Life

Vingt-quatre heures sans alcool? Chiche!

Kléber Ducé, mis à jour le 28.05.2009 à 13 h 15

Les initiatives se multiplient pour aider les assoiffés à maîtriser leurs consommations.

Mise en garde préalable: le texte à venir est la trame minimaliste d'une possible tragi-comédie en trois actes. Les trois unités sont, me semble--t-il, pleinement respectées. Ce texte a été écrit au lendemain d'une décision de la Commission européenne. Bruxelles osait alors imposer au Vieux Continent — celui qui, grassement, la nourrit — que ses vins «rosés» puissent désormais naître -en toute légalité d'obscures et incestueuses copulations liquides entre  «rouges» et «blancs».

Trois actes, donc.

Acte I.
Nous sommes dans les jours qui suivirent le jeudi de l'Ascension millésimée 2009. Au coeur battant de la belle ville de Tours (Indre-et-Loire) est organisée une sympathique et cordiale manifestation. On l'a bapstisée «Vitiloire». Les producteurs des soixante-huit appellations vivant auprès du «dernier fleuve sauvage d'Europe» (et de ses affluents)  y proposent aux amateurs (plus ou moins éclairés) leurs derniers millésimes. Soyeux éventail à la fois atlantique et continental balayant du muscadet (plus ou moins «sur lie») jusqu'aux frontières méconnues des «côtes-du-forez».

20.000 visiteurs au total. Gentil brouhaha sous les acacias en fleurs des Jardins de la Préfecture. Idem sur le mail du boulevard Heurteloup (Baron Nicolas Heurteloup, Chirurgien en chef des armées de la Révolution et de l'Empire). Visiteurs et vignerons réunis à deux doigts de la gare sculptée par l'architecte Victor-Alexandre-Frédéric Laloux (Tours 1850 - Paris, 1937) : désormais à une heure de TGV de cette autre capitale française qu'est Paris.

«La belle affaire» dira-t-on ! «Rien de nouveau sous le soleil !» Voici une manifestation comme il en existe chaque année des dizaines de milliers dans toutes les régions viticoles de France. L'une de ces manifestations festives et commerciales que le dernier projet de loi défendu par Roselyne Bachelot, ministre de la santé, a ces dernières semaines proposé -une seconde- d'interdire.

Nullement. Car les organisateurs de « Vitiloire » ont, plus tôt que leurs confères des autres régions viticoles, commencé à réagir ; réagit de manière positive face à l'engrenage législatif et réglementaire qui veut lutter contre les conséquences sanitaires et sociales de la consommation de boissons habituellement dites «alcoolisées» quand d'autres préfèrent, non sans arguments lingusitiques, qualifier d'« alcooliques ».

Ainsi dans son édition datée du 25 mai notre confrère Philippe Samzun de la rédaction «départementale 37» du quotidien «La Nouvelle République» rapporte une information originale. Une information de taille pour qui connaît le monde français du vin et ses coulisses: pour participer à «Vitiloire» il fallait débourser 5 euros (contre 3 euros les années précédentes) pour acquérir un « verre de dégustation ». Il rapporte aussi - et surtout-  que pour la première fois cette acquisition ne donnait droit qu'à « dix dégustations » dont le volume global se devait d'être « raisonnable ».

Notre confrère ne va certes pas jusqu'à préciser de quelle manière les vérifications étaient, en pratique, effectuées. Mais ceci  n'a d'ailleurs, sur le fond, aucune véritable importance. L'essentiel tient au fait que des vignerons osent s'engager dans une démarche sans précédent. Ils sont ainsi, sur les rives de la Loire, le premiers à dire à que l'on « peut » (et non que l'on « doit »)  apprendre à prendre du plaisir en achetant leurs vins ; et ce  sans devenir esclave de ce même plaisir. Dans la même perspective je me souviens que les mêmes vignerons ligériens avaient il y a peu organisé des dégustations similaires avec le soutien de la Sécurité routière. «Boire et pouvoir conduire», en somme.

Acte II.
Nous sommes dans les jours qui suivirent le jeudi de l'Ascension. A Paris. Rue Bonaparte, à deux doigts de la Seine, en l'Hôtel de l'Académie nationale de médecine. Au nom de la Commission «addictions» de cette vénérable institution en charge, depuis deus xiècles, de conseiller Mme Bachelot voici le Dr Roger Nordmann qui prend la parole. Sous les ors et les marbres républicains, écoutons-le en acceptant le jargon d'usage:  «Selon des données récentes 37% de la tranche 18-74 ans de la population française présenteraient une consommation d'alcool à risque. Cette forte prévalence peut être liée, pour partie du moins, à la méconnaissance par le public des circonstances au cours desquelles l'alcool doit être totalement proscrit, ainsi qu'à l'ignorance par les consommateurs réguliers de leur positionnement par rapport à l'échelle des risques encourus.»

Et l'Académie nationale de médecine de « recommander » à tous les médecins de « préconiser » à   tous les consommateurs réguliers de pratiquer périodiquement une auto-évaluation individuelle et volontaire  des effets qu'il encourt en s'astreignant à une journée «zéro alcool».

En clair et en exclusivité pour les lecteurs de Slate.fr :

Scène 1: «Supportez-vous, sans aucun problème de vie personnelle ou professionnelle et sans aucun état de manque apparent, cette abstention de 24 heures ?»

Scène 2 : «Eprouvez-vous , au contraire, une quelconque gêne, un désagrément ou une sensation d'être privé d'un élément qui semble concourir à son bien-être ? Votre  entourage vous signale-t-il un comportement inhabituel au cours de cette journée sans alcool ?» Si oui vous êtes responsable (ou coupable) d'un «mésusage d'alcool» qui doit conduire à modifier profondément vos «conduites d'alcoolisation».

Scène 3 : «Que pensez-vous pouvoir raisonnablement choisir  comme objectif : l'abstention totale et définitive ou une « consommation responsable » ? » La grande et vieille équation à trois inconnues de la «boisson» , de la «consommation» et de la «modération».


Acte III.

Nous sommes à Paris dans l'un des jours qui suivirent le jeudi de l'Ascension. A nouveau à Paris, au siège de la station radiophonique Europe I, dans une rue portant le nom d'un monarque qui n'a jamais caché ses amours pour les terres giboyeuses bordant la Sologne et la Loire près de laquelle dort Léonard de Vinci. Au micro: Nicolas Canteloup ; un homme dont on nul  n'a encore pris veritablement la mesure du caractère potentiellement dévastateur de son talent d'imitateur.

M. Canteloup prend ce matin la voix -comme toujours avec une infinie perfection-  de Gérard Schivardi, candidat méridional et hautement atypique à la dernière élection présidentielle de la République française. Depuis des mois «Gérard» joue dans son spectacle le rôle collectivement impayable et individuellement dramatique de l' «amuseur -buveur».

Et M. Schivardi de se réjouir ce matin du bilan millésimé 2009 du Festival de Cannes primant à la fois «Gainsbourg et Heineken».

Rien n'interdit d'en rire. Comme rien n'interdit d'agir.

Kléber Ducé

Références :
Ecoute Alcool : 0 811 91 30 30
Guide pratique pour faire le point sur votre consommation d'alcool. www.inpes.sante.fr


Photo: Un gin tonic  Reuters

Kléber Ducé
Kléber Ducé (32 articles)
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