Economie

Dette publique, le plus dur est à venir

Oriane Claire, mis à jour le 28.05.2009 à 17 h 55

Un moindre intérêt des investisseurs internationaux pour la dette publique française aurait des conséquences graves.

La crise financière est passée. L'accalmie est plus ou moins revenue sur les marchés, le système panse ses plaies avant de reprendre quelques couleurs. Le choc n'a pas été pour autant indolore sur la sphère réelle. Fini le temps des illusions, place à une crise économique qui ne manquera pas de laisser quelques carcasses sur le bas-côté.

Mais, la priorité absolue a été donnée au système financier. Après la faillite de Lehman Brothers, il fallait à tout prix sauver le système bancaire. Etait-ce la meilleure des décisions à prendre? On ne le saura jamais puisque elle a été prise à l'unanimité. Tous les dirigeants en place, et quelle que soit la zone touchée, ont lancé de vastes plans de sauvetage sans aucune hésitation. Sous couvert de ne pas revivre la grande dépression qui s'était déclenchée après le krach de 1929, les gouvernements ont voulu se montrer cette fois-ci proactifs.

En revanche, empêcher le système bancaire de sombrer dans la banqueroute aura un coût non négligeable pour les finances publiques, qu'on se le dise. Car les Etats n'ont pas lésiné sur les moyens. En tête de liste on retrouve les Etats-Unis avec une offensive budgétaire inégalée. Pas moins de 5,6% du PIB (Produit intérieur brut) étalé sur trois ans (2008 à 2010) ont été mis sur la table pour éviter «le pire», du jamais vu.

Ainsi «en 2009, le besoin d'endettement des administrations et des Etats représente dans le monde  plus de 3000 milliards de dollars. C'est-à-dire que tous les matins les Etats doivent trouver sur le marché plus de 10 milliards pour se financer. C'est trois fois plus qu'en 2008. La progression est inquiétante», explique Gérard Bekerman, directeur du Magistère Banque Finance de Paris II Panthéon Assas. Et d'ajouter, «nous avons connu une bulle financière des entreprises en 2000. Il ne faudrait pas connaître la bulle financière des Etats à partir de 2010». Donc le risque est bien de sombrer non pas dans une crise financière mais dans une crise des finances des Etats.

L'accroissement de l'offre de titres obligataires (les emprunts d'Etat) va sans aucun doute provoquer une hausse des taux obligataires (taux longs). Ce qui est une bonne nouvelle pour l'investisseur qui pourra, de fait, obtenir un rendement plus élevé, mais ça l'est beaucoup moins pour les gouvernements qui verront la charge de leurs dettes (les intérêts à payer) s'alourdir davantage.  C'est d'ailleurs ce que l'on observe sur le marché obligataire depuis peu. « Après une pause observé en mars  suite à la décision de la Fed (la Banque centrale américaine), de racheter des emprunts d'Etat sur le marché, les taux longs américains reprennent le chemin de la hausse entamée fin 2008», indiquent les analystes du Crédit Agricole. Et cette tendance risque de se confirmer puisque un nouveau regain d'intérêt vient d'apparaître pour le marché actions chez les investisseurs internationaux au détriment des emprunts obligataires publics. Le CAC 40 (l'indice de référence de la bourse de Paris) a pris 30% depuis son niveau plancher de début mars à 2500.

Mais alors, si cette tendance se confirme, si on voit apparaître une désaffection des investisseurs pour les emprunts d'Etat, n'y a-t-il pas un risque pour que le système craque?  Certains l'envisagent déjà, et dénoncent le trop fort emballement de la dette publique en particulier au niveau hexagonal.

On se retrouve bien face à deux cas de figures. Les Etats-Unis même très fortement endettés disposent de dispositifs de protection uniques. D'une part, la Fed s'est engagée dans un programme d'achat de 300 milliards de dollars d'obligations d'Etat de long terme pour éviter une trop forte pression sur les taux. Par ailleurs, les asiatiques et en particulier la Chine continuent d'acheter d'importants volumes de dettes américaines, en dépit des inquiétudes manifestées par Pékin quant à un effondrement du dollar. Preuve que le marché obligataire américain reste le seul marché suffisamment massif et liquide pour satisfaire les besoins de placements des réserves de changes accumulées par les chinois et les fonds souverains.

En France, le scénario est beaucoup moins rassurant. Notre Banque centrale, la BCE (Banque centrale européenne), a vaguement parlé de mesures non conventionnelles si le marché montrait des signes d'illiquidité.  Mais la banque européenne ne gère pas uniquement le cas français, reste à savoir qui seront les bénéficiaires de ses aides.

Ensuite, si d'aventure les investisseurs, notamment américains, qui jusqu'à présent investissent massivement dans les obligations françaises, se détournent du marché hexagonal pour se concentrer sur leur territoire ou bien  sur des marchés de nouveau porteurs, tels que celui des actions, qu'adviendra-t-il du niveau de notre dette ? Ne doit-on pas s'attendre à une forte pression sur les taux d'intérêt à long terme et donc sur la charge de la dette? Certains tentent de se rassurer en expliquant que l'emprunt public est moins contraignant que la hausse des impôts. Il reste que la pénalité sera reportée sur les générations futures.

Par ailleurs si la France s'est abstenue d'augmenter au niveau national les taux d'imposition, au niveau local le risque d'une augmentation des impôts est pour certains presque inévitable. Il ne faut pas oublier que de nombreuses collectivités locales se sont laissées piégées par des emprunts à risques, doivent donc faire face à des dettes colossales et recherchent désespérément  de nouveaux financements. Et tout ça, au final pour le plus grand bonheur des banquiers qui ne manqueront pas de tirer profit de ce vaste marché en expansion que représente l'ensemble de dette publique française.

Oriane Claire

Photo: Lingots d'or  Reuters

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