Life

L'avenir de l'homme

Kléber Ducé, mis à jour le 30.05.2009 à 14 h 43

Des ouistitis devenant verts sous l'effet d'ultra-violets ont été créés au Japon. Une première mondiale à visée médicale.

L'animal - un «ouistiti à toupets blancs» - fait la Une de Nature, l'une des plus prestigieuses revues scientifiques internationales. Nature avait révélé au monde, il y a douze ans, la création de la brebis Dolly, premier mammifère créé par l'homme via la technique du clonage. Dolly faisait aussi, alors, la Une de l'hebdomadaire.

Cette fois la chose est différente mais, peut-être, d'une  plus grande importance encore pour l'espèce humaine. Des chercheurs japonais anoncent dans le numéro daté du 28 mai avoir réussi à créer une première lignée de singes génétiquement modifiés afin de devenir «vert fluorescent» sous l'effet de rayons ultra-violets. Au delà de son caractère spectaculaire ce résultat  pourrait ouvrir de nouvelles et riches perspectives  dans le champ de la recherche médicale. Cette première a été réussie par un groupe de scientifiques réunis au sein d'une équipe dirigée par Erika Sasaki (Institut central  d'expérimentation animale de l'université Keio).

«Ouistiti à toupets blancs» ? On parle aussi à son endroit de «ouistiti à pinceaux blancs» et les anglophones de «common marmoset» ou de «white tufted-ear marmoset». Mais en toute rigueur mieux vaudrait ne parler que de Callithrix jacchus.

Cet animal vit naturellement dans la forêt tropicale humide et dans la savane brésiliennes mais aussi dans les plantations, les jardins et les parcs. Une taille d'environ 20 centimètres et une queue de 28; un poids total moyen de 300 grammes pour un cerveau qui, dit-on, peine à atteindre les 8 grammes. Le tout n'est pas sans élégance avec robe noire tiquetée de gris-brun, raies transversales au bas du dos, queue annelée et ces fameuses touffes auriculaires blanches ou grisâtres, forment un arc semi-circulaire au-dessus devant des oreilles qu'elles cachent. On connaît des individus albinos et l'on sait qu'il lui arrive parfois de s'hybrider avec l'ouistiti à pinceaux noirs Callithrix penicillata.

Il vit en bande, goûte les fruits et les insectes. Selon son humeur et les circonstances il trille, gazouille, siffle et crie. Il se laisse aussi volontiers domestiquer et peut devenir animal de compagnie. Les cinéphiles et spécialistes de primatologie nous diront si ce sont bien ces singes qui sont omniprésents dans la scène finale et sublime d'«Aguirre ou la colère de Dieu». Les connaisseurs disent encore de lui qu'il est très «adaptable». Peut-être est-ce l'une des raisons qui explique qu'on le capture chaque année par milliers et qu'on le retrouve dans tous les centres de recherche du monde où il est l'un des animaux préférés des spécialistes de la recherche médicale et pharmaceutique.

Et maintenant cette question: comment est-on parvenu au Japon à rendre vert sous l'effet des ultra-violets une robe brésilienne noire tiquetée de gris-brun, des raies transversales et des touffes auriculaires blanches? Comme dans la plupart des travaux consistant à créer des animaux au patrimoine génétique modifiés (on parle ici d'animaux «transgéniques») les chercheurs  ont travaillé sur des embryons. En l'occurrence ils ont, grâce à un virus,  greffé dans des embryons de Callithrix jacchus une protéine bien particulière connue dans les milieu de la recherche en biologie: la protéïne fluorescente verte GFP; une molécule naturellement extraite d'une méduse Aequorea victoria, dont elle est extraite.

Les embryons transgéniques ainsi obtenus ont ensuite été implantés sur sept «mères porteuses». Comme souvent dans ce type de situation tout ne s'est pas passé comme prévu. Pour autant, en dépit de plusieurs  fausses couches. les chercheurs ont pu obtenir, à la deuxième génération, des animaux qui portaient le gène de la GFP dans leurs cellules sexuelles et qui pouvaient de ce fait la transmettre à leur descendance. Une nouvelle lignée de singes, fluorescents, était née.

La GFP (comme d'autres molécules similaires) est un outil spectaculaire qui permet de suivre in vivo et en temps réel l'expression de tel ou tel gène ou de localiser avec précision telle ou telle protéines au sein d'une cellule. Ellle offre encore la possibilité de discerner chaque cellule d'un tissu donné. Certains sont allée jusqu'à la qualifier de «microscope du vivant du XXIe siècle ». Et ce sont les travaux qui ont conduit à sa découverte qui ont été récompensés par le Prix Nobel de chimie 2008 décerné au Japonais Osamu Shimomura et aux Américains Martin Chalfie et Roger Tsien.

On objectera que des expériences similaires avait déjà été réalisée ces dernières années notamment chez des petits rongeurs de laboratoire et chez certains mamifères. Certes. Mais l'intérêt de cette première tient au fait que le ouistiti à toupets blancs est anatomiquement et physiologiquement incomparablement plus proche de l'homme que ne le sont la souris ou le rat. Mais -et c'est essentiel- c'est semble-t-il la première fois que l'on obtient que la transmission de la modification génétique se fasse sur un mode héréditaire.

La prochaine étape, sans doute déjà commencée, consistera à utiliser ces ouïstitis transgéniques comme modèles de maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson ou la sclérose latérale amyotrophique. Les lignées de ouistiti fluorescent pourrait ainsi prendre la place dans les laboratoires des singes rhésus et des babouins. 

On entend déjà des voix s'élever pour, une nouvelle fois, dénoncer ce type d'expériences. Deux arguments sont généralement avancés par les contestataires. Le premier, qui n'est pas nouveau, tient aux souffrances imposées aux animaux de laboratoire. Le second tient à la proximité des singes et des hommes, des travaux réussis sur les premiers ne pouvant que précéder le passage à l'humain. La encore la question n'est pas nouvelle. «Le Père Riquet disait à un biologiste: «Vous n'aurez permission de travailler au surhomme que lorsque vous aurez réussi à faire un homme à partir d'un singe»», écrivait Jean Rostand dans ses troublantes et formidables «Inquiétudes d'un biologiste» (Stock, 1967). 

Kléber Ducé

Photo: Un ouistiti à toupet blanc avec un petit  Reuters

Kléber Ducé
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