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Législatives: cinq raisons de (ne pas) voter pour Ségolène Royal

Fabien Jannic-Cherbonnel, mis à jour le 29.06.2012 à 18 h 15

La bataille qui oppose Olivier Falorni à l'ancienne finaliste socialiste de la présidentielle 2007 à La Rochelle est très médiatisée. Les raisons ne manquent pas de vouloir faire perdre ou gagner la candidate PS. Revue des arguments des deux camps en dix points.

Ségolène Royal à la Rochelle, le 12 juin. REUTERS/Stéphane Mahé.

Ségolène Royal à la Rochelle, le 12 juin. REUTERS/Stéphane Mahé.

Après avoir perdu la présidentielle 2007, l’élection à la tête du PS de 2008 et la primaire socialiste de 2011, Ségolène Royal est annoncée comme perdante du second tour des législatives dans la 1e circonscription de Charente-Maritime. Très médiatisée, sa bataille contre le dissident Olivier Falorni, ancien premier secrétaire fédéral PS du département, s’est emballée mardi 12 juin après le tweet d’encouragement à ce dernier de Valérie Trierweiler.

Vous êtes Rochelais ou Rétais et ne savez plus pour qui voter? Vous ne l’êtes pas mais vous voulez prendre position au comptoir ou en famille dimanche dans ce qui est une des circonscriptions les plus médiatisées de France? Passage en revue de cinq raisons de voter pour Ségolène Royal et de cinq raisons de ne pas voter pour elle.

Pourquoi il faut voter Ségolène Royal

Ségolène Royal à Solférino, le 6 mai 2012. REUTERS

1.

Elle n’est pas vraiment parachutée

Elle a beau être candidate dans une circonscription qui n’est pas initialement la sienne, elle n’est pas totalement une parachutée, puisqu’elle est présidente de la région Poitou-Charentes depuis avril 2004, poste auquel elle a été brillamment réélue en 2010.

La candidate malheureuse  ne s’est pas représentée dans son ancienne circonscription des Deux-Sèvres car elle l’avait abandonnée en 2007 à Delphine Batho, ministre déléguée à la Justice, au nom du non-cumul des mandats. Comme le note l’Express, «les habitants de La Rochelle la connaissent, ont déjà eu l'occasion de voter pour elle et sont donc en situation de juger son action».

2.

Elle est arrivée en tête au premier tour

Après avoir perdu la bataille pour la tête du PS dans des circonstances douteuses en 2008, elle est restée loyale durant toute la présidentielle, a joué le jeu et a assuré François Hollande de son soutien. Il paraîtrait donc logique que s’applique à celle qui est arrivée en tête du premier tour la même loyauté sous la forme de l’application de la règle du «désistement républicain», que résume par exemple cet article publié par la fédération PS de Haute-Garonne:

« Conformément à une tradition ancienne et partagée, ces mouvements [le PS, le PRG, le MRC, EELV et le Front de gauche, NDLR] se sont engagés à appliquer le désistement systématique au second tour en faveur du candidat de gauche le mieux placé, y compris dans l’hypothèse où ne resteraient en lice que deux candidats de gauche au second tour.»

Cette règle va d’ailleurs conduire cette année quatorze candidats de gauche, comme Marie-George Buffet, à se retrouver seuls au second tour, et donc à être élus avec 100% des voix. Elle s’applique aussi à droite, comme le prouve le retrait de la maire du XVIIe arrondissement Brigitte Kuster face à Bernard Debré à Paris.

3.

Elle est soutenue par la gauche et son adversaire de gauche par la droite

Martine Aubry s’est rendue à la Rochelle avec Cécile Duflot en début de semaine, François Hollande et Jean-Marc Ayrault lui ont apporté leur soutien. Olivier Falorni est lui soutenu par l’UMP, et notamment par Dominique Bussereau qui a carrément appelé à voter pour le candidat dissident, ce qui ne fait pas l’unanimité dans son propre camp.

4.

La circonscription était réservée à une femme par le PS

C’est ce que le conseil national du PS avait décidé dès novembre 2011, époque où Olivier Falorni n’avait pas encore été exclu du parti. Il avait alors décidé de se présenter à la primaire interne en tant que suppléant de la conseillère municipale rochelaise Patricia Friou, mais une fois exclu du PS, il a inversé les rôles.

