’UFC-Que Choisir: Intervac (ou pour l’international), HomeLink, TrocMaison ou Echanges Bovilé.

Le backpacker de supermarché

Guy Raffour insiste: «Je ne conseillerai jamais assez de partir avec son sac à dos. C’est à cet âge-là qu’il faut en profiter.» Du camping aux auberges de jeunesse, il est possible en Europe de limiter ses dépenses fixes à une trentaine d’euros par jour.

Téo, 21 ans, étudiant en école de commerce, a déjà fait deux fois le tour d’Europe avec des potes. Cette année, en août, direction la Russie à partir du 14 août.

«On a trouvé un billet d’avion Paris/St-Pétersbourg Moscou/Paris à 150 euros, et un train de nuit entre les deux villes pour 30 euros. Ça nous fait économiser une nuit.»

A Saint-Pétersbourg, ils ont réservé cinq nuits à 12 euros dans une auberge de jeunesse, cinq autres à 19 euros à Moscou. Budget total: 335 euros.

«On est de bons fêtards, on aime se faire plaisir. Je pense qu’on va s’en sortir pour 1.000 euros par personne.»

Ceux qui seraient tentés de faire un voyage comme celui-là avec 500 euros doivent bien comprendre qu’une fois sur place, il faudra savoir se nourrir de quelques tartines de ketchup au moins une fois par jour pour pouvoir s’offrir une pression de temps en temps.

«Un été, j’ai fait le Sziget à Budapest [festival de musiques actuelles, NDLR]. Une copine s’en est sortie pour 350 euros trajet et ticket + camping pour 7 jours!»

En groupe, on peut bien vivre avec 20 euros par jour pour boire et manger. Pour s’en sortir au meilleur prix, n’hésitez pas à faire vos recherches par vous-même. On peut faire de belles économies.

Pierre Josse conseille l’Irlande, l’un des derniers coins d’Europe où l’on peut facilement faire du camping sauvage.

«Il suffit de demander au propriétaire l’autorisation de planter sa tente dans son champ. Une fois sur deux, il vous offre le couvert. Il m’est même arrivé de me faire proposer une piaule!»

Pour lui, «on peut voyager en Europe avec 500 euros, à conditions d’adopter la philosophie du voyage».

En France, les kitesurfeurs adorent se retrouver sur le domaine public maritime de Beauduc, une grande langue de sable perdue en pleine Camargue. «C’est la dernière grande zone de camping sauvage de France», indique France Poulain, architecte des bâtiments de France et urbaniste, qui a publié de nombreux ouvrages sur le camping, sa passion.

«Mais surtout, soyez vigilant: au début des années 1980, une vague de deux mètres a submergé la plage.»

Contrairement aux idées reçues, le camping sauvage, ça se prépare, pour des raisons d’hygiène, et de sécurité. Pensez à vous renseigner avant d’occuper un terrain: ce site vous permet de savoir où vous mettez les pieds.

France Poulain conseille d’éviter les campings de la Côte d’Azur, trop fréquentés. Les jeunes adultes, peu rentables, ne sont pas les clients acceptés en priorité. Le Sud-Ouest reste cher, et peu équipé.

«En revanche, je recommande le bassin montpelliérain, la Vendée et la Charente-Maritime pour les petits budgets. Ce sont les trois zones littorales bien ensoleillées avec la plus forte concentration de campings.»

En faisant attention aux dépenses, on peut facilement partir 15 jours en groupe, transport compris.

Si vous partez seul ou en couple, préférez les transports en commun. En groupe, la voiture reste plus avantageuse. Sachez que la baisse des cours du pétrole profite aux automobilistes. Prenez le temps de comparer les prix: le site Carbeo fonctionne sur un mode participatif, et le très officiel comparateur de prix est disponible en application mobile.  

Pour réduire votre consommation de carburant, adoptez une conduite régulière, sans à-coups. Ouvrez les vitres si le trajet est court, mais utilisez la climatisation sur l’autoroute.  Sinon, pensez au covoiturage. Il existe une bonne dizaine de sites, et certains proposent même des trajets dans les pays frontaliers.

Pour les plus motivés, vous pouvez vous mettre à l’auto-stop. Si la nature ne vous a pas donné les meilleurs atouts pour lever le pouce, je vous rassure, on peut survivre sans. L’association Aventure au bout du monde publie des témoignages instructifs d’auto-stoppeurs dans les pays d’Europe. Renseignez-vous sur ce site avant de partir, même pour un petit voyage, c’est une mine d’or.

A savoir par ailleurs: un voyage sur un chantier solidaire, dans le cadre d’une mission reconnue d’intérêt général, est déductible de l’impôt sur le revenu à hauteur de 66%.

«Un voyage d’un mois sur un chantier en Afrique coûte environ 1.000 euros tout compris. La réduction fiscale permet aux parents d’un jeune de payer le voyage 330 euros», confirme Henri Dalbies, président bénévole de l’ONG ICD Afrique. Pour entrer en contact avec des ONG sérieuses, rapprochez-vous de l’ATES ou du réseau Ritimo.

Internet est votre ami

Le développement d’Internet a donné une seconde vie aux réseaux d’hospitalité. Le premier réseau un peu structuré de l’histoire est Servas, fondé dans les années 50 par un peacebuilder américain. Objectif: permettre à des ateliers de transformation sociale et autres projets alternatifs d’accueillir des jeunes volontaires.

Grace au web, un jeune pacifiste allemand donne naissance au réseau Hospitality Club. Il a le génie de comprendre qu’il faut sécuriser le système et créer la confiance. Le couchsurfing, créé en 2004 par l’américain Casey Fenton, s’inspire directement de ce modèle. Son design simple et fonctionnel attire les gens en masse: le réseau revendique 4 millions d’inscrits à travers le monde.

«On parle beaucoup du couchsurfing, mais la pratique reste marginale. Cela représente à peine 1% du marché en France», tempère Guy Raffour.

Le principe du couchsurfing, littéralement «surf sur canapé»: on s’invite à dormir une ou plusieurs nuits chez un particulier, que l’on contacte via le réseau. Ce dernier peut refuser, ou mal recevoir son hôte, au risque d’essuyer un commentaire assassin sur son profil. A l’inverse, plus on est gratifié de commentaires enthousiastes, plus il est simple de se faire inviter.

«Ce n’est pas vraiment gratuit, dans le sens où ce réseau est bâti sur l’échange. Il faut discuter, s’intéresser à son hôte et s’adapter à son rythme, explique l’éditeur Jean-Louis Pagès, lui-même couchsurfeur pratiquant, et auteur du guide des réseaux d’hospitalité Voyager presque gratuit. Si on tombe sur un hôte qui a besoin de raconter sa vie, il faut être souple, sinon on obtient une mauvaise note. C’est ce principe qui permet de découvrir une autre culture.» Bref, si on veut être tranquille, il faut aller à l’hôtel.

Jean-Louis Pagès conseille, avant de partir pour la première fois, de s’inscrire sur le réseau, puis de participer à une réunion de couchsurfeurs pour obtenir quelques références.

«Avec 500 euros via les réseaux d’hospitalité, on peut partir partout dans le monde! On achète un pass InterRail, un stock de petites tour Eiffel à offrir aux gens, et on peut tout faire!»

A-t-il déjà voyagé ? «Pas tant que cela, mais j’accueille beaucoup de gens. Et c’est une autre façon de voyager.» A bon entendeur, si vous restez chez vous cet été, pensez à recevoir sur votre canapé.

Caroline Piquet

Caroline Piquet
Caroline Piquet (60 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte