Economie

Vive la bonne finance, la finance ennuyeuse!

Eric Le Boucher, mis à jour le 19.06.2012 à 14 h 13

Comment revenir à une finance raisonnable?

REUTERS/Lee Jae-Won

REUTERS/Lee Jae-Won

Voilà le cœur du sujet, dira-t-on: l’ennemi «sans nom et sans visage», le chaudron de l’enfer capitaliste, «la finance»! La finance honnie! Cette finance qui s’est dévoyée depuis trente ans, qui s’est mise à son compte, qui force aux rendements insupportables, qui pousse aux licenciements «boursiers», cette mauvaise finance-là peut-elle –par quel coup de baguette magique?– redevenir bonne? Peut-elle s’amender, confesser ses fautes et se remettre dans le bon chemin d’antan des banques prêteuses, non-spéculatives, platement utiles pour l’économie, l’emploi et la prospérité? Bref, peut-on revenir aux banques ennuyeuses?

Figurez-vous qu’il existe des mutuelles. Des banques solidaires où les actionnaires sont mutualistes et ont des intérêts de métier et de long terme. Il en existe partout en France et en Europe. Pourquoi alors ne pas leur redonner de la place? Les mettre aux premiers rangs des financiers d’avenir? C’est une idée fructueuse car c’est une décision politique facile à mettre en route. Il suffit que vous, oui vous l’épargnant, leur confiiez votre argent. Plutôt qu’à la méchante banque privée.

Même les mutualistes ont cédé à la spéculation

Le petit hic est que ce sont souvent ces établissements qui, avant 2008, ont été dévorés par le diable de la spéculation et ont rempli le plus leurs caisses de produits titrisés infectés de subprimes. Erreur de management? Il suffit de virer ces Le Trouhadec saisis par la débauche! Et de revenir à l’esprit mutualiste.

Figurez-vous que c’est fait. Du moins en partie dans nombre d’établissements. Alors? Alors cela ne change pas vraiment la donne. Rien ne prouve que ces banques sont plus ouvertes aux PME, plus faciles dans les crédits, tout en restant solides. Rien ne le prouve car rien ne démontre que l’épargnant mutualiste est moins regardant avec ses intérêts que l’épargnant lambda. Le petit retraité est comme ça: plus son épargne rapporte, plus il est content. Allez lui en vouloir !

Si la réponse n’est pas vraiment, ou pas suffisamment, dans la nature des banques, est-elle dans la réglementation? Faut-il interdire tel ou tel produit? Faut-il couper la finance en rondelles? En revenir au Glass Steagall Act qui sépare les banques de détail, la banque ennuyeuse, et les banques d’investissement, la banque spéculative? Peut-être.

Mais le petit hic est ici que les meilleures intelligences sont au travail dans la course du sabre et du bouclier, du règlement et de l’astuce pour le contourner. Et que le législateur au rythme démocratique est toujours plus lent que le spéculateur en temps informatique. Course éperdue, course perdue d’avance. Du moins en partie.

Alors? Alors la solution du «bon» financement de l’économie n’est pas unique. Tout est à tenter, tout est à essayer, sans illusion idéaliste. Il n’est pas interdit aussi de penser que l’intelligence peut changer de camp, déserter un peu l’épargne pour aller du côté de l’investissement. Car le panorama d’ensemble est bien celui d’une épargne mondiale surabondante à cause de la démographie dans les pays riches (le vieillissement) et en raison de l’absence de systèmes sociaux dans les pays pauvres (qui contraint les habitants à mettre de côté pour se prémunir). Et, parallèlement, celui d’une insuffisance d’investissement réels alors que les besoins (nouvelles énergies, agriculture, santé…) sont immenses.

S’il y avait plus d’investissements rentables, l’argent n’aurait pas besoin de tourner sur lui-même et la spéculation serait sans doute moins grande. La finance folle est montée de 2% du PIB mondial il y a trente ans à 8%-10% aujourd’hui dans certains pays. La faire redescendre de ces hauteurs dangereuses passe par lui présenter des projets réels, rentables, créateurs d’emplois, utiles et pas forcément ennuyeux pour autant.

Eric Le Boucher

Cet article est paru dans l’Abécédaire de la réconciliation, dirigé par  Robert Zarader.

«Choisir une société d’encouragement et de cohésion, plutôt que de fragmentation et de dissuasion». La crise a montré qu’il était urgent de «réconcilier» les impératifs économiques, sociaux, sociétaux, culturels, environnementaux, politiques.  Mais comment? Concrètement, comment choisir la confiance, la coopération, la considération, le respect dans le travail, dans la consommation, dans l’échange, dans la finance? Le livre Abécédaire de la réconciliation, dirigé par Robert Zarader, essaie des dégager des solutions, modestes, drôles, osées, inattendues, à contre-courant, très utiles.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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