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Les cyclistes au top de la hiérarchie du dopage

Brian Palmer, mis à jour le 01.07.2012 à 15 h 06

Le cyclisme professionnel est-il beaucoup plus touché par le dopage que les autres sports?

12e étape du Tour 2011, en juillet dernier. REUTERS/Denis Balibouse

12e étape du Tour 2011, en juillet dernier. REUTERS/Denis Balibouse

L’Agence américaine anti-dopage a accusé le cycliste Lance Armstrong de s’être dopé, en déclarant que ses échantillons sanguins de 2009 et 2010 indiquaient la présence d’Erythropoïétine (EPO) et/ou l’usage de transfusions sanguines. Selon le New York Times, depuis 1995, seuls deux des vainqueurs du Tour de France n’ont pas été impliqués dans des controverses liées au dopage. Pourquoi le dopage semble-t-il bien plus courant dans le cyclisme qu’ailleurs?

En raison d’une plus grande surveillance, pour commencer. Le dopage est hélas très courant dans le cyclisme, mais rien ne montre qu’il le soit davantage que dans d’autres sports d’endurance. En 2010, les cyclistes ont été contrôlés positifs dans 1,19% des contrôles inopinés ordonnés par l’Agence Mondiale contre le Dopage. Les triathlètes font à peine mieux, avec un taux de contrôle positif de 1,09%.

Il est difficile de comparer ces résultats à ceux des coureurs de Marathon, car l’agence agrège leurs résultats avec de nombreux autres athlètes de disciplines non liées à l’endurance, comme les lanceurs de poids. (En moyenne, 0,78% des athlètes sont contrôlés positifs). Si on prend tous les sports en compte, le taux de cyclistes contrôlés positifs est assez médian.

Les haltérophiles sont ainsi contrôlés positifs à 2,42%, les boxeurs à 1,94% et les archers à 1,47%, soit des taux significativement plus élevés que ceux des cyclistes. (Pour info: les archers prennent des bétabloquants afin d’éviter que leur main tremble sous la pression.)

Ce qui donne donc l’impression que les cyclistes sont régulièrement contrôlés positifs, c’est qu’ils sont contrôlés en permanence. Depuis que l’affaire Festina a mis en lumière le caractère systématique du dopage sur le tour de France en 1998, les plus grands cyclistes sont testés des dizaines de fois par an –bien plus que les autres sportifs.

Les scandales de dopage dans le cyclisme sont également davantage couverts par les médias que des scandales du même genre dans des sports moins médiatiques, en raison des noms mêmes des personnes impliquées. A titre d’exemple, rares sont les Américains qui savent que le ski de fond a été, ces dernières années, en proie à un énorme scandale de dopage.

Les enjeux sont également plus élevés. Le vainqueur du tour de France empoche près de 500.000 euros avec la possibilité de gagner davantage encore grâce aux sponsors; les meilleurs fondeurs gagnent environ 300.000 euros par an.

Si les statistiques sont donc équivoques, certains observateurs considèrent que la réputation du cyclisme, comme «le sport le plus rongé par le dopage systématique du XXe siècle» est bien méritée. Plusieurs raisons expliquent la présence de produits améliorant les performances dans le monde du sport. Le cyclisme est, de manière indiscutable, une véritable défi d’endurance.

A l’inverse des coureurs de marathon ou des triathlètes, les cyclistes courent presque tous les jours et parfois sur plusieurs semaines. Durant cette période, les taux d’hématocrites et la testostérone tendent à baisser. Le dopage peut l’empêcher et permettre à des coureurs de continuer de rester au top jusqu’à la fin de la compétition. Les directeurs d’équipe ont régulièrement fait pression sur équipiers des champions afin qu’il prennent des produits pour le bien de l’équipe.

Le poids de l’histoire joue également un rôle important. Le dopage étant une stratégie indubitablement efficace, il fait littéralement partie de la culture du cyclisme. A la fin du XIXe siècle, les coureurs professionnels mangeaient du sucre trempés dans de l’éther ou buvaient du café avec une addition de caféine, de strychnine, de nitroglycérine ou de cocaïne.

Au milieu du XXe siècle, les amphétamines étaient le produit en vogue, avant l’apparition de l’EPO et d’autres méthodes de dopage sanguin dans les années 1990. Jacques Anquetil, grande légende du cyclisme, le déclara un jour:

«Je me dope. Tout le monde se dope. Ceux qui disent le contraire sont des menteurs. Depuis cinquante ans, les coureurs cyclistes prennent des stimulants.»

Il convient de noter que l’histoire de la course de fond ont également est également marquée par le dopage. Lors du marathon des JO de 1904, les entraîneurs américains du vainqueur Thomas Hicks lui donnèrent de la strychnine et du blanc d’œuf lors du ravitaillement précédant les 12 derniers kilomètres. Il termina la course en 3 heures, 28 minutes et 53 secondes, un temps qui ne lui permettrait même pas de se qualifier pour concourir en amateur au marathon de Boston aujourd’hui.

L’explication remercie ben Brewer de la James Madison University,  John Gleaves de la California State University, Fullerton, John Hoberman de l’University of Texas d’Austin, et Charles Yesalis de la Penn State University.

Brian Palmer

Traduit par Antoine Bourguilleau

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