LIFE
- LIFE
- Santé
- médecine
- OMS
- grippe
- Par Jean-Yves Nau
-
Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
- DU MÊME AUTEUR
Jean-Yves Nau
Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
Stories from Jean-Yves Nau
- 1 of 10
- ››
L'OMS pompier pyromane
Annonces catastrophistes suivies de propos rassurants: l'Organisation mondiale de la Santé ne maîtrise plus la situation.
Hier, c'est-à -dire encore le 20 mai, l'heure était à l'Apocalypse et la pandémie de grippe A menaçait la planète. Mais depuis la fin de la semaine dernière, le monde ne doit raisonnablement plus trop s'inquiéter. Chaud-froid. Omelette norvégienne.
Via Appia, sur les hauteurs de Genève une institution onusienne ne cesse depuis un mois de tenir les rôles mêlés du prophète et de l'imprécateur, du coach et du policier sanitaires. Il faudra bien, un jour prochain, passer au grill ou au tamis ce que fut la gestion par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de l'actuelle crise sanitaire épidémique; une crise dont elle est en charge et qu'elle a, pour une large part, provoquée. Qui, de manière indépendante et objective, aura les moyens de mener ce travail?
Pour l'heure, sur Slate.fr, résumons quelques faits bien documentés. Le moment venu ils pourront servir de minutes au procès.
Jeudi 21 mai, le Dr Margaret Chan, directrice générale de l'OMS fait savoir à la planète qu'elle ne déclarerait que «si nécessaire» une situation pandémique due à la grippe A (H1N1). Du moins est-ce ce qu'elle a laissé dire, à la presse internationale, à  «un membre de son cabinet». Lors d'une réunion d'un comité de l'Assemblée mondiale de la santé des 193 Etats membres de l'OMS, le Dr Chan avait exposé les raisons pour lesquelles le moment n'était pas encore venu, selon elle, de passer à la phase 6 de l'alerte pandémique, soit le niveau maximal.
L'un des arguments avancés par les hauts fonctionnaires internationaux de l'OMS tient au fait «qu'ils ne voient pas le virus se répandre dans l'hémisphère