L'avenir de l'homme
Des ouistitis devenant verts sous l'effet d'ultra-violets ont été créés au Japon. Une première mondiale à visée médicale.
- Marcos Brindicci / Reuters -
L'animal - un «ouistiti à toupets blancs» - fait la Une de Nature, l'une des plus prestigieuses revues scientifiques internationales. Nature avait révélé au monde, il y a douze ans, la création de la brebis Dolly, premier mammifère créé par l'homme via la technique du clonage. Dolly faisait aussi, alors, la Une de l'hebdomadaire.
Cette fois la chose est différente mais, peut-être, d'une plus grande importance encore pour l'espèce humaine. Des chercheurs japonais anoncent dans le numéro daté du 28 mai avoir réussi à créer une première lignée de singes génétiquement modifiés afin de devenir «vert fluorescent» sous l'effet de rayons ultra-violets. Au delà de son caractère spectaculaire ce résultat pourrait ouvrir de nouvelles et riches perspectives dans le champ de la recherche médicale. Cette première a été réussie par un groupe de scientifiques réunis au sein d'une équipe dirigée par Erika Sasaki (Institut central d'expérimentation animale de l'université Keio).
«Ouistiti à toupets blancs» ? On parle aussi à son endroit de «ouistiti à pinceaux blancs» et les anglophones de «common marmoset» ou de «white tufted-ear marmoset». Mais en toute rigueur mieux vaudrait ne parler que de Callithrix jacchus.
Cet animal vit naturellement dans la forêt tropicale humide et dans la savane brésiliennes mais aussi dans les plantations, les jardins et les parcs. Une taille d'environ 20 centimètres et une queue de 28; un poids total moyen de 300 grammes pour un cerveau qui, dit-on, peine à atteindre les 8 grammes. Le tout n'est pas sans élégance avec robe noire tiquetée de gris-brun, raies transversales au bas du dos, queue annelée et ces fameuses touffes auriculaires blanches ou grisâtres, forment un arc semi-circulaire au-dessus devant des oreilles qu'elles cachent. On connaît des individus albinos et l'on sait qu'il lui arrive parfois de s'hybrider avec l'ouistiti à pinceaux noirs Callithrix penicillata.
Il vit en bande, goûte les fruits et les insectes. Selon son humeur et les circonstances il trille, gazouille, siffle et crie. Il se laisse aussi volontiers domestiquer et peut devenir animal de compagnie. Les cinéphiles et spécialistes de primatologie nous diront si ce sont bien ces singes qui sont omniprésents dans la scène finale et sublime d'«Aguirre ou la colère de Dieu». Les connaisseurs disent encore de lui qu'il est très «adaptable». Peut-être est-ce l'une des raisons qui explique qu'on le capture chaque année par milliers et qu'on le retrouve dans tous les centres de recherche du monde où il est l'un des animaux préférés des spécialistes de la recherche médicale et pharmaceutique.
Et maintenant cette question: comment est-on parvenu au Japon à rendre vert sous l'effet des ultra-violets une robe brésilienne noire tiquetée de gris-brun, des raies transversales et des touffes auriculaires blanches? Comme dans la plupart des travaux consistant à créer des animaux au patrimoine génétique modifiés (on parle ici d'animaux «transgéniques») les chercheurs ont travaillé sur des embryons. En l'occurrence ils ont, grâce à un virus, greffé dans des embryons de Callithrix jacchus une protéine bien particulière connue dans les milieu de la recherche en biologie: la protéïne fluorescente verte GFP; une molécule naturellement extraite d'une méduse Aequorea victoria, dont elle est extraite.
Les embryons transgéniques ainsi obtenus ont ensuite été implantés sur sept «mères porteuses». Comme souvent dans ce type de situation tout ne s'est pas passé comme prévu. Pour autant, en dépit de plusieurs fausses couches. les chercheurs ont pu obtenir, à la deuxième génération, des animaux qui portaient le gène de la GFP dans leurs cellules sexuelles et qui pouvaient de ce fait la transmettre à leur descendance. Une nouvelle lignée de singes, fluorescents, était née.
La GFP (comme d'autres molécules similaires) est un outil spectaculaire qui permet de suivre in vivo et en temps réel l'expression de tel ou tel gène ou de localiser avec précision telle ou telle protéines au sein d'une cellule. Ellle offre encore la possibilité de discerner chaque cellule d'un tissu donné. Certains sont allée jusqu'à la qualifier de «microscope du vivant du XXIe siècle ». Et ce sont les travaux qui ont conduit à sa découverte qui ont été récompensés par le Prix Nobel de chimie 2008 décerné au Japonais Osamu Shimomura et aux Américains Martin Chalfie et Roger Tsien.
On objectera que des expériences similaires avait déjà été réalisée ces dernières années notamment chez des petits rongeurs de laboratoire et chez certains mamifères. Certes. Mais l'intérêt de cette première tient au fait que le ouistiti à toupets blancs est anatomiquement et physiologiquement incomparablement plus proche de l'homme que ne le sont la souris ou le rat. Mais -et c'est essentiel- c'est semble-t-il la première fois que l'on obtient que la transmission de la modification génétique se fasse sur un mode héréditaire.
