Petit guide du Français qui veut quitter son pays

A l'aéroport de Nice le 23 février 2010, REUTERS/Eric Gaillard

A l'aéroport de Nice le 23 février 2010, REUTERS/Eric Gaillard

Bernard Arnault veut devenir Belge. En juin, David Cameron voulait dérouler le tapis rouge aux exilés fiscaux. Mais la fuite de l'impôt n'est pas la seule motivation des Français qui s'expatrient. Tour d'horizon des destinations à privilégier en fonction de votre profil.

Depuis l'élection de François Hollande, plusieurs articles ont relaté le phénomène: de riches Français, effrayés par les annonces du nouveau président sur la taxation à 75% des revenus supérieurs à 1 million d’euros, feraient leurs cartons pour fuir leur pays redevenu socialiste. En juin, le Premier ministre britannique David Cameron s'était déclaré prêt à dérouler «le tapis rouge» aux entreprises françaises fuyant les impôts français.

Et le 8 septembre, on apprenait que Bernard Arnault, homme le plus riche de France et d'Europe, voulait obtenir la double-nationalité belge, tout en déniant vouloir s'exiler fiscalement*.

L’alternance politique n’est pas le seul motif de départ des Français. Etudiants voulant faire l’expérience de la vie à l’étranger, entrepreneurs se sentant bridés par les obstacles à la création d’entreprise ou tout simplement travailleurs cherchant à échapper à un marché du travail morose, les raisons pour lesquelles ils décident un jour de quitter la France sont multiples.

Et selon la raison pour laquelle ils partent, certaines destinations sont plus prisées que d’autres. Petit guide des meilleurs pays d’accueil en fonction de votre profil d’exilé.

Vous êtes étudiant et souhaitez partir à l’aventure

Erasmus go home / Amio Cajender via Flickr CC License by.

Vous êtes étudiant ou futur étudiant et vous voulez partir à l’étranger pour faire vos études? Vous êtes loin d’être le seul. Chaque année de nombreux Français quittent l’Hexagone pour leurs études. D’après des chiffres de l’OCDE, près de 90.000 français étudiaient à l’étranger en 2009.

Etudier, oui, mais où? Toujours d’après l’OCDE, 25% des Français ont fait le choix de la Belgique, 19,3% du Royaume-Uni, 11,6% du Canada, 10,9% des Etats-Unis et 10% de l’Allemagne. Le reste des troupes porte son choix principalement sur les pays européens.

Pour le choix, tout dépend de ce que vous prévoyez de faire après vos études, du diplôme que vous souhaitez obtenir et si vous comptez rester là-bas. Il faudra aussi choisir entre vous organiser seul ou vous faire aider par un organisme. La commission Fulbright propose ainsi des séjours d’un an dans des universités américaines.

Charlotte Goodwin, conseillère d’orientation à Paris pour Fulbright, renseigne les étudiants qui souhaitent partir étudier aux Etats-Unis. En 2011, 8.098 Français y étudiaient, «principalement dans les écoles de commerce, le marketing, le droit, l'ingénierie et le cinéma». Le principal inconvénient du pays, qui propose de très bonnes formations, ce sont les coûts d’inscriptions, qui s’élèvent parfois à 20.000 euros pour un an, et les problèmes de visas, qui ne permettent pas forcément de rester une fois les études terminées.

Peut-être vaut-il alors mieux se tourner vers l’Europe. Depuis 2005 et la réforme de Bologne, tous les diplômes universitaires délivrés par les universités européennes se valent grâce au système LMD (licence en 3 ans, master en 2 ans, doctorat en 3 ans). Vous pouvez donc tout à fait, après une licence d’allemand, partir faire un master à Berlin.

La Grande-Bretagne est relativement moins chère et propose de très bonnes formations en droit et en commerce, mais le pays a récemment mis un tour de vis sur l’accueil des étudiants étrangers. L’Allemagne est plus spécialisée dans les sciences-humaines et dans l'ingénierie, où les débouchés sont d’ailleurs bons, le pays recrutant 60.000 ingénieurs étrangers par an.

La Belgique a l’avantage de parler le français et ses frais d’inscription se situent dans les mêmes eaux que ceux en France. «Il y a beaucoup d’étudiants français, surtout dans les secteurs médicaux et paramédicaux, car il est plus facile d’y rentrer qu’en France», explique Patricia Grillo, élue de l’Assemblée des Français de l’étranger pour la Belgique. Mais attention, depuis quelques années, les facs belges ont introduit des quotas d’étrangers car, dans certains cursus, le nombre de Français dépassait le nombre de Belges...

Enfin, si vous avez envie d’aventure, la bonne idée serait de se tourner vers les grands pays émergents. «C’est au Brésil que ça ce passe maintenant, note Mathieu Oui, journaliste pour le site l’Etudiant, et les perspectives post-universités sont bonnes.»

