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François Hollande, l'horizon dégagé

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 29.04.2013 à 12 h 10

Fort d'une très solide majorité à l'Assemblée, l'exécutif se trouve parfaitement armé pour tenter de tenir sa promesse: sortir de la crise.

Le 15 mai 2012. REUTERS/Christophe Ena/Pool

Le 15 mai 2012. REUTERS/Christophe Ena/Pool

De plus en plus les soirées électorales prennent un tour bizarre tant le commentaire des télévisions est de nature à semer la confusion. Ainsi, au soir du deuxième tour des élections législatives, l’empressement autour de Gilbert Collard, de Marion Maréchal-Le Pen et de Marine Le Pen pouvait laisser penser à un Martien débarquant sur la planète France que là étaient les vainqueurs du scrutin; ou bien encore que la France avait retenu son souffle autour du duel que livrait Ségolène Royal à l’un de ses anciens camarades.

Bref, la spectacularisation et l’anecdotisation de la vie publique franchissent à chaque fois un pas supplémentaire. Or, la réalité politique, telle qu’elle ressort du vote français, est limpide: c’est, pour François Hollande, une victoire éclatante. Et pour le parti socialiste, entrainé par l’élan de la victoire présidentielle, un résultat qui n’a qu’un seul précédent: les victoires de François Mitterrand et du PS en 1981.

Situation exceptionnelle donc, renforcée par la récente victoire de la gauche au Sénat, qui crée, pour le coup, pour cette famille politique, une situation inédite. On avait décrit le succès de François Hollande comme limité du seul fait que Nicolas Sarkozy n’avait pas subi, loin s’en faut, la déroute annoncée.

En un mois, le pays est passé de ce soutien à un encouragement «franc et massif», pour reprendre le vocabulaire au général de Gaulle. A preuve le fait que tous les membres du gouvernement, sortants ou nouvellement candidats, ont été élus, même à Marseille!

La modification des rapports de force

Il entre dans ce mouvement d’amplification certainement une part institutionnelle –les Français n’avaient aucune envie de se dédire et de prendre le risque d’ajouter à la crise économique et financière une crise politique; mais il entre aussi un jugement sur le premier mois d’exercice du pouvoir du nouveau couple exécutif Hollande/Ayrault et du sans faute de ce dernier.

Un Président entré dans son costume presque naturellement en même temps qu’il parvenait à modifier le rapport de forces avec la chancelière allemande; des annonces, symboliques et marginales certes, mais toutes positives qui étaient un encouragement manifeste.

Il faut s’attarder un instant sur cette victoire d’un président et de son parti qui sont en mesure de gouverner seuls, parce que cela peut créer un prisme déformant qui aurait tôt fait d’isoler les vainqueurs; c’est pourquoi sans doute, dans sa déclaration, Jean-Marc Ayrault a fait preuve d’autant de sobriété, en rappelant l’engagement d’un fonctionnement plus respectueux des institutions.

Mais se pose également la question de l’interprétation du vote. Donner au président et à son gouvernement les moyens de gouverner seuls, c’est évidemment mettre à distance ceux qui avaient pour ambition de modifier à leur avantage tel ou tel engagement présidentiel et de peser dans un sens plus radical.

L’échec du Front de gauche et de Jean-Luc Mélenchon lui-même leur laisse très peu d’espace. C’est donc une gauche de gouvernement qui a été plébiscitée et non une gauche radicale. Si l’on veut bien se souvenir que la fameuse mesure des 75% d’impôts pour les plus riches était faite, entre autres, pour contenir le Front de gauche, on peut considérer que cette surenchère était inutile.

Mais, à l’inverse, l’analyse du vote de la présidentielle montre que le vote en faveur de François Hollande est venu des catégories modestes, voire les plus modestes. Le dosage sera donc délicat à opérer, notamment en matière fiscale, où le gouvernement va être confronté à une de ses contradictions: taxer les riches certes, mais comment encourager le risque et mobiliser les chefs d’entreprises quand l’essentiel de la bataille se jouera sur le front de l’emploi?

