Culture

Les livres brûlent-ils vraiment à 451°F?

Brian Palmer, mis à jour le 14.06.2012 à 6 h 58

Peut-on se fier à ce que nous dit feu Ray Bradbury dans son roman Fahrenheit 451?

Livre ancien brûlé dans l'incendie d'une bibliothèque à Weimar, en 2007. REUTERS/Fabrizio Bensch

Livre ancien brûlé dans l'incendie d'une bibliothèque à Weimar, en 2007. REUTERS/Fabrizio Bensch

L’écrivain américain Ray Bradbury s’est éteint le 5 juin dernier. L’un de ses célèbres romans s’intitule Fahrenheit 451, en référence à la «température à laquelle le papier des livres prend feu et brûle». Est-il exact que le papier brûle à 451 degrés Fahrenheit (233 degrés Celsius)?

Pas tout à fait. Le titre du livre de Ray Bradbury fait référence au point d’auto-inflammation du papier, c’est-à-dire la température à laquelle il brûle en l’absence d’exposition directe à une flamme. Or, il n’existe pas de valeur officielle qui fasse foi sur ce point. Les protocoles expérimentaux diffèrent, et la température d’auto-inflammation de toute matière solide dépend en réalité d’une série de paramètres: sa composition, son volume, sa densité et sa forme. Ainsi que de sa durée d’exposition à une température élevée.

Le point d’auto-inflammation du papier des livres plus anciens varie entre 440 et 450 °F (entre 227 et 232°C). Cependant, des expériences menées récemment semblent indiquer que l’auto-inflammation se produirait à une température légèrement supérieure, environ 480 °F (249°C). A titre de comparaison, la température d’auto-inflammation de l’essence est de 536 °F (280°C) et celle du charbon de 660 °F (349°C).

Dans un four à 480°F (249°C), une feuille de papier s’embraserait en quelques minutes, mais un livre épais tarderait beaucoup plus. La densité de la matière au centre du livre dévie la chaleur vers le milieu du volume, ce qui empêche aux parties extérieures d’atteindre leur point d’auto-inflammation. C’est pour cette raison qu’une bûche dans un feu de camp met si longtemps à être réduite en cendres.

Ray Bradbury affirmait que le «papier de livre» brûle à 451°F (233°C), et il est vrai que les températures d’auto-inflammation varient selon le type de papier. En effet, des expériences ont montré que la température d’auto-inflammation des journaux est un peu inférieure à celle du papier-filtre utilisé dans les laboratoires de chimie. Cette différence est en partie due à leur composition, mais elle tient aussi à leur densité.

Les matériaux composés d’une grande quantité d’air chauffent rapidement et adoptent la température ambiante plus vite que les matériaux solides. Un magazine au papier glacé sera vraisemblablement très résistant à l’auto-inflammation. Car il s’agit de papier relativement dense, recouvert d’une fine couche de plastique. Or, la plupart des matières plastiques brûlent à des températures plus élevées que le papier. (Les études et données à ce sujet sont toutefois peu nombreuses.)

Bien que le papier prenne feu à environ 480°F (249°C), pendant la combustion, il devient beaucoup, beaucoup plus chaud! La température au centre d’un feu de papier est comprise entre 1.300 et 1.700°F (entre 705 et 927°C). Le bout des flammes atteint généralement 600 à 800°F (315 à 427°C).

Plusieurs internautes remettent en cause les dires de Ray Bradbury et prétendent qu’il aurait confondu les degrés Celsius et les degrés Fahrenheit. Ils ajoutent 391°F à son estimation de 451°F [ce qui fait 842°F]. Ils s’appuient sur les chiffres d’un guide de tests réalisés sur le papier, le Handbook of Physical Testing of Paper, selon lequel la température d’ignition du papier est de 450 degrés Celsius (et non 233°C). La page de Wikipedia consacrée à ce sujet (en anglais) cite la même source.

Difficile de dire comment on est arrivé à ce chiffre, mais c’est vraisemblablement un extrême. L’auteur semble avoir utilisé du papier fait de rayonne ou de coton, lequel pourrait avoir une température d’auto-inflammation différente de celle des feuilles à base de pure pâte à papier. Il n’empêche que la valeur 450°C semble erronée. Peut-être que les expérimentateurs n’ont pas attendu suffisamment longtemps ou qu’ils se sont eux-mêmes emmêlé les pinceaux entre Celsius et Fahrenheit.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

L’explication remercie Vytenis Babrauskas de DoctorFire.com, David G. Lilley de l’Université d’Etat de l’Oklahoma et Alexander Morgan de l’Université de Dayton. Merci également à la lectrice Linda Whitson de nous avoir posé la question.

Brian Palmer
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