Vous êtes riche et vous voulez payer moins d’impôts

Bill and Map / Pfly via Flickr CC  License by.

François Hollande «n’aime pas les riches», et ils le lui rendent bien, à quelques exceptions près comme Yannick Noah. Le président est depuis revenu sur cette déclaration faite lors de la campagne de 2007, mais son élection a semble-t-il convaincu certains de faire leurs valises pour des raisons fiscales.

L’exode des riches est-il un mythe ou une réalité? D’aucuns estiment que le phénomène est très marginal, d’autres qu’il s’agit au contraire d'une fuite de capitaux catastrophique pour l’économie française. Le seul moyen actuel d’évaluer combien de personnes quittent la France pour payer moins d’impôts est de se rapporter aux personnes soumises à l’ISF: selon Vincent Drezet, du Syndicat national unifié des impôts, entre 0,12% et 0,15% d’entre eux décident de quitter la France chaque année. Et certains «font étudier leur cas par des avocats fiscalistes pour savoir s’il serait avantageux pour eux de partir, sans pour autant passer à l’acte», ajoute-t-il.

Vous faites partie des riches prêts à passer le pas? Plusieurs destinations s’offrent à vous selon votre profil. La Suisse est souvent le premier pays qui vient à l’esprit quand on parle d’exil fiscal, mais attention: cette destination est surtout avantageuse pour les super-riches. La fiscalité n’est pas si différente pour monsieur tout-le-monde ou pour les simples riches: l’impôt sur le revenu n’est que très légèrement inférieur à celui pratiqué en France.

En revanche, si vous avez gagné au Loto et que vous n’avez plus besoin de travailler, vous n’aurez à payer qu’un forfait fiscal indexé sur votre loyer uniquement, et pas sur votre fortune. C’est aussi le secret qui entoure les informations fiscales qui attire les grosses fortunes en Suisse, dont les 44 Français qui font partie des 300 personnes les plus riches de Suisse.

Autre destination souvent évoquée, la Belgique, à privilégier pour éviter de payer des impôts sur les plus-values lors de la vente de votre entreprise. Une situation à laquelle le gouvernement tente de mettre fin depuis avril 2012 avec son exit tax. Mais les exilés fiscaux de Belgique, qui représentent 1% de tous les Français habitants chez notre voisin selon Patricia Grillo, n’ont pas à s’en faire: ils continueront à échapper à l’ISF. Evitez toutefois la Belgique si vous êtes salarié: l’impôt sur le revenu y est plus élevé qu’en France, notamment pour les très gros salaires.

Si vous êtes un cadre supérieur qui gagne bien sa vie mais sans fortune personnelle immense, optez plutôt pour Londres (les super-riches sont évidemment également les bienvenus dans la capitale britannique).Vous y paierez toujours autant, voire même «un peu plus» d’impôt sur le revenu qu’en France, selon Vincent Drezet, mais pas d’ISF. Géraldine Menasche, directrice d’une agence immobilière pour propriétés haut de gamme dans les beaux quartiers de Londres, affirme que «beaucoup de gens appellent pour se renseigner sur l’achat d’un bien immobilier à Londres par peur de l’aspect punitif du programme de François Hollande» depuis quelques mois, et que le site de son agence a connu «une explosion de visites» le 6 mai dernier.

Dernier cas de figure: vous avez fait fortune et désirez transmettre votre patrimoine à votre descendance sans avoir à en verser une bonne partie à l’Etat français. Direction l’Espagne ou l’Italie, où les droits de succession n’existent pas.

Vous ne trouvez pas de boulot en France et pensez que ça sera plus facile ailleurs

Run / David H. Chu via Flickr CC License by.

Avec un taux de chômage supérieur à 10%, la France n’est pas vraiment sur le papier le meilleur pays du monde pour trouver du travail. Que vous fassiez partie des 2,9 millions de Français au chômage recensés par le ministère du Travail, que vous soyez à la recherche d’un meilleur salaire comme 30% des expatriés ou simplement d’un travail qui corresponde plus votre formation ou à vos aspirations, vous pouvez être tenté par une aventure professionnelle à l’étranger.

Si telle est votre décision, votre premier réflexe sera peut-être de regarder les taux de chômage des pays voisins. Vous arriverez alors assez vite à la même conclusion que les Espagnols et les Grecs qui quittent leur pays pour des raisons économiques: l’Allemagne. Le pays, avec son taux de chômage inférieur à 7%, connaît depuis le début de la crise européenne un afflux de nouveaux immigrés venant du sud d’Europe. A tel point que l’apprentissage de la langue allemande, qui était en baisse en Europe, connaît un regain d’intérêt chez les étudiants.

Et traverser le Rhin est sans doute un des meilleurs paris que vous puissiez faire: «la liberté de mouvement des travailleurs dans l’Union européenne et la proximité culturelle rendent cette destination d’autant plus attrayante pour les travailleurs», explique Dominique Girerd, directeur du Club Teli, une association d’aide à la mobilité internationale. Si vous avez un profil recherché dans le pays comme ingénieur dans l’énergie, l’agro-alimentaire ou l’informatique, n’hésitez plus! Seul inconvénient: il n’y a pas de salaire minimum chez nos voisins allemands.

Oliver Sheppard de Pôle emploi international, un réseau spécialisé qui propose 30.000 offres d’emplois à l’étranger par an, estime aussi que l’Europe est à privilégier en raison de la proximité et de la libre circulation, surtout dans les secteurs en tension et où il y a pénurie de main d’œuvre un peu partout: restauration, ingénieurs informaticiens, médecins… Au contraire, les métiers des services sont déjà pourvus en main-d’œuvre locale en général.

Mais il y a aussi des demandes spécifiques en fonction des pays: allez là où vos compétences sont recherchées. Les pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes ou le Koweit présentent de nombreuses opportunités dans les secteurs de l’éducation, de l’énergie, du bâtiment ou encore de la santé, à condition de ne pas avoir peur du choc culturel. Autre avantage, ces pays sont parfois «présentés comme des eldorados pour les jeunes Français d’origine maghrébine qui sont victimes de discrimination au travail», estime Fabrice Mazoir, du site JobTrotter.com, qui propose des fiches par pays pour préparer son expatriation.

Certains pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil peuvent sembler attrayants de par leur activité économique florissante, mais  là encore il faut prendre en compte les spécificités de chacun et des freins à l'activité (corruption en Chine, préférence pour les locaux dans les grandes entreprises brésiliennes, etc.)

Au contraire, le Québec est une terre d’accueil privilégiée pour les Français en quête d’expérience professionnelle à l’étranger, avec «un environnement francophone, des accords entre les gouvernements pour faciliter les échanges de compétences et une culture d’ouverture à l’immigration économique», souligne Fabrice Mazoir.

Vous voulez créer votre boîte, mais la France ça craint pour les entrepreneurs

French restaurant / rjw1 via Flickr CC License by.

Le discours revient souvent dans la bouche des entrepreneurs. La France serait un pays trop administratif et freinerait les ardeurs des jeunes lorsqu’ils souhaitent créer des entreprises. D’autant que les futurs patrons sont dans l’expectative quant à la politique de François Hollande sur les entreprises innovantes.

Vous parlez anglais? Direction les Etats-Unis. Il n’existe pas de données chiffrées sur le sujet, mais l’Amérique attire toujours autant. Et si la Silicon Valley est de plus en plus saturée, New York draîne beaucoup de jeunes entrepreneurs. Ilan Abehassera, le créateur de la start-up Producteev, est catégorique:

«Je n’ai pas de chiffres, mais par semaine j’ai 4 à 5 personnes qui me contactent car elles veulent s’implanter à New York.»

Le Français est arrivé en 2004 lors d’un VIE et a ensuite créé son entreprise et une association qui vient en aide aux Frenchies expatriés à New York. Le conseil qu'il donne, c’est «de partir tout de suite après la fin de ses études, c’est forcément plus difficile de s’expatrier lorsque l’on a des attaches». Une expatriation d’ailleurs facilitée par les chambres de commerce américaines et de nombreux organismes comme le French-American Entrepreneurs Prize. L’avantage des Etats-Unis?

«On peut créer une entreprise en moins de quinze minutes sur Internet, c’est facile de licencier un employé que l’on a mal recruté et surtout le marché américain est beaucoup plus grand que celui de la France.»

Autre solution si vous voulez vraiment partir, mais quand même pas trop loin: l’Europe. Comme l’explique Jean-Loup Karst, co-président de l'Association européenne des jeunes entrepreneurs, «il y a énormément de programmes européens, dont un sur le modèle Erasmus appelé Leonard de Vinci, qui encourage la mobilité des entrepreneurs».

Pour lui, les principales villes a fort potentiel restent Berlin, Paris et Londres. «Mais le problème en Europe, c’est que les banques ne jouent plus leur rôle.» Peut être faudrait-il aller ailleurs en attendant que la crise passe. Jean-Loup Karst conclut:

«On parle de crise seulement en Europe. Je pense qu’il faut aller regarder ailleurs, dans les pays émergents et en Asie du sud-est. Les opportunités sont immenses, on assiste à une renaissance mondiale.»

Quelle que soit la destination que vous choisissez, l’une des choses les plus importantes à préparer est… le retour, et ce dès votre départ. Il est «important de garder des contacts en France», met en garde Oliver Sheppard: la durée d’expatriation ne dépasse généralement pas cinq ans.

Grégoire Fleurot et Fabien Jannic

* Article du 20 juin mis à jour le 9 septembre avec l'annonce de la demande de Bernard Arnault. Retourner à l'article

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