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Qu'y a-t-il dans le Zagat Paris?

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 17.06.2012 à 9 h 16

Si vous cherchez des adresses, c'est un bon outil. Pour la critique gastronomique, en revanche...

REUTERS/Kevin Coombs

REUTERS/Kevin Coombs

Nina et Tim Zagat, deux New-Yorkais arpenteurs de bonnes tables, très fins palais, ont commencé à publier dans les années 1970-80 des guides de restaurants dans les plus grandes villes des Etats-Unis.

Ces «pocket book» très maniables, dotés de cartes des lieux (New York, Chicago, Los Angeles, Boston, Miami…) sont devenus très populaires, leur spécificité étant de publier des textes courts de lecteurs gourmands et non des critiques de chroniqueurs de gastronomie.

C’est la voix des mangeurs, des foodistes (terme américain) qui constitue l’originalité et les notes de 0 à 30 des Zagat édités désormais à Londres et à Paris où 8.015 amoureux de la bonne chère ont sélectionné et commenté 719 adresses, des bistrots aux monuments historiques.

Voici le palmarès du Zagat Paris 2012-2013 et les différentes catégories de l’ouvrage: excellentes tables, décor, service, popularité, brasseries…

Les meilleurs repas

• Taillevent

«La cour royale de la haute cuisine, un des meilleurs restaurants du monde, sublimes créations du chef Solivérès, fidèle aux traditions françaises tout en les rehaussant, cadre luxueux, une équipe merveilleuse.» Un concert d’éloges, une note humoristique: «Un bon choix pour faire sauter la banque

Aucune mention du remarquable menu au déjeuner à 82 euros, ni des prix de certains vins très abordables, de 30 euros à 40 euros. Le Zagat n’a cessé de plébisciter Taillevent.

Prix indiqué: 178 euros. 15 rue Lamennais 75008. Tél. : 01 44 95 15 01.

• Pierre Gagnaire

Un pionnier de la créativité culinaire. «Un génie en cuisine, des explosions de saveurs, service extraordinaire, une expérience qui vous change la vie.»

Aucun plat cité, ce que l’on regrette vivement car le chef stéphanois cuisine comme personne.

Prix mentionné: 208 euros, ce qui est l’estimation basse. Menu à 110 euros. 6 rue Balzac 75008. Tél.: 01 58 36 12 50.

• Guy Savoy

«Brillant chef, auteur d’œuvres d’art contemporain pleines d’imagination, il faut venir avec une brouette d’euros, mais ça vaut la peine.»

Rien sur les spécialités aux truffes et caviar du chef originaire de Bourgoin-Jallieu (Isère).

Prix mentionné: 195 euros si l’on est raisonnable. Rien sur le menu du déjeuner à 110 euros. 18 rue Troyon 75017. Tél.  01 43 80 40 61.

• Le Grand Véfour

«Le service est formel dans cette boîte à bijoux (sic) célébrant la haute cuisine, on a l’impression d’être un duc avec sa duchesse, fermez les yeux et payez l’addition.»

Pas de préparations indiquées ni le menu au déjeuner à 86 euros. A la carte: 194 euros, indique le Zagat. 17 rue de Beaujolais 75001. Tél.: 01 42 96 56 27.

• Le Cinq du Four Seasons George V

«Une expérience sublime pour tous les sens, le top du top, une dépense somptuaire, la haute cuisine du chef Briffard sans défaut», écrit le guide de façon plus promotionnelle que critique.

Aucune particularité notée dans le beau répertoire, pas de mention des styles de cuisine: canaille, luxe, classique, rustique. Menu au déjeuner à 80 euros. Carte de 160 à 240 euros. 31 rue George V 75008. Tél: 01 49 52 71 54.

Les décors

• Cristal Room

Le show-room-restaurant de la maison Baccarat, dans l’hôtel particulier d’Anne de Noailles, redécoré par Philippe Starck, un décor historique. Hélas, «le menu minimaliste est trop cher et l’endroit vaut plus par le lieu, type musée, que pour la cuisine.» Exact.

11 place des États-Unis 75016. Tél. : 01 40 22 11 10.

Sont aussi cités Le Cinq du Four Seasons, Le Grand Véfour et Taillevent.

• Le Meurice

«Ce doit être comme ça au paradis, sublime partition culinaire de Yannick Alleno, décor exquis, haut en dorures, service remarquable entre tradition formelle et feeling moderne.»

Tout cela évacue toute impression sur les plaisirs de la chère, hélas.

228 rue de Rivoli 75001. Tél. : 01 44 58 10 10

Il manque des «must» comme la Tour d’Argent (1582, un vrai musée de la table), le Ritz et l’Espadon au plafond bleuté, Alain Ducasse au Plaza Athénée et le décor de Patrick Jouin, le Jules Verne à la Tour Eiffel au deuxième étage, vue sublime sur Paris, Lasserre et le toit ouvrant dans un ensemble kitsch, les Ambassadeurs du Crillon et la vue sur la place de la Concorde, Senderens et le décor Majorelle et Guimard, le Train Bleu à la gare de Lyon…

Service

Taillevent, déjà cité deux fois

Épicure au Bristol

Le restaurant rebaptisé et situé en bordure du jardin, «un paradis de la gastronomie, phénoménale cuisine d’Éric Fréchon et l’addition top que l’on s’offre une fois dans sa vie», écrit le guide qui se garde bien de relever les préparations d’un excellent rapport prix-plaisir (le pot-au-feu aux truffes).

Déjeuner à 110 euros. Carte à 187 euros et bien plus. 112 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008. Tél.: 01 53 43 47 40.

Le Meurice, déjà cité

Le Cinq, déjà cité

Les Ambassadeurs, déjà cité

Le service, à ce niveau de restauration (l’excellence), est une notion subjective, en harmonie avec les prestations de la salle et de la cuisine. Un oubli majeur, le restaurant Alain Ducasse au Plaza, véritable leçon de civilisation, de politesse et de professionnalisme.

Popularité

Cette catégorie du Zagat mentionne les restaurants préférés des lecteurs, les établissements les plus cités, côté éloges et compliments.

L’Atelier Joël Robuchon à l’Hôtel du Pont Royal et l’Atelier du Drugstore Publicis.

«La meilleure nourriture de comptoir de la planète, une cuisine gastronomique, artistique, et des vins en parfaite osmose et un service cultivé – un super show que l’on paie fort cher.» Tout dépend des plats élus: le menu est à 35 euros et il y a des assiettes à 18 euros, le jambon Bellota et la tartine à la tomate et basilic à 20 euros. 5 rue de Montalembert 75006. Tél.: 01 42 22 56 56. Aux Champs-Élysées, 133 avenue des Champs-Élysées 75008. Tél.: 01 47 23 77 75.

Taillevent, déjà cité

Guy Savoy, déjà cité

Jules Verne à la Tour Eiffel

«Une destination de rêve, le panorama à 125 mètres est incomparable, la cuisine est gastronomique signée Alain Ducasse, le service exemplaire, le décor ingénieux et les prix astronomiques, mais l’expérience enchanteresse est inoubliable.»

Texte judicieux sans aucune précision côté plaisirs de bouche, et pas de mention du menu au déjeuner à 85 euros. A la carte 142 euros, écrit le Zagat, version basse. Champs de Mars, pilier Sud, 2e étage par l’ascenseur privé. Tél.: 01 45 55 61 44. Réservations ardues.

Alain Ducasse au Plaza

Cité pour la première fois, ce qui est étrange considérant le déluge d’éloges: «le paradis, un temple de la haute cuisine qui éblouit les convives, au-delà du fabuleux, une expérience incroyable».

Tout cela est très favorable au chef landais devenu monégasque. Cette popularité est relative car les préparations de ce palace glamour et les additions à 300 euros excluent la quasi-totalité des votants du Zagat. Il n’y a pas de menu au Plaza comme chez Taillevent, au Véfour, à l’Astrance ou chez Guy Savoy. 25 avenue Montaigne. Tél.: 01 53 67 65 00.

Bistrots traditionnels

Le Quincy

Tenu par un vrai personnage (non cité, il s’agit de Bobosse), Zagat indique «une atmosphère géniale et des produits du terroir qui réchauffent le cœur». Quels plats au Quincy? Quels vins? 55 euros. 28 avenue Ledru Rollin 75012. Tél.: 01 46 28 46 76.

• Chez l’Ami Jean

«Une aventure dînatoire dans ce bistrot basque aux serveurs doués et malins, le riz au lait vous changera la vie.»

Ah bon, enfin un plat célébré. 60 euros. 27 rue Malar 75007. Tél.: 01 47 05 86 89.

• Le Violon d’Ingres de Christian Constant

«A la cuisine soignée, au fabuleux soin déployé par les serveurs, l’addition est trop lourde mais la majorité adore.»

Erreur, ce Violon n’est en rien un bistrot, les plats de la tradition, cassoulet, foie gras, bar aux amandes ressortent de la grande cuisine de la mémoire, le menu à 35 euros est une affaire. À la carte, 80 euros. 135 rue saint-Dominique 75007. Tél. : 01 45 55 15 05.

• Le Petit Pontoise

«Tout ce dont on rêve dans ce bistrot parisien et ses nourritures roboratives sur ardoise aux prix raisonnables.» Un choix très subjectif des correspondants du Zagat. Une fourchette dans le guide Michelin. 40 euros. 9 rue de Pontoise 75005. Tél. : 01 43 19 25 20.

La Régalade de Bruno Doucet

Un fan de «la cuisine de terroir paysan, très fréquenté, service bousculé car c’est plein».

Là encore, pas de spécialités relevées, pas d’excitation du palais. 50 euros. 49 avenue Jean Moulin 75014. Tél.: 01 45 45 68 58.

Dans la catégorie Brasseries, Zagat a sélectionné le Comptoir du Relais d’Yves Camdeborde, un «must» à l’Odéon, très cuisine rustique-noble, le Relais Plaza, un restaurant chic, très tendance, en rien une brasserie, Dessirier, une authentique brasserie du XVIIe arrondissement, enrichie par des préparations marines haut de gamme, Chez les Anges aux plats contemporains à La Tour Maubourg et Pétrus, place Pereire, dans le style Dessirier, poissons et crustacés.

Parmi les 50 restaurants préférés des lecteurs commentateurs, des incongruités: Bofinger, brasserie à la 7e place, le 144 Petrossian à la 9e place, fameux pour les caviars (hors de prix), les saumons de choix et le menu à 29 euros au déjeuner, une affaire, la Coupole à la 11e place, très irrégulier côté nourritures (mille couverts par jour, le weekend), l’Ambroisie, admirable trois étoiles place des Vosges, cuisine haut de gamme (truffes noires et blanches, caviar, poularde) est seulement à la 33e place, et le Dôme, excellente brasserie de fruits de mer et poissons frais, fut étoilé, à la 47e place après le Procope, une table historique qui n’a aucune renommée culinaire.

Oui, le classement du Zagat est d’une médiocre fiabilité. Benoît, bistrot étoilé, n’est qu’à la 36e place et l’Ambassade d’Auvergne, conservatoire de l’aligot, de la saucisse et du gigot à la 50e place, une singulière bévue, menu à 22 euros, une affaire, vin compris.

L’utilité du Zagat réside dans le listing précis des restaurants et les types de cuisine, lyonnaise, provençale, viandes, poissons ainsi que les tables chinoises, marocaines, espagnoles, italiennes (5 adresses, c’est peu), japonaises et thaïlandaises qui mériteraient plus d’indications culinaires.

Le Zagat reste un guide parisien d’amateurs, de bons vivants (textes parfois à la limite du ridicule). Il aurait intérêt à employer des professionnels de la chronique de restaurants même si la relecture est effectuée par l’excellent journaliste américain, Alexander Lobrano.

Nicolas de Rabaudy

Zagat. 11,50 euros

Nicolas de Rabaudy
Nicolas de Rabaudy (464 articles)
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