Économie

Londres déroule déjà le tapis rouge aux délocalisés fiscaux

Temps de lecture : 3 min

La bataille des 75% a déjà commencé. La capitale britannique a créé un bureau d'accueil pour les hauts cadres français.

François Hollande et David Cameron, le 18 mai 2012. REUTERS/Andrew Winning
François Hollande et David Cameron, le 18 mai 2012. REUTERS/Andrew Winning

Qui rappellera à Michel Sapin et à tous les socialistes français, qu’au Mexique en 1863 au lieu dit Camerone, les Français ont subi une défaite que leur goût de la fausse légende a transformé en victoire? Soixante soldats valeureux de la Légion étrangère résistèrent 24 heures à deux mille cavaliers mexicains, avant de tous y laisser leur peau. Cette bataille est devenue la bataille emblématique de la Légion qui y fête l’abnégation, la fidélité, le devoir. N’empêche que ce fut une défaite.

On pensait à cet épisode de cette funeste campagne mexicaine de Napoléon III, quand au G20 au Mexique, à Los Cabos, un certain David Cameron, Premier ministre anglais de son état, lança à la tête des ministres et du président français:

«Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, nous déroulerons le tapis rouge et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni.»

Se frottant les mains, il conclua:

«Cela paiera nos services publics et nos écoles.»

Michel Sapin, le ministre socialiste français du Travail de son état, a cru fin de répliquer:

«Je ne sais pas comment on fait pour dérouler un tapis rouge au travers [de la Manche], il risque de prendre l'eau.»

Ouaf! ouaf! ouaf! Qu’il est malin ce Sapin!

Sauf qu’il n’y a pas de quoi rire. La bataille de Cameron (David) est réelle et en passe d’être gagnée non par les Mexicains cette fois mais par le gouvernement conservateur britannique.

Cette confidence –«nous déroulerons le tapis rouge»– est plutôt une bourde du Premier ministre car elle correspond à une réalité qu’il eut sans doute pour les intérêts de Sa Majesté, dû taire.

Car telle est bien la réalité: le gouvernement britannique a bel et bien créé une officine chargée de recevoir les représentants des grands groupes français en mal de délocalisation fiscale.

Le pragmatisme londonien

Et si le tapis n’est pas rouge, c’est tout comme: bureau discret, whisky et sollicitude: «Chers amis Français que désirez-vous? Des logements? On vous aidera. Des écoles? Pas de problème. Des emplois pour les conjoint(e)s? On va trouver.»

Londres est de tout temps pragmatique. Cette fois encore, les autorités ont bien compris qu’au sein des grands champions français beaucoup de dirigeants gagnent plus d’un million d’euros, ça fait des dizaines voire quelques centaines de personnes. Ils examinent leur situation fiscale et familiale et s’interrogent. Nombreux sont ceux qui répondent par l’affirmative: partons.

Il faut certes vivre la moitié du temps hors de France, mais c’est déjà le cas, ou pas loin, pour beaucoup de ces dirigeants exécutifs qui voyagent beaucoup.

La plupart des PDG du CAC 40 sont donc soumis à des demandes précises: «Je veux partir.» Beaucoup ont considéré le cas et la solution est très facile: créer une société à l’étranger qui embauche cette partie de l’état-major, laquelle société est rémunérée par le siège social qui lui reste à Paris (pour l’instant du moins car c’est plus simple et cela évite les mesures de rétorsion du gouvernement).

Où installer cette société? Bruxelles? La fiscalité sur le patrimoine est intéressante, mais pas la fiscalité sur le revenu. Genève? Les deux fiscalités patrimoine et revenu sont accueillantes, mais les moyens de transport sont incertains. Et la crise du logement de luxe force à habiter Lausanne. Reste Londres.

Pour des dirigeants du CAC40, Londres présente l’avantage énorme d’accueillir leurs clients du monde entier. La visite de Paris représentait un charme romantique, mais tant pis. Londres a tous les atouts. Les inconvénients existent, mais le gouvernement, justement, offre d’aider: des logements, des écoles… Et l’Eurostar met Paris à 2h30.

On ne sait combien de groupes du CAC40 vont finalement délocaliser une partie de leur état-major à l’étranger. Mais Michel Sapin a bien tort d’en rire. Il pourrait en être des très haut revenus français comme des hauts patrimoines français partis à Bruxelles ou ailleurs. On ne connaît d’ailleurs toujours pas la somme des capitaux qui ont fui, c’est un tabou.

Revenus ou patrimoines, ces dizaines de millions d’euros vont manquer aux caisses de l’Etat, à Paris, ses restaurants, ses boutiques, ses opéras, ses lumières. Les socialistes et le peuple fêteront la victoire contre les riches. David Cameron aussi.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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