Économie

Fiscalité: Londres n'a pas forcément de leçons à donner à Paris

Temps de lecture : 3 min

David Cameron a voulu rendre à François Hollande la monnaie de sa pièce à propos de «l’adversaire sans nom et sans visage». Mais ce faisant, il s'est davantage comporté en Premier ministre de la City que de son pays.

David Cameron, le 19 juin 2012 à Los Cabos (Mexique). REUTERS/Henry Romero.
David Cameron, le 19 juin 2012 à Los Cabos (Mexique). REUTERS/Henry Romero.

Le Premier ministre britannique David Cameron est un revanchard. Quand il tacle François Hollande sur sa proposition de taxer à 75% les revenus imposables supérieurs à 1 million d’euros par an, il lui rend la monnaie de sa pièce.

Car il est évident que les banquiers londoniens n’ont guère apprécié l’attaque portée par le candidat Hollande désignant, dans son discours du Bourget, la finance «sans nom et sans visage» comme son adversaire principal. Les pointures de la City se sentirent-elles visées? David Cameron, solidaire, avait épousé leur cause.

Le candidat Hollande dut se fendre d’un voyage à Londres pour les rassurer un peu. Jeu de rôles: qui pourrait imaginer que la France veuille déclarer la guerre aux banques? Tout dépend de la façon dont elles financent l’économie.

Et là… Faudrait-il donc taire, au nom d’une tacite impunité, leur responsabilité dans une crise internationale dont elles n’ont pu s’extraire qu’avec l’intervention des pouvoirs publics? Même en Grande Bretagne, la réforme du système bancaire est à l’ordre du jour; elle progresse même plus vite qu’en France.

Ce qui n’a pas empêché David Cameron d’ignorer, alors, la visite de Hollande. Et de répliquer maintenant sur le terrain de la fiscalité, surprenant tout le monde dans un G20 pas vraiment destiné à étaler des bisbilles bilatérales.

Pourtant, en matière de politique fiscale, Londres n’a pas forcément de leçon à donner à Paris. Tout dépend des populations concernées, et des niveaux de revenus. Les foyers des classes moyennes, notamment, ne sont pas avantagés outre-Manche. En outre, la fiscalité n’est pas une fin en soi. Seule l’utilisation des recettes peut donner son crédit à une politique fiscale.

Recul en matière de santé

Or par exemple, lorsqu’on considère le recul de la Grande Bretagne en matière de santé publique comparativement aux politiques de santé menées en France, on peut estimer qu’il est parfois bien légitime de payer ses impôts au sud de la Manche. Même les Français opposés au système fiscal avec le plus de virulence ravalent leurs critiques une fois qu’ils ont eu affaire au milieu médical pour de lourdes interventions, et qu’ils comparent leur situation avec celle d’autres patients qui, pour être soignés à temps, doivent s’expatrier —parfois… en France.

Mais il est vrai que David Cameron tend la main à des personnes qui peuvent, par leur niveau de revenus, souscrire des assurances privées inaccessibles aux foyers des classes moyennes. Or, la politique de santé est un exemple; il en est d’autres dans les services publics. Au sommet du gouvernement britannique, les très hauts revenus seraient-ils les seuls qui vaillent qu’on leur porte une certaine considération?

La France fait d’autre choix. La surtaxe fiscale au-dessus d’un million d’euros par an de revenu imposable –c'est-à-dire après les déductions et corrections habituelles– n’est d’ailleurs pas une mesure fiscale dans son principe, mais «de cohésion sociale», indique Michel Sapin, un peu vite brocardé par les tenants d’un libéralisme à l’anglo-saxonne.

Fiscalement, l’efficacité de cette surtaxe sera réduite: pas plus de 250 millions d’euros par an de recettes supplémentaires. Mais si «gagner de l’argent n’est pas illégitime», il arrive un moment où il n’est plus supportable que certains «fassent preuve d’arrogance», commente l’actuel ministre du Travail. A situations exceptionnelles, réponses exceptionnelles. D’où des décisions symboliques pour que l’effort soit «généralisé».

Il n'existe pas de politique fiscale juste

C’est un choix de société. Il est légitime pour David Cameron de défendre une vision différente de celle de François Hollande. Certes, en matière de fiscalité, le choix de la France n’est certainement pas idéal. Ni juste non plus. Mais il n’existe pas de politique fiscale juste, nulle part.

Il n’y a que des compromis, en Grande-Bretagne comme en France, ce qui devrait inciter à la retenue sur les scènes internationales. D’autant que rien ne démontre que Londres puisse faire la leçon à Paris dans ce domaine, alors que l’Etat britannique manque de moyens pour remplir ses fonctions régaliennes et ne démontre pas avoir inventé des systèmes alternatifs forcément pertinents.

Sauf à limiter l’analyse aux seuls très hauts revenus… Les Britanniques eux-mêmes n’avaient peut-être pas compris qu’ils avaient élu un Premier ministre de la City.

Gilles Bridier

Newsletters

Flâner sur internet au bureau peut améliorer votre productivité

Flâner sur internet au bureau peut améliorer votre productivité

Il faut parfois une mini-pause au cours de sa journée de travail pour se remettre de moments stressants.

Au Royaume-Uni, l'éolien a détrôné le charbon roi

Au Royaume-Uni, l'éolien a détrôné le charbon roi

L'urgence environnementale et l'urgence industrielle expliquent le succès de l'éolien offshore, présenté comme une opportunité de croissance économique dans une période politiquement délicate.

 Avons-nous peur de la retraite par capitalisation à cause de notre faible niveau en économie?

Avons-nous peur de la retraite par capitalisation à cause de notre faible niveau en économie?

À en croire certains spécialistes, les Français·es ne connaîtraient pas grand-chose à la finance, ce qui nous pousserait à prendre des décisions irrationnelles. Ce n'est pourtant pas aussi simple.

Newsletters