Life

L'OMS pompier pyromane

Jean-Yves Nau, mis à jour le 27.05.2009 à 17 h 48

Annonces catastrophistes suivies de propos rassurants: l'Organisation mondiale de la Santé ne maîtrise plus la situation.

Hier, c'est-à-dire encore le 20 mai, l'heure était à l'Apocalypse et la pandémie de grippe A menaçait la planète. Mais depuis la fin de la semaine dernière, le monde ne doit raisonnablement plus trop s'inquiéter. Chaud-froid. Omelette norvégienne.

Via Appia, sur  les hauteurs de Genève une institution onusienne ne cesse depuis un mois de tenir les rôles mêlés du prophète et de l'imprécateur, du coach et du policier sanitaires. Il faudra bien, un jour prochain,  passer au grill ou au tamis ce que fut la gestion par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de l'actuelle crise sanitaire épidémique; une crise dont elle est en charge et qu'elle a, pour une large part, provoquée. Qui, de manière indépendante et objective, aura les moyens de mener ce travail?

Pour l'heure, sur Slate.fr, résumons quelques faits bien documentés. Le  moment venu ils pourront servir de minutes au procès.

Jeudi 21 mai, le Dr Margaret Chan, directrice générale de l'OMS fait savoir  à la planète qu'elle ne déclarerait que «si nécessaire» une situation pandémique due à la  grippe A (H1N1). Du moins est-ce ce qu'elle a laissé dire, à la presse internationale, à  «un membre de son cabinet». Lors d'une réunion d'un comité de l'Assemblée mondiale de la santé des 193 Etats membres de  l'OMS, le Dr Chan avait exposé les raisons pour lesquelles le moment n'était pas encore venu, selon elle, de passer à la phase 6 de l'alerte pandémique, soit le niveau maximal.

L'un des arguments avancés par les hauts fonctionnaires internationaux de l'OMS tient au fait «qu'ils ne voient pas le virus se répandre dans l'hémisphère sud de la même manière que dans les trois premiers pays touchés:  le Mexique, les Etats-Unis et le Canada.» Surprise : le Dr Margaret Chan a, pour la première fois  relevé le caractère «relativement bénin» de la maladie, dont les symptômes seraient «loin d'être plus graves que ceux d'une grippe saisonnière».  La directrice générale répondait à des questions officiellement soulevées par plusieurs pays -- dont  le Royaume Uni, l'un des pays les plus affectés en Europe -- qui se sont  inquiétés à plusieurs reprises du caractère, disons «mécanique», du passage de la phase d'alerte de niveau 5 à la phase 6 ; des pays qui réclament ici davantage de « flexibilité ».

Pourquoi contester aujourd'hui des dispositions certes « mécaniques » mais qui sont bel et bien d'ordre réglementaire et ont été approuvées par l'ensemble des responsables sanitaires nationaux réunis au sein de l'institution onusienne ? Deux raisons principales à cela. La première est que personne ne peut prévoir à court ou moyen terme l'évolution de la situation épidémiologique ;  à commencer par le fait de savoir si la virulence du  A(H1N1) va ou non augmenter. La seconde est que passer de la phase 5 à la phase 6 de l'alerte pandémique aurait immanquablement de considérables répercussions économiques (nous y reviendrons sous peu). De ce fait une telle décision pourrait avoir un effet dévastateur dans l'actuel contexte économique planétaire.

Restent les faits. Reste aussi la réglementation sanitaire internationale.
Souvenons-nous. Le 29 avril dernier le Dr Margaret Chan annonçait avoir décidé que l'alerte pandémique passait de la phase 4 à la phase 5. Et de faire claironner par l'OMS que la pandémie était désormais «imminente». Souvenons-nous encore:  le A(H1N1) ne sévissait alors qu'au Mexique et que dans quelques Etats des Etats-Unis.

Ce virus est aujourd'hui présent dans 43 pays. Mais, surtout, il progresse rapidement au Japon. La situation rapidement évolutive japonaise  devrait, en toute rigueur conduire le Dr Chan et l'OMS  à décider le passage à la phase 6 puisqu'il est désormais épidémiologiquement établi qu'existe « un foyer autonome de contamination en dehors du continent américain ».

« Foyer autonome » ? Il s'agit de contaminations touchant des personnes situées  au-delà du cercle proche (communautés scolaires ou familiales)  des voyageurs ayant contracté dans un pays affecté. Tel est désormais le cas au Japon. Pour autant les autorités sanitaires japonaises ne veulent encore voir là qu'une « quasi-épidémie ».

« Il est clair que la situation d'aujourd'hui imposerait en toute rigueur  de passer à la phase 6 de l'alerte pandémique, m'a déclaré l'un des meilleurs spécialistes français d'épidémiologie, pour l'heure tenu au devoir de réserve. Quant aux premiers taux de mortalité recensés chez les personnes infectées (entre 1, 3 voire 5%) il est tout sauf rassurant compte tenu de la contagiosité du virus. Une grande question, à nos yeux, est de savoir combien de temps l'OMS et  Margaret Chan, pourront résister aux pressions contradictoires et constantes auxquelles elles sont soumises.»

Vendredi 22 mai, nouvelle tendance au catastrophisme, Margaret Chan déclarant devant devant les représentants des 193 pays membres de l'OMS que le A(H1N1) était  « subtil et sournois » en ajoutant que les pays pauvres risquaient tout particulièrement d'en pâtir. Et demain ?

Jusqu'à présent les plus virulentes critiques visant l'OMS étaient plus ou moin restées dans les coulisses du spectacle onusien et médiatique; qu'il s'agisse de son fonctionnement plus qu'archaïque ou de la gabegie financière inhérente à ses règles de fonctionnement. Le A(H1N1) pourrait rapidement changer la donne.

Jean-Yves Nau

Photo: Margaret Chan, directrice générale de l'OMS,  Reuters

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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