La prochaine étape, sans doute déjà commencée, consistera à utiliser ces ouïstitis transgéniques comme modèles de maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson ou la sclérose latérale amyotrophique. Les lignées de ouistiti fluorescent pourrait ainsi prendre la place dans les laboratoires des singes rhésus et des babouins.
On entend déjà des voix s'élever pour, une nouvelle fois, dénoncer ce type d'expériences. Deux arguments sont généralement avancés par les contestataires. Le premier, qui n'est pas nouveau, tient aux souffrances imposées aux animaux de laboratoire. Le second tient à la proximité des singes et des hommes, des travaux réussis sur les premiers ne pouvant que précéder le passage à l'humain. La encore la question n'est pas nouvelle. «Le Père Riquet disait à un biologiste: «Vous n'aurez permission de travailler au surhomme que lorsque vous aurez réussi à faire un homme à partir d'un singe»», écrivait Jean Rostand dans ses troublantes et formidables «Inquiétudes d'un biologiste» (Stock, 1967).
Kléber Ducé
Photo: Un ouistiti à toupet blanc avec un petit Reuters
Mis à jour le 30/05/2009 à 14h43










































A propos de la phrase du Père Riquet : "Vous n'aurez permission de travailler au surhomme que lorsque vous aurez réussi à faire un homme à partir d'un singe", il semble qu'on touche au but.
Cioran ne prophétisait-il pas déjà : "Tous les animaux ont de la tenue sauf le singe. On sent que l'homme n'est pas loin." ?
Je vais y aller moi aussi de ma citation : "Toute avancée des connaissances génére autant d'interrogations qu'elle apporte de réponses" (Pierre Joliot, il a dit d'autres choses très sensées)
Des interrogations, oui. Il n'y a pas que les "contestataires" décrits par l'auteur pour se poser des questions sur les implications de ces découvertes, les chercheurs eux-même en ayant une idée assez générale de ce qu'ils font ne savent pas forcément ce qu'ils vont découvrir. C'est toute la beauté de la recherche, cette foi qui permet de poursuivre les expérimentations, d'avoir une vision à long terme, mais en même temps de se départir de toute certitude. Et cette posture intellectuelle est beaucoup plus difficile à adopter que celle des contestataires.
Ceux qui critiquent le traitement accordés aux animaux sujets de l expérience et n'ont jamais utilisé de crêmes testées sur ces même animaux, ou n'ont jamais mangé de poulet élevé en batterie, ou même n'ont jamais tué une mouche ou une fourmis sont rares.
Quand au passage à l'homme, oui il arrivera, quand les recherches seront suffisamment avancées. On a bien envoyé un chien et un chimpanzé dans l'espace avant d'y lancer Gagarine ou Armstrong, on est bien en train de tester le vaccin contre la grippe A, et ça m'étonnerait qu'on n'utilise pas quelques rats de laboratoires.
Gardons une vision à long terme, n'oublions pas que si des interrogations nouvelles surgissent à chaque découverte, c'est que des réponses ont été apportées aux interrogations anciennes!
La procédure que vous décrivez n'a rien à voir avec le travail de transgénèse:
"En l'occurrence ils ont, grâce à un virus, greffé dans des embryons de Callithrix jacchus une protéine bien particulière connue dans les milieu de la recherche en biologie: la protéïne fluorescente verte GFP; une molécule naturellement extraite d'une méduse Aequorea victoria, dont elle est extraite."
Non, les chercheurs n'ont pas greffé une protéine dans l'embryon ! Ça n'aurait pas donné d'adulte fluorescents (elle aurait été diluée), et la couleur n'aurait pas été passé à la descendance...
Ils ont inséré le *gène* de la protéine dans le génome des embryons, ce qui explique l'expression d e la protéine partout dans le corps des ouistitis, et le fait qu'ils ont pu passer le caractère à leur petits...
Je suis désolée, je n'arrive pas à concevoir que l'on utilise des animaux comme cela. Je ne suis pas une sainte et peut-être un peu naïve. Les animaux ont des émotions. Toute personne qui aura eu des animaux pourra en attester, le lien que l'on peut tisser avec un animal est inébranlable.
Ce qui est une des plus grandes incompréhensions pour moi c'est l'utiliser les animaux pour notre bien et confort. L'Homme a toujours évolué sans que l'on modifie son génome afin que seuls les plus adaptés survivent et cela sur une période de temps difficilement appéhendable pour l'Homme lui-même.
D'une part donc je suis effarée de l'utlisation faite des animaux et d'autre part je me pose la question de ce fameux "surhomme", modifié ; les dérives pourront exister quoi que l'on en dise...