France

Lucette Michaux-Chevry et Marie-Luce Penchard, les reines déchues de Guadeloupe

Dominique Dhombres, mis à jour le 26.06.2012 à 6 h 29

Nous avons rencontré l'ancienne ministre de Jacques Chirac quelques jours avant qu'elle voie sa fille, ministre de l'Outre-mer de Nicolas Sarkozy, être battue aux législatives par Victorin Lurel, le nouveau titulaire du poste.

Lucette Michaux-Chevry, en février 2009. REUTERS/Régis Duvignau.

Lucette Michaux-Chevry, en février 2009. REUTERS/Régis Duvignau.

Bon pied bon oeil, à quatre-vingt trois printemps, Lucette Michaux-Chevry est toujours aussi coquette. «Je ne suis pas coiffée», affirme-t-elle, contre toute évidence, en faisant les honneurs de son vaste bureau de Basse-Terre (Guadeloupe), la ville dont elle est toujours maire. «Je suis quelqu’un de très attaché à la présentation», dit-elle en redressant, pour le principe, quelques mèches blondes rebelles.

Elle montre fièrement les photos encadrées qui ornent la pièce. On la voit, très élégante en effet, aux côtés de Jacques Chirac et d’Alain Juppé, ou de Nicolas Sarkozy. Elle a été présidente de région, sénateur et deux fois ministre. Elle est la grande dame de la droite en Guadeloupe et n’a nullement l’intention de décrocher. Elle a créé une sorte de dynastie, laquelle est désormais en grande difficulté, pour ne pas dire en perdition..

Sa fille Marie-Luce Penchard, UMP comme elle, vient d’échouer face au socialiste Victorin Lurel, l’homme fort de la gauche en Guadeloupe, élu dès le premier tour député de la quatrième circonscription (Basse-Terre, Trois Rivières). Lurel a obtenu 67,23 % des suffrages, Penchard 22,89%: un verdict ans appel. Et une dure déconvenue pour Lucette et Marie-Luce...

«Elle gagnera un jour!»

La Guadeloupe a voté massivement pour François Hollande, et la pente était à l’évidence impossible à remonter. Quelques jours avant le scrutin, quand nous l’avons rencontrée, Lucette Michaux-Chevry se faisait beaucoup de soucis pour sa fille:

«Marie-Luce n’est pas comme moi. Elle n’a pas la même formation, le même métier. Moi, je suis avocate, elle est administrateur civil. Elle aurait pu faire une carrière considérable dans l’administration. Elle a choisi la politique. Elle a la trempe pour cela. Elle veut gagner. Elle gagnera un jour!»

Lucette avait, comme tout un chacun dans l’île, anticipé la défaite de sa fille. C’était un peu héroïque de se présenter à la députation, en Guadeloupe, en juin 2012, quand on a été associé étroitement à l’ancien régime en place à Paris. En effet, Marie-Luce ne s’est pas contentée d’être UMP, comme sa mère, elle a aussi été ministre de l’Outre-Mer dans le dernier gouvernement Fillon.

Aux yeux de tous, la mère et la fille étaient en quelque sorte la filiale locale de la maison UMP, version intégralement Chirac pour la mère, improbable cocktail Chirac/Sarkozy pour la fille. Pas vraiment porteur par les temps qui courent.

Et pourtant, à en croire Lucette, elle est presque parfaite, Marie-Luce:

«Elle dit la vérité, même quand celle-ci n’est pas bonne à dire. Elle trouve qu’on ne travaille pas assez, ici. Cela ne la rend pas vraiment populaire, vous savez. Et puis, elle a une qualité que je n’ai pas: la patience.»

«On va trop vite, on est trop pressés»

Entendez, Marie-Luce est posée, alors que Lucette a un tempérament explosif, éruptif même. Elle n’aime pas attendre. Elle n’aime pas qu’on lui résiste. Elle n’aime pas, mais alors pas du tout , les mous du genou, les indécis, les gens qui ne font jamais rien mais critiquent toujours tout. «Nicolas Sarkozy a les même défauts que moi. On va trop vite. On est trop pressés, on veut que ça bouge rapidement, alors qu’on vit dans une société qui a peur du changement», dit Lucette.

«Il a les défauts des avocats», dit-elle encore. Le mot, dans sa bouche, est évidemment connoté positivement. Lucette est avocate, fière de l’être, et se vante, avec une lueur de malice dans les yeux, d’employer tous les moyens, tous les ressorts, toutes les ficelle du métier, légales bien sûr, qu’alliez-vous imaginer, pour faire triompher la cause de ses clients et emporter le morceau. Elle n’a aucun goût pour l’échec, Lucette, ni aucune tendresse pour les causes perdues d’avance.

Mais cette fois, pour sa fille, l’affaire était trop mal engagée. Non content d'être président de la région, son adversaire Lurel lui a en effet succédé au ministère des Outre-mer (léger glissement sémantique), après avoir été le porte-parole de Ségolène Royal sur ces questions puis avoir rempli quasiment les même fonctions auprès du candidat François Hollande. Bref, un homme incontournable à gauche, un peu comme Michaux-Chevry a longtemps été incontournable à droite.

On avait donc, réunis dans la quatrième circonscription de la Guadeloupe, tous les ingrédients d’une belle saga, dignes d’un téléfilm, pour le moins. La fille, patiente et posée, de la grande dame éruptive de la droite affrontait le grand homme tranquille de la gauche rassurante, parfait reflet du nouveau pouvoir en place à Paris.

«Je n'ai rien à prouver»

Marie-Luce tentera de nouveau «un jour» sa chance dans la quatrième circonscription. Et Lucette? Elle est toujours avocate, comme on l’a vu. Et aussi toujours Madame le maire (elle tient à ces subtilités de la langue française) de Basse-Terre, poste qu'elle occupe depuis 1995.

Son avenir? «Je ne me pose pas ce genre de questions. Je n’ai rien à prouver. Tous les postes que j’ai occupés, je les ai obtenus sans rien demander à personne.» Il n’est donc pas exclu qu’elle brigue un nouveau mandat de maire de Basse-Terre.

Elle est respectée, même par ses plus ardents adversaires. «C’est une femme de conviction», reconnaît Elie Domota, le dirigeant syndical du LKP, l’organisation indépendantiste qui a mené en 2009 une grève très dure de plusieurs mois contre la vie chère et la hausse du prix du pétrole.

Elie Domota est cinglant concernant Nicolas Sarkozy. Il n’a pas aimé, mais alors pas du tout, le discours de Dakar sur l’homme africain qui ne serait pas entré dans l’Histoire... Il est moins sévère envers Lucette Michaux Chevry, qui connaît, elle, l’histoire de son île, même si elle en tire des conclusions politiques diamétralement opposées.

Dominique Dhombres

Dominique Dhombres
Dominique Dhombres (14 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte