SportsEuro-2012

Thierry Roland, l'anti-modèle

Yannick Cochennec, mis à jour le 16.06.2012 à 10 h 17

Approximatif et beauf, le commentateur décédé samedi demeurera une source inépuisable de souvenirs et une voix qui aura eu la particularité de ne jamais changer au fil du temps.

Jean-Michel Larqué et Thierry Roland au Stade de France, en 2004. REUTERS/Charles Platiau

Jean-Michel Larqué et Thierry Roland au Stade de France, en 2004. REUTERS/Charles Platiau

«Putain, le pied! Après ça, on peut mourir tranquille.» Parmi les nombreuses phrases lâchées à l’antenne par Thierry Roland, le jour où la France remportait la Coupe du monde de football, celle-là fera sans doute figure d’épitaphe sur la tombe du plus célèbre commentateur de France, décédé samedi 16 juin à l’âge de 74 ans.

Pour un journaliste d’aujourd’hui, Thierry Roland était, en quelque sorte, l’anti-modèle professionnel en raison de ses approximations, nombreuses, et de ses dérapages incontrôlés. Du «vous êtes un salaud Monsieur Foote», adressé à l’arbitre lors d’un Bulgarie-France électrique à Sofia en 1976, aux attaques, crampons en avant, contre l’arbitre tunisien, M. Benaceur, à l’occasion d’un Argentine-Angleterre gâché par la main de Dieu de Diego Maradona à l’occasion du Mondial 1986, le florilège est aussi épais que l’humour à deux balles souvent employé par celui qui adorait jouer de ses excès quitte à exaspérer davantage ses détracteurs.

Thierry Roland, beaucoup plus cultivé que ses débordements pouvaient le laisser supposer, était un populiste assumé qui penchait clairement à droite et n’avait pas peur de le clamer dans une profession qui regarde plutôt à gauche.

Le comptoir de référence

Dominique Grimault, auteur de sa biographie La balle au centre, avait raconté cette anecdote qui souligne les excès du personnage:

«C’était en octobre 1965, la France affrontait la Yougoslavie pour la qualification au Mondial. Pour sa première sélection, le Nantais Philippe Gondet marque d’un tir du gauche. Thierry était juché sur une passerelle du Parc des Princes pour commenter la rencontre. Au moment du but, ivre de joie, il s’emporte et arrache les fils du téléreporter yougoslave. A la fin, celui-ci lui lance : “Quand je pense que c’est nous qu’on traite de sauvages!”»

Il y a un an, dans l’Equipe Magazine, à l’heure de reformer son célèbre duo avec Jean-Michel Larqué, qu'il devait retrouver lors de cet Euro 2012 où il ne se sera finalement pas rendu, il avait été interviewé en tandem avec son alter ego. L’échange résumait assez bien la «provoc» du personnage qui aimait en faire des tonnes pour le plaisir d’en choquer certains.

A TF1, vous aviez parfois la réputation d’arriver au stade les mains dans les poches… Vrai ou faux ?

T.R.: Quand on a commencé, on avait un grand cahier, sur lequel on avait la composition des équipes. On a découvert par la suite une façon de faire où les mecs, en plus de la compo, arrivaient avec une douzaine d’anecdotes sur chaque joueur. Ça me rend fou! Dire que M. Schmoll s’est marié avec la gonzesse qui était la reine du strip-tease, tout le monde s’en branle.

J-M.L.: Je ne prépare rien. Déjà, les gens ont du mal à entendre ce que je dis sur ce qui se passe, donc je ne vais pas leur raconter pourquoi, il y a six mois, tel joueur…

T. R. : … a eu des hémorroïdes…

J-M. L. : … et qu’il est cul-de-jatte…

T. R. : Et que du coup c’est difficile de jouer au foot!

Thierry Roland n’était pas une référence et ne se revendiquait pas comme tel, mais pour tout journaliste de plus de 30/35 ans, nourri notamment au lait du rendez-vous dominical de Stade 2 où Robert Chapatte, Roger Couderc et Thierry Roland servaient l’actualité sportive dans la bonne humeur d’une discussion de comptoir, il demeurera une source inépuisable de souvenirs et une voix qui aura eu la particularité de ne jamais changer au fil du temps.

Thierry Roland n’a pas commenté que du football à la télévision. Enfant, je me souviens de sa voix à Wimbledon et je me rappelle qu’il était dans la cabine de commentateurs, aux côtés de Hervé Duthu, à l’occasion de l’inoubliable finale de 1980 entre Björn Borg et John McEnroe. Je ne suis pas certain qu’il était un expert du tennis, mais je n’ai rien oublié de cet après-midi-là passé avec lui.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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