Monde

Grèce: le soulagement sera de courte durée

Daniel Vernet, mis à jour le 18.06.2012 à 14 h 43

Certes, le risque de désintégration de la zone euro est écarté. Mais Antonis Samaras n'a pas le soutien des milieux d'affaires et il est issu d'un des deux partis qui ont coulé le pays.

Les journaux du matin, à Athènes le 18 juin 2012. REUTERS/Pascal Rossignol

Les journaux du matin, à Athènes le 18 juin 2012. REUTERS/Pascal Rossignol

Les marchés sont calmés, les dirigeants européens sont soulagés: les électeurs grecs ont laissé le parti de la gauche radicale Syriza à la deuxième place, derrière les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Le parti d’Antonis Samaras a obtenu près de 30% des suffrages, mais avec le bonus de cinquante sièges accordé à la formation arrivée en tête, il aura 130 députés. Ce n’est pas assez pour avoir la majorité dans une Chambre qui en compte 300. Il va devoir former une coalition, sans doute avec le Pasok, le Parti socialiste, qui a été laminé mais qui aura un peu plus de trente représentants.

Le soulagement européen est-il justifié? Il est permis d’en douter. Certes le prochain gouvernement grec rassemblera sans doute les partis qui ont accepté de signer le Mémorandum de l’Union européenne. Ce texte pose les conditions de l’aide à la Grèce contre des mesures d’économie drastiques et des réformes de structure.

Samaras déjà contesté

Le risque d’une désintégration de la zone euro est pour l’instant écarté. Après trois années de récession qui se sont traduites par une baisse de 20% du produit intérieur brut et une chute du niveau de vie, tous les partis politiques grecs demandent cependant une renégociation du Mémorandum.

Syriza, avec son jeune leader Alexis Tsipras, est le plus virulent mais Antonis Samaras comme Evangelos Venizelos, le nouveau chef du Pasok et ancien ministre des Finances qui a négocié l’accord avec l’UE et le FMI, sont convaincus que la Grèce ne peut pas remplir ses engagements au rythme qui lui a été imposé.

Samaras était d’ailleurs opposé au Mémorandum jusqu’à ce qu’il obtienne des élections anticipées dont il espérait qu’elles le mèneraient au pouvoir.

Au moment où son ambition est en passe d’être réalisée, il est contesté, y compris dans les milieux d’affaires grecs. Ceux-ci ne lui font pas confiance pour diriger le gouvernement dans une période difficile et préfèreraient un Premier ministre technicien, issu de le la Banque centrale par exemple, comme Lukas Papademos qui a assuré l’intérim après la déroute de Georges Papandréou.

Le spectre des mauvaises habitudes

L’autre incertitude concerne la légitimité du prochain gouvernement et donc sa marge de manœuvre pour faire accepter par une population traumatisée les sacrifices demandés par la communauté internationale. Une coalition entre la Nouvelle démocratie et le Pasok serait non seulement une alliance de perdants –les deux partis avaient recueillis ensemble plus de 70% des voix aux élections de 2008, contre un peu plus de 40% cette année– mais elle a devoir faire face, une fois l’été passé où la fièvre touristique donnera peut-être le change, à des mouvements sociaux que la gauche radicale, portée par son succès électoral (en quatre ans elle est passée de 6% à 16% puis 26% des voix), ne manquera pas d’exploiter.

Enfin, il est pour le moins paradoxal de ressentir un grand soulagement devant la victoire, relative, et la coopération des partis qui portent une grande part de responsabilité dans l’état délétère dans lequel se trouve la Grèce. Depuis quarante ans, la Nouvelle démocratie et le Pasok ont alterné au pouvoir. Ils ont eux-mêmes construit et développé le système clientéliste qui a mené le pays au bord de la faillite.

Une cure commune d’opposition aurait pu les amener à repenser leurs structures, renouveler leurs cadres et se remettre profondément en cause. Au contraire, il est à craindre que leur maintien au pouvoir ne les conforte, euro ou pas, dans leurs mauvaises habitudes. Et que le soulagement des partenaires de la Grèce soient de courte durée.

Daniel Vernet

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