France

Yann Arthus Bertrand sauve à nouveau la Planète

Gilles Bridier, mis à jour le 27.05.2009 à 11 h 42

Home, un film à trois mains pour la défense de l'environnement.

Yann Arthus Bertrand, François-Henri Pinault et Luc Besson: une super affiche pour «zéro bénéfice», et une grande première mondiale. Le premier a passé dix-huit mois à accumuler des images, captées depuis un hélicoptère, autour de la planète. Le second, patron de PPR, a financé le projet, mettant dix millions d'euros sur la table pour relever le défi du développement durable. Et le troisième, pourtant connu pour son aversion aux expériences qui bradent la démarche artistique en général et cinématographique en particulier, a produit le film qui sera distribué... gratuitement.

«Home», une déflagration

L'engagement de Yann Arthus Bertrand, devenu ambassadeur du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), n'a d'égal que son entêtement. Le globbe-trotter photographe qui a épousé la cause de la planète, voulait que son film soit mis gracieusement à  la disposition des salles de cinéma comme des chaînes de télévisions et des sites internet. Pour toucher le plus grand nombre de spectateurs. Mais la clé du succès résidait dans la démesure: pour obtenir un retentissement planétaire, il fallait que le film sorte simultanément dans le monde entier. François-Henri Pinault adhéra très vite au projet, Luc Besson fut un peu plus difficile à convaincre, confie Yann Arthus Bertrand. Finalement, le contrat a été rempli: le 5 juin, journée mondiale de l'environnement pour l'ONU, «Home» - le film en question - sortira dans plus d'une centaine de pays. Et sur tous les médias.

Comme il sera mis à disposition gratuitement, les salles de cinéma devraient être accessibles à prix réduits et les DVD (destinés à devenir des outils pédagogiques pour les écoles et les associations) être commercialisés à prix coûtant. Pour les trois partenaires qui ont voulu déclencher une véritable déflagration cinématographique pour stimuler une prise de conscience populaire, le succès de l'opération ne se mesurera pas par la recette, mais par la fréquentation.

Secouer les consciences

«Home», c'est chez nous, notre planète. Comme dans le film E.T., la séquence passée aujourd'hui à la postérité où le petit bonhomme de l'espace tombé dans une famille américaine montre du doigt sa planète pour y retourner. «Home», c'est aussi la dénonciation d'un mode de développement à remettre en cause et le constat de l'immobilité des hommes politiques. «Home», c'est surtout un cri d'alarme car «notre monde va mal» et que «le flot de mauvaises nouvelles a quelque chose de sidérant et d'inquiétant: il ne suscite aucune réaction». «Il est trop tard pour être pessimiste», scande Yann Arthus Bertrand. Car trop tard pour prendre des décisions, c'est dans dix ans, affirme-t-il. Alors, il prend sa caméra pour secouer les consciences et mettre fin aux palabres. Et, en images, il reprend les thèmes développés sur le site GoodPlanet (goodplanet.info) qu'il a créé avec le soutien de BNP Paribas et Accenture.

Du gaspillage au pillage

Parce que «le monde consomme en 6 semaines autant de pétrole qu'il en consommait en 1 an en 1950», que «chaque année, nous consommons 2 à 3 fois plus de pétrole que nous en découvrons» et que «20% de la population mondiale consomme 80 % de l'énergie», Yann Arthus Bertrand prône «un nouveau modèle de développement basé sur l'économie des énergies et des ressources naturelles». Il y a aussi les méfaits d'une consommation excessive et superflue («un habitant des pays industrialisés produit en moyenne 450 kg de déchets par an», «en 2020, les besoins en eau douce pourraient être deux fois plus importants que les ressources disponibles», «si tout le monde consommait comme un Français, il faudrait 3 planètes pour satisfaire les besoins de chacun»... )

Rien de nouveau mais tout y passe, même la croissance de la consommation de viande (elle a doublé en quinze ans), car le développement de l'élevage est à l'origine de la déforestation pour nourrir le bétail («pour produire un kilo de viande de bœuf, il faut environ sept kilos de céréales», dénonce l'auteur de «La Terre vue du ciel»).

Autant de sujets à l'origine d'Action Carbone, programme solidaire soutenu par Yann Artus Bertrand, qui vise à développer la compensation de production de CO2 en favorisant la création de trappes à carbone grâce à la reforestation. Pour les entreprises, mais aussi pour les particuliers qui ont trop tendance à s'exonérer de leurs responsabilités en matière d'environnement (une personne sur deux en Europe, selon Eurostat). C'est justement pour les interpeller que Home a été réalisé.

Gilles Bridier

Crédit photo: récif corallien de Neuika, Nouvelle-Calédonie, France, site officiel Yann Arthus Bertrand
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