Monde

Inde, la diplomatie du petit pivot

Françoise Chipaux, mis à jour le 13.06.2012 à 14 h 13

New Delhi, encouragé par Washington, envisage des nouvelles ambitions extérieures. En a-t-elle vraiment les moyens?

Combat de kushti, lutte traditionnelle dans la boue, dans les environs de New Delhi, en mai 2012. REUTERS/Parivartan Sharma

Combat de kushti, lutte traditionnelle dans la boue, dans les environs de New Delhi, en mai 2012. REUTERS/Parivartan Sharma

Considérée par Washington comme un contrepoids idéal à la Chine, l’Inde s’est vu qualifiée de «pivot de la nouvelle stratégie américaine» dévoilée en début d’année par le président Barack Obama. Celle-ci consiste principalement à un rééquilibrage des forces américaines en faveur de l’Asie-Pacifique.

Au cœur de l’océan Indien, l’Inde, comme l’écrit Robert Kaplan dans «Monsoon» un livre éclairant sur la région et sur la place que pourrait y occuper la puissance américaine, «se dresse comme une sentinelle à cheval sur les principales voies maritimes mondiales du détroit d’Hormuz au détroit de Malacca où la menace terroriste est très réelle». Elle devrait donc avoir un rôle naturel à jouer dans cette zone parcourue chaque année par plus d’un million de navires.

Le problème de la sécurité maritime est devenue une «priorité stratégique pour l’Inde», expliquait récemment le ministre de la défense, A.K. Antony citant comme principales raisons, la position géographique, l’étendue des eaux territoriales et la dépendance de la mer pour le commerce.

Pour assurer cette sécurité, l’Inde, revenue ces dernières années sur la scène internationale à la faveur de son boom économique et de sa capacité nucléaire, s’est engagée dans un important programme de réarmement chiffré à plus de 40 milliards de dollars au cours la prochaine décennie.

Liberté de manœuvre

Dans ce contexte la marine indienne a entrepris de développer et de moderniser sa flotte. New Delhi qui après de nombreux déboires attend son premier porte-avions fin 2012 —il s’agit d’un porte-avion russe modernisé et adapté aux besoins de la marine indienne— en a un deuxième en chantier.

A la fin de son plan de 15 ans, en 2027, la marine espère bénéficier de plus de 150 bâtiments de toute nature et de près de 500 avions et hélicoptères: de quoi se projeter loin de ses frontières si nécessaire.

L’Inde comme la Chine doit avant tout assurer ses approvisionnements énergétiques. New Delhi qui a regardé avec suspicion la Chine construire une série de port dans l’Océan Indien —Birmanie, Sri Lanka, Pakistan— ne peut être en reste et a multiplié ces dernières années ses contacts politiques et économiques avec les pays de l’Asean (Association des Nations de l’Asie du Sud Est).

Dans ce nouveau grand jeu induit par le rééquilibrage de la  stratégie américaine, New Delhi n’entend toutefois pas faire le jeu de Washington face à la Chine. Si la période du non alignement cher à Nehru n’est aujourd’hui plus de mise, New Delhi veut malgré tout conserver sa liberté de manœuvre dans une région vitale pour le pays.

Pékin est le premier partenaire commercial de l’Inde et la défaite indienne devant les troupes chinoises en 1962 a profondément marqué les esprits.

Ambitions extérieures, instabilité intérieure

D’autre part préoccupée par ses conflits internes –rébellions séparatistes dans les Etats du Nord Est et au Cachemire, rébellion maoïste, terrorisme, l’Inde a du mal à faire coïncider ses ambitions extérieures et son instabilité interne.

Englués dans leurs problèmes intérieurs, freinés par les ambitions contradictoires de la fédération, les dirigeants indiens ont jusqu’à maintenant été très timides sur la scène internationale. Même dans son pré carré, l’Inde a montré ses limites et ce n’est pas un hasard si elle a des conflits frontaliers avec la plupart de ses voisins.

Son incapacité au compromis dans les relations avec ses «petits voisins» ne plaide pas en faveur d’un rôle élargi  pour le pays.

La marine indienne se veut prête et multiplie les manœuvres conjointes notamment avec les pays de la région mais aussi les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni. Les obstacles sont toutefois encore nombreux avant que l’Inde ne puisse assurer sereinement le rôle de grande puissance maritime qui devrait être le sien. Le temps venu, elle le jouera certainement, à ses conditions et en fonction de ses seuls intérêts.

Françoise Chipaux

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