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Non, l'extrême droite, ce n'est pas comme l'extrême gauche

Hugues Serraf, mis à jour le 14.06.2012 à 12 h 40

L’extrême gauche n’est plus que grotesque, c'est l’extrême droite qui reste infréquentable.

Nadine Morano et Louis Aliot sur le plateau du Grand Journal (Capture d'écran Canal+)

Nadine Morano et Louis Aliot sur le plateau du Grand Journal (Capture d'écran Canal+)

Les «valeurs de l’extrême droite», qui conviennent à Nadine Morano et, au minimum, ne défrisent pas Gérard Longuet, sont-elles plus scandaleusement a-républicaines que les «valeurs de l’extrême gauche»? On peut se poser la question.

On verra bien où ça nous mène.

L’idée générale, c’est que les valeurs propagées par l’extrême droite gauloise contemporaine continuent de renvoyer aux zeures les plus sombres des grands totalitarismes ouest-européens (nazisme, fascisme…) et leurs avatars allongés à l’eau bénite (franquisme, pétainisme). On est d’accord: ce n’est pas très ragoûtant.

Symétriquement, les valeurs véhiculées par l’extrême gauche actuelle rappelleraient les zeures les plus rouges des totalitarismes est-européens ou asiatiques (léninisme, stalinisme, maoïsme…). Ça ne met pas beaucoup plus en appétit en termes de morts/kilomètres...

Pour autant, ni l’extrême droite ni l’extrême gauche organisées en partis officiels et présentant des candidats aux élections ne revendiquent expressément ces filiations. Oh, on dénichera toujours un lecteur de Mein Kampf chez Marine Le Pen, tout comme un admirateur non-reconstruit du goulag pourra vraisemblablement être repéré chez Pierre Laurent en cherchant bien, mais on serait à la peine s’il fallait faire un lien Web vers la partie de leurs programmes faisant l’apologie d’Adolf ou de Joseph.

«De toute manière, et même si les deux moustachus ont massacré par dizaines de millions par idéologie, les comparer est impossible et même malhonnête!», entend-on souvent.

Hum… Et pourquoi donc?
― Parce que les massacres de gauche n’étaient que la conséquence malheureuse d’une volonté de faire le bien, de rendre l’humanité heureuse par la dictature du prolétariat et l’élimination de la propriété privée. L’intention initiale était bonne, ça a juste un peu dérapé. A droite, en revanche, on massacrait par pure méchanceté fanatique ou racialiste.
― Ah bon, être waterboardé à Moscou avant d’être envoyé briser de la glace en Sibérie, c’était mieux que d’avoir les ongles arrachés à Berlin avant d’être expédié casser des cailloux à Mauthausen parce que le projet sous-jacent était positif?
Je ne le dirais pas aussi crûment pour ne pas passer pour un crétin sophiste, mais oui, c’est ça…

Dont acte. Mais puisqu’on a vu qu’extrémistes de droite et extrémistes de gauche ne se réclamaient plus ouvertement de ces idéologies (ou de leurs «dérives» malencontreuses pour le cas numéro 2), est-il encore raisonnable d’ostraciser les uns et de dédouaner les autres sur ces bases? N’est-il pas préférable, pour décider s’ils sont ou non fréquentables, de rester concentré sur ce qu’ils racontent hic et nunc?

Faire des bisous aux patrons du FN, ce n'est pas business as usual

Sur de nombreux plans, ils disent d’ailleurs à peu près la même chose: ils n’aiment ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni Israël, ni le capitalisme, ni le libéralisme, ni les banques, ni la Bourse et aimeraient bien qu’on arrête d’importer des T-shirts fabriqués à Shanghaï. Mais ce sont des opinions qui, à défaut d’être subtiles ou intelligentes, restent légitimes et on trouve parfois les mêmes au sein des grands partis.

Là où ils divergent franchement, c’est sur la question du rapport à «l’autre». A cette aune, aucun doute: l’extrême droite du moment, clairement xénophobe, violemment anti-immigrés, volontiers islamophobe, n’est pas fréquentable et ses valeurs sont rigoureusement incompatibles avec celles d’une grande formation politique et républicaine.

Ça ne veut pas dire que le FN n’a pas le droit de s’exprimer et de coller des affiches malsaines et démagogues sur les murs ―c’est la démocratie―, mais juste qu’on ne peut pas faire des bisous à ses patrons et prétendre que c’est business as usual.

L’extrême gauche, si elle a bien un petit problème avec les juifs (mais ça ne la définit pas), ne dit rien de tel. Elle se contente généralement de rêver au Grand Soir, montrer les dents dans les manifs, de faire battre les sociaux-traitres aux élections. On peut donc discuter avec elle, aller jusqu’à faire entrer une Marie-George Buffet au gouvernement pour faire la soudure au Parlement et ne pas perdre son âme pour autant.

Oui oui, je sais, c’est dur pour l’UMP. Fallait être de gauche, la vie est bien plus simple.

Hugues Serraf

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