La droite, mais quelle droite?

Le poids des Verts est différent, d’une part parce qu’ils sont Européens, à l’inverse du Front de gauche, et d’autre part parce qu’il n’entrait pas dans leurs objectifs de peser outre mesure sur les engagements présidentiels. Ainsi ont-ils accepté que François Hollande se contente de la fermeture d’une seule centrale nucléaire, celle de Fessenheim.

Quant à la droite, elle est comme toujours au lendemain d’une défaite importante, au seuil d’une phase de reconstruction. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a été, passée la victoire de ce dernier en 2007, une longue litanie de défaites: défaite territoriale concrétisée par le choc que fut la perte du bastion historique qu’avait été un demi-siècle le Sénat; puis défaite présidentielle, et fort logiquement défaite législative.

Elle ne fera donc pas l’économie d’une réflexion stratégique avec d’un côté un Jean-François Copé, qui entend avant toutes choses continuer de contrôler le parti pour pouvoir s’assurer la candidature présidentielle, et François Fillon qui fait figure de challenger, même s’il a majoritairement aujourd’hui le soutien de l’opinion.

Le premier avait plutôt choisi de coller à la ligne Sarkozy, le second s’en était, par petites touches, distingué. Le tout sous l’œil vigilant, et peut être l’arbitrage, d’Alain Juppé, celui qui a parlé le plus clair au second tour des législatives.

L’un des points clés sera bien sûr l’attitude à l’égard du Front national. Il n’est pas indifférent d’observer que les deux figures de l’UPM qui symbolisaient le mieux une forme de proximité avec les thèmes du FN, savoir Nadine Morano et Claude Guéant, ont été écartés par les électeurs.

Nadine Morano qui avait engagé le flirt le plus poussé et le plus visible avec le FN en a récolté un véritable désaveux (elle perd sa circonscription avec 10 points d’écart!). Quant à Claude Guéant, il avait accepté de jouer le mauvais rôle et sa défaite apparaît comme un prolongement de celle de son mentor, Nicolas Sarkozy.

L’UMP ne pourra donc pas se contenter de se retrancher derrière le seul mot d’ordre du «ni-ni» (ni FN, ni PS). Le seul refus d’une alliance de gouvernement ne sera pas pour elle un viatique suffisant. Les sondages sont souvent mis en avant pour expliquer qu’une majorité de l’électorat UMP aspire à cette alliance.

Un échec pour Marine Le Pen

La réalité du terrain, comme les législatives viennent de le montrer, est tout autre: jusqu’à présent, c’est la sanction qui est au bout de la route pour celles et ceux qui paraissent céder à cette tentation.

Le FN peut, de son côté, certainement se réjouir de ses deux élus. Mais pour Marine Le Pen, il y a un échec personnel à Hénin-Beaumont, et le constat renouvelé de l’incapacité de ce mouvement, même devenu «mariniste» à se qualifier et à séduire une majorité. Même au niveau d’une circonscription.

C’est dire qu’à ce stade, le FN reste considéré comme un parti de protestations, alors même que Marine Le Pen entend le faire évoluer pour s’approcher du pouvoir. Sans doute faut-il souhaiter aux législatives une dose de proportionnelle, cela afin de permettre aux partis minoritaires d’être mieux représentés.

Et cela permettrait aussi sans doute d’alléger la pression que ces partis exercent, ou tentent d’exercer, lors du scrutin présidentiel.

Après cette longue séquence électorale, entamée en fait il y a un an à travers la primaire socialiste, et qui s’était achevée le 17 juin, François Hollande se trouve parfaitement armé pour tenter de tenir sa promesse, à savoir être le président de la sortie de crise… Il lui est beaucoup donné et il lui sera donc peu pardonné.

Jean-Marie Colombani

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