Valérie Trierweiler, la faute

Valérie Trierweiler, avec Michelle Obama, le 20 mai 2012. REUTERS/Olivier Douliery/Pool

Valérie Trierweiler, avec Michelle Obama, le 20 mai 2012. REUTERS/Olivier Douliery/Pool

Elle devrait être placée devant un choix simple: une équipe et un rôle à l’Elysée, exclusivement au service du pays, ou bien un destin personnel.

«Courage à Olivier Falorni qui n'a pas démérité, qui se bat aux côtés des rochelais depuis tant d'années dans un engagement désintéressé.»


A première lecture, je n’y ai pas cru. Je me suis dit: c’est un faux, encore une histoire de piratage ou de mauvaise plaisanterie, comme il en existe dans chaque période électorale, qui plus est, à la veille d’un second tour décisif.

Puis est venue –hélas, hélas, hélas!– la confirmation par l’AFP du soutien de Valérie Trierweiler, la compagne du président de la République, au candidat dissident qui se maintient à La Rochelle face à Ségolène Royal.

Déjà la polarisation de tout le débat d’entre-deux-tours, où est en jeu la future majorité parlementaire, n’était pas un élément favorable au camp du président, éclipsant l’enjeu politique majeur du scrutin actuel, et peut-être des scrutins futurs, à savoir le jeu entre l’UMP et le FN. Mais là, le triomphe médiatique est garanti!

A la mesure de l’ampleur de la faute. Car nous sommes là en présence d’une faute politique majeure qui risque fort de devenir un marqueur en défaveur du président.

Tandis que ce dernier accomplissait, à ce stade, un parcours sans faute, dans la perspective de l’obtention, à l’Assemblée, d’une majorité pour gouverner, le voilà rattrapé par un épisode mi-public/mi-privé des plus fâcheux.

La sarkozysation de l'image

Lui qui, président de la République, s’attachait méticuleusement à se distinguer des faits et gestes de son prédécesseur est, malgré lui, piégé par un événement qui rappelle étrangement le mélange vie privée/vie publique dont Nicolas Sarkozy avait eu tant de peine à se défaire après un divorce et un remariage.

Surtout, l’engagement de Valérie Trierweiler au secours du candidat dissident est de nature à réalimenter le doute sur François Hollande, que ses adversaires, au sein du PS, puis autour de Nicolas Sarkozy, avaient tenté en vain d’installer dans l’esprit des Français.

Se pose donc, comme cela était d’ailleurs prévisible, la question d’un «statut» de la «Première dame».

Même si elle n’est pas élue, même si elle ne le souhaite pas, même si elle n’est pas l’épouse du chef de l’Etat, cette dernière fait l’objet d’une demande simple: se mettre au service des Français. Loi non écrite certes, mais dure loi quand même.

De ce point de vue, les situations ont chaque fois varié. Danielle Mitterrand avait choisi un engagement politique fort, et risqué, au bénéfice des Kurdes; au point d’obliger régulièrement le chef de l’Etat à des mises au point ou à des rectifications pour faire prévaloir la diplomatie française.

Bernadette Chirac avait, de son côté, sans doute trouvé la meilleure formule avec ses opérations «pièces jaunes» et un siège au conseil général de la Corrèze en parfaite conformité avec les options politiques du président Chirac.

Carla Bruni a, elle, commis l’erreur de vouloir chanter de nouveau et a ainsi fait obstacle à l’existence, dans l’esprit public, de la fondation qu’elle avait lancée.

Le journalisme suppose l'indépendance

Valérie Trierweiler a voulu franchir un pas de plus dans l’innovation en affirmant sa volonté de rester journaliste.

Problème: le journalisme suppose une indépendance qui paraît, a priori, incompatible avec son installation à l’Elysée avec un staff de  quatre personnes.

Le journalisme engagé aux côtés d’un adversaire déclaré des consignes du président est encore plus contradictoire.

Elle devrait donc être placée devant un choix simple: une équipe et un rôle à l’Elysée, exclusivement au service du pays, ou bien un destin personnel. On ne peut pas, sans casse, vouloir tout et son contraire.

Valérie Trierweiler s’est placée d’entrée sous le patronage historique d’Eleanor Roosevelt.

C’est un grand modèle en effet. Et c’est mettre la barre bien haut lorsqu’il s’agit ici, en prenant position de facto contre Ségolène Royal, d’une affaire plus personnelle que politique.

On serait tenté de dire qu’elle nous entraîne dans un épisode de «soap opera». Ni François Hollande, ni celles et ceux qui l’ont porté à la présidence, ni le pays lui-même ne méritent cela.

Jean-Marie Colombani 

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