Une défaite de Ségolène Royal signifierait une députée de moins au Palais-Bourbon, alors que l’Assemblée sortante ne comptait déjà que 20% de femmes. L’Assemblée des femmes, organisation présidée par une députée PS, a d’ailleurs jugé que le maintien de Falorni constituait «un nouveau coup porté à la parité».

5.

Parce que c’est une chance d’avoir une femme au Perchoir

Ségolène Royal est normalement en position pour devenir la première présidente de l’Assemblée nationale de la Ve République, et les autres noms cités pour le poste (Jean Glavany, Claude Bartolone, Jack Lang…) sont masculins, à l’exception de celui de Marylise Lebranchu. Notons cependant que même en cas de victoire, son accession au Perchoir ne paraît plus assurée.

Pourquoi il ne faut pas voter Ségolène Royal

A la Rochelle le 12 juin. REUTERS/Stéphane Mahé

1.

Elle s’est effectivement parachutée, sans primaire et dans une circonscription en or

Son adversaire de gauche est lui élu sur le territoire de la circonscription depuis des années. Dans sa profession de foi du second tour, il indique:

«Enraciné sur ce territoire où je vis et travaille, je suis le mieux à même de vous représenter et de vous défendre.»

Si Ségolène Royal voulait changer de circonscription pour ne pas reprendre celle de Delphine Batho, elle pouvait, plutôt que se parachuter, sans primaire militante, dans un fief de gauche (61% pour Hollande au second tour), tenter de se faire investir dans une circonscription légèrement de droite pour tenter de la faire basculer sur son nom.

Par exemple, la 4e de Charente-Maritime, celle de Royan-Est, fief de Dominique Bussereau: Hollande y dépassait les 48% le 6 mai et le député sortant a perdu dix points au premier tour entre 2007 et 2012.

2.

On a l’impression qu’elle songe plus au Perchoir qu’à la circonscription

En annonçant sa candidature à La Rochelle fin octobre 2011, elle a immédiatement mentionné ses ambitions pour la présidence de l’Assemblée, assurant que François Hollande et Martine Aubry lui avaient «ouvert cette perspective» et qu’elle se pensait «très utile à ce poste». Elle ne serait donc pas, selon ses détracteurs, dans la position d’être une députée «de terrain».

3.

Parce qu’un député représente aussi  les électeurs qui ne l’ont pas choisi

Derrière la règle du désistement républicain quand deux candidats de gauche s’affrontent au second tour, l’idée que ce n’est pas aux électeurs de droite de trancher entre deux candidats de gauche.

Pourtant, ces électeurs auront aussi Ségolène Royal ou Olivier Falorni comme député. Il est donc logique qu’ils puissent choisir librement entre les deux et que ceux qui voient en elle «une arriviste sans foi ni loi» ou une «macho à jupe» puissent opter pour son adversaire.

4.

Parce que Ségolène Royal clive trop

C'est l’Express qui le note:

«En tout cas, le faible écart entre les deux prétendants témoigne du rejet dont Ségolène Royal fait l'objet par une partie de la gauche.»

D’autres socialistes de premier plan comme le secrétaire national aux élections Christophe Borgel ou le ministre des Anciens combattants Kader Arif en Haute-Garonne étaient confrontés à des dissidences, mais eux ont su creuser un écart plus important avec leur adversaire de gauche.

L’ancienne candidate à la présidentielle ne décroche que 47% d’opinions favorables lors du dernier baromètre d’opinion Le Point/Ipsos. Son style, ses prises de positions agacent souvent.

5.

Parce que Falorni est un fidèle de François Hollande

Alors que Ségolène Royal s’est présentée face à François Hollande à la primaire socialiste («Le point faible de François Hollande, c'est l'inaction. Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu'il aurait réalisée en trente ans de vie politique? Une seule?», aurait-elle déclaré selon Le Figaro —des propos qu’elle a démentis avoir tenus mais qui ont entraîné un rappel à l’ordre de la Haute autorité de la primaire), son adversaire soutenait la candidature de François Hollande dès le début, avant même son décollage dans les sondages et l’affaire DSK. Cette proximité constituerait d’ailleurs une des explications du tweet de soutien de Valérie Trierweiler.

Fabien Jannic-Cherbonnel

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