Economie

La mécanique à papa, c’est dépassé

Gilles Bridier, mis à jour le 23.06.2012 à 18 h 11

Le secteur souffre d’une image rétrograde qui éloigne les candidats à l’emploi. Pourtant, on y travaille plus avec des commandes numériques que les mains dans le cambouis.

Une chaîne de fabrication Audi, en Allemagne en 2012. REUTERS/Michaela Rehle

Une chaîne de fabrication Audi, en Allemagne en 2012. REUTERS/Michaela Rehle

Les métiers de la mécanique ne sont pas passés de mode, bien au contraire. Mais l’image qu’on en a est, elle, totalement dépassée. Pour que s’engage un processus de redressement industriel et lutter en même temps contre la hausse du chômage, le point de départ devrait consister à réhabiliter ces métiers en actualisant la connaissance qu’on en a. Christian Estrosi, ex-ministre de l’Industrie, avait ouvert le chantier. Arnaud Montebourg,  qui lui succède au Redressement productif, devra en faire une priorité.

C’est le souhait de Jérôme Frantz, à la tête de la Fédération des industries mécaniques (FIM) pour faire revenir les jeunes dans les filières où, actuellement, les entreprises technologiques et industrielles (ETI) ont du mal à embaucher. Un comble, alors que plus d’une personne de moins de 25 ans sur cinq est sans emploi!

Des qualifications en plus

Une mise au point, d’abord. Dans ces filières, les métiers réputés «sales» sont en voie de disparition. Les machines des entreprises du secteur de la mécanique sont toutes numériques. Ce qui suppose une formation appropriée des opérateurs: en une quinzaine d’années, la proportion d’ouvriers non qualifiés des ETI a diminué de moitié (7% du total des effectifs aujourd’hui) alors que la population des ouvriers hautement qualifiés a augmenté de 50% (passant de 15% à 22%), indique l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM).

Dans le même temps, le nombre d’ingénieurs a également progressé de moitié: ils représentent aujourd’hui 21% des collaborateurs des ETI. Et de plus en plus, les formations sont dispensées en alternance, aussi bien pour les ouvriers que pour les techniciens et ingénieurs, ce qui permet à chacun d’acquérir les compétences requises. Pour ne plus mettre les mains dans le cambouis.

Certes depuis trente ans, la mécanique française souffre de l’échec du dernier plan machine outil, qui devait relancer ce secteur et a abouti au résultat inverse. En valeur, la production de machines outils est aujourd’hui onze fois plus élevée en Allemagne, et six fois en Italie, pour un nombre d’entreprises quatre fois plus important. Même la Suisse est mieux placée.

Un réservoir de 11.500 entreprises

La machine-outil numérique est à l’origine de toute activité dans la mécanique. Les entreprises françaises sont d’ailleurs très en retard par rapport à leurs concurrentes européennes: l’âge moyen d’une machine outil en France est de 17 ans, contre 10 ans en Italie et 9 ans en Allemagne. Ce qui explique en partie un retard en compétitivité. «Lorsque l’industrie mécanique en France commande une machine, l’Italie en commande trois et l’Allemagne, cinq», insiste Jérôme Frantz.

Optimiste, il veut y voir un marché potentiel important puisque, malgré tout, les industries de la mécanique forment un ensemble de 11.500 entreprises en France. Un vaste réservoir!

Le marché est d’autant plus porteur que les activités de métallurgie ne sont pas obsolètes. Avec la crise, l’activité a reculé de 15%. Mais en 2011, le niveau est revenu à celui de 2007, grâce aux débouchés fournis par l’aéronautique, l’électronique, l’automobile…

Et au cours des cinq premiers mois 2012, la production serait encore en hausse de 4% grâce aux équipements mécaniques et à la transformation des métaux. Même si l’activité baisse dans l’automobile qui fournit encore 40% du plan de charge des sous-traitants de la mécanique, d’autres secteurs prennent le relais. 

Certes, l’industrie a lourdement chuté en France: elle ne représente plus que 14% du produit intérieur brut contre 24% en 1980 et a détruit 600.000 emplois en dix ans. C’est le constat de tous les politiques aujourd’hui, et le défi que doit relever le nouveau gouvernement face à la désindustrialisation.

Ce n’est pas la mécanique, encore moins la machine outil, qui permettront à elles seules d’inverser la tendance. Il existe d’autres secteurs industriels comme l’informatique, l’énergie, la santé ou les nanotechnologies… sur lesquels les entreprises françaises doivent se positionner en développant l’innovation.

20% des emplois industriels

Mais l’économie nationale gagnerait aussi à revaloriser les filières plus traditionnelles, pour la production de composants comme pour la réalisation des systèmes de production dans leur intégralité. Le secteur de la mécanique à lui seul, avec 620.000 salariés, représente 20% de l’ensemble des emplois industriels. Il pourrait peut-être faire mieux si les embauches étaient plus faciles.

Raison de plus pour que le ministère du Redressement productif corrige l’image des emplois de la mécanique, en relation avec l’Education nationale comme le précédent gouvernement l’avait initié, pour relancer l’attrait de ces carrières dans l’industrie.

Car s’il existe à l’origine un problème culturel en France à l’égard de l’industrie, comme l’a souligné Christian Pierret, ex-ministre de l’Industrie de la gauche devant le syndicat des entreprises de technologie de production (Symop), c’est au niveau de la scolarité –et notamment vis-à-vis des 120.000 jeunes qui quittent le système sans aucun diplôme– qu’une action doit être menée.

Ce constat plaide aussi en faveur du maintien des incitations fiscales à investir dans les PMI, afin de préserver les capacités de ces entreprises à se consolider, à innover et à embaucher.

Gilles Bridier

Article également publié sur Emploiparlonsnet

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte