Euro-2012Life

Euro 2012: Nasri, les Bleus et «les médias»... tous disqualifiés

Yannick Cochennec, mis à jour le 25.06.2012 à 11 h 22

OK, les Bleus n'ont pas fait un bon Euro. OK, ils ont été imbuvables. Mais que les télés emploient des personnages comme Barthez, Domenech ou Tapie pour juger le comportement de Samir Nasri et des joueurs est délirant.

Hugo Lloris, samedi à Donetsk, une des rares satisfactions bleues. REUTERS/Yves Herman

Hugo Lloris, samedi à Donetsk, une des rares satisfactions bleues. REUTERS/Yves Herman

Que restera-t-il de cet Euro 2012 en ce qui concerne l’équipe de France de football? A l’évidence, peu de choses en termes de niveau de jeu, même si le bilan est nettement moins sombre que celui de la coupe du Monde 2010. En revanche, mais loin des délires de Knysna, le poids des polémiques pèsera encore un certain temps sur notre souvenir avec Samir Nasri dans le rôle du principal animateur.

Deux fois donc —comment l’ignorer après les rafales d’analyses qui nous sont tombées sur la tête depuis samedi soir?— l’international de Manchester City s’en est pris aux journalistes français. La première après son but marqué contre l’Angleterre dans un geste guère équivoque semble-t-il destiné à un envoyé spécial du quotidien L’Equipe. La seconde à l’issue de l’élimination contre l’Espagne lorsque son vocabulaire fleuri s’est déversé sur la tête d’un journaliste de l’AFP qui passait par là.

De la part de Samir Nasri, c’est évidemment accorder beaucoup de son précieux temps à une profession sur laquelle les footballeurs ont pris l’habitude de s’essuyer allègrement les crampons quand ils ne la dégagent pas clairement en touche en refusant de s’adresser à elle. Ce n’est pas un scoop.

Pour la plupart d’entre eux, les footballeurs sont devenus des intouchables et souvent des imbuvables surprotégés par leurs agents qui utilisent tout leur pouvoir (de nuisance) pour se donner une existence en installant un mur invisible entre leurs joueurs et la presse.

Travailler dans cet univers reste et restera de plus en plus difficile et frustrant pour ceux qui veulent suivre et couvrir l’équipe de France de football. Rien de neuf sous le triste soleil ukrainien. Et ce sera le même tarif lors de la coupe du Monde au Brésil en 2014 —si la France se qualifie— en dépit du constat amer d’aujourd’hui des autorités de la Fédération française qui participent, elles aussi, à l’érection de barricades.

Bernard Tapie, really?

Mais fallait-il convoquer, comme France 2 dimanche soir, dans son journal de 20h, et Bernard Pivot, et Eric Besson, et Bernard Tapie, et Roselyne Bachelot pour tailler un nouveau short aux footballeurs? Fallait-il faire tout ce barouf au sujet de la prétendue mauvaise éducation de Samir Nasri? Samir Nasri, qui disait sans rire, voilà quelques mois, que son proverbe de prédilection était «Les chiens aboient et la caravane passe » quand sa devise favorite n’était rien d’autre que «Traite les gens comme tu aimerais qu’on te traite».

Samir Nasri, sorte de tout et son contraire de cette marée médiatique où l’on est un Dieu un jour et un médiocre le lendemain, où l’on dit vert lundi et rouge le mardi. Samir Nasri qui ne mérite certainement pas cet excès d’indignité de la part de certains de ceux qui le taclent désormais bien sèchement.

L’oubli des «événements» de Donetsk l’absoudra bien vite comme les médias qui ne tarderont pas à lui tresser de nouveaux lauriers une fois ses premiers exploits venus et qui recommenceront à courir derrière lui pour recueillir ses précieuses paroles.

Dans cette hystérie collective, il est parfaitement risible que le comportement de Samir Nasri et des joueurs de l’équipe de France puisse être notamment jugé sévèrement par des personnages comme Fabien Barthez, consultant de TF1, ou Raymond Domenech, qui chronique la compétition pour le compte de Ouest-France ou l’évoque à la télévision pour Ma Chaîne Sport. Barthez et Domenech, sinistres personnages d’hier, qui, en sélection, traitaient la presse avec (au moins) le même mépris que Nasri aujourd’hui, mais qui sont subitement devenus des hommes de communication par l’opération du saint-esprit.

Nasri, futur consultant

Le pire n’est pas qu’ils aient «oublié» le rejet qu’ils exprimaient alors vis-à-vis des journalistes auquel ils refusaient de parler y compris quand tout allait bien comme lors de la coupe du Monde de 2006 —et avec quelle morgue.

Le plus sordide est que ces mêmes médias aient osé sortir leur carnet de chèques pour avoir l’exclusivité de l’avis de ces tristes sires qui leur riaient au nez hier quand ils ne leur adressaient pas un rigolard bras d’honneur (dans le genre, Claude Puel, mutique parmi les mutiques face à la presse, et consultant de France-Info, cela ne manque pas de sel non plus).

Que Samir Nasri se rassure comme le dit son proverbe préféré : «Les chiens aboient et la caravane passe». Un jour ou l’autre, quand il sera plus vieux, il n’aura aucun mal à trouver sa place en tant que consultant sur l’un des nombreux plateaux qui instruisent son procès ces jours-ci.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte