Pourquoi l'écologie est un échec

Rio+20 n'est que l'illustration de plus de l'incapacité de l'écologie à faire avancer ses thèses.

Withering / Carnie Lewis via FlickrCC Licence by

- Withering / Carnie Lewis via FlickrCC Licence by -

Les sommets de l'ONU sur l'environnement se suivent (Copenhague 2009, Durban 2010, Rio 2012) et se terminent invariablement par des flops. Les chefs d'Etat ne parviennent qu'à une chose: se donner mauvaise conscience pour leur impuissance.

Depuis vingt ans, le bilan tiré par les experts de l'ONU est sans appel: seuls 4 des 90 objectifs environnementaux jugés essentiels ont fait l'objet de progrès (dont la couche d'ozone et le plomb dans l'essence), 24 autres n'ont aucunement avancé, voire ont reculé, dont les plus importants: le changement climatique, la pollution des mers, la biodiversité (1).

Les absences de Barack Obama, d'Angela Merkel et de David Cameron à Rio cette semaine constituent un symbole éclairant: l'écologie est un échec.

Ce qui est considéré par certains, pas forcément à tort, comme la seule idéologie nouvelle depuis un demi-siècle, est incapable de faire avancer ses thèses. Les militants verts sont parvenus à faire entrer dans les têtes que la Terre était un objet fini et qu'il faut veiller à la bonne entente de la société et de la nature. Mais c'était la partie évidente du travail.

Des fanatiques jusqu'au-boutistes

Dès qu'il s'agit de passer à des mesures concrètes, c'est la déception. Les Terriens ne s'entendent pas ou, quand une partie d'entre eux, comme les Européens, croient utile de «montrer l'exemple», les résultats sont négligeables et d'un rapport coût-bénéfice affligeant.

Pourquoi? La première raison est que, comme toute idéologie, l'écologie cède à ses fanatiques. Ils réclament de «tout changer» dans nos modes de vie: façons de manger, de se déplacer, de travailler, jusqu'à arrêter de faire trop d'enfants. Chez ces ayatollahs, la révolution verte est une utopie. Comme le mieux est l'ennemi du bien, elle le demeure.

La deuxième raison est que les solutions aux enjeux planétaires se heurtent à la division du monde en nations. Théorie des jeux élémentaire: le principe d'égoïsme des gouvernements élus est plus fort que le principe de coopération. L'ONU est, en cette matière comme dans les guerres, largement impuissante. Tant qu'il n'y aura pas une gouvernance mondiale rénovée, l'écologie en restera aux déclarations.

Des nations égoïstes

Mais ces deux raisons ne disent pas l'essentiel. Après tout, les gouvernements français ne sont pas obligés d'écouter les José Bové. Et les objectifs de l'ONU dits du «millénaire» (pauvreté, maladies) sont, eux, en grande partie atteints.

L'essentiel de l'échec de l'écologie tient dans sa démarche restrictive. Cela se voit dans sa méthode. Elle passe par la contrainte de la loi, et fait le détour de la loi internationale ou européenne pour s'imposer aux Parlements nationaux. Cette voie bourre le discours écologique de normes, d'obligations techniques, d'annexes. Comme le note l'économiste Jeffrey Sachs, pourtant acquis à la cause, «ce légalisme a échoué à donner à l'humanité une langue pour discuter de sa survie» (2).

Restrictive surtout sur le fond: l'écologie a longtemps souffert d'être une idéologie totalitaire, la survie de la planète étant l'impératif «au-dessus des autres». Au-dessus en particulier des objectifs économiques et sociaux alors même que, très souvent, le respect de l'environnement est un luxe pour les plus pauvres.

Le rapport à l'innovation

Cet aspect «antisocial» est moins le cas aujourd'hui. Le rapport du Britannique Nicholas Stern sur le climat en 2006 a mis les économistes dans la partie. Aujourd'hui, les Verts veulent mener de front les combats de l'environnement et du social. Au point d'ailleurs, singulier renversement, de voir une Eva Joly pendant sa campagne présidentielle très rouge et peu verte. Mais il est vrai que la crise est passée par là. Elle renverse l'ordre des priorités, c'est l'emploi qui est désormais l'impératif du dessus.

Reste le noeud du problème: le rapport à l'innovation. Trop d'écologistes occidentaux continuent de voir la science comme le problème et non comme la solution. A leurs yeux, elle est vendue aux capitalistes pollueurs.

Pourtant, pour réussir à changer les modes de vie sur de vastes échelles, il faut non pas contraindre mais présenter des alternatives économiques et agréables. Aujourd'hui, la réalité est qu'il n'y en a pas. La carotte bio est trop chère, la voiture électrique n'a pas d'autonomie, les énergies renouvelables sont intermittentes et hors de prix pour les contribuables (3). Mais, dans les décennies à venir, les recherches vont aboutir et il y aura des solutions à foison.

En matière d'inventions, le monde n'est pas un espace fini. Quand, bientôt, la science sera verte, l'écologie aura gagné.

Eric Le Boucher

(1) Programme des Nations unies pour l’Environnement (Pnue). Retourner à l’article

(2) «A Rio Report Card», Project Syndicates. Retourner à l’article

(3) Ecologie, la fin, Christian Gérondeau. Editions du Toucan. Retourner à l’article

Devenez fan sur , suivez-nous sur
 
L'AUTEUR
Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect». Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
SLATE CONSEILLE
La croissance verte n'est-elle qu'une croissance de trop?
D'autres ont aimé »
Publié le 23/06/2012
Mis à jour le 23/06/2012 à 10h39
26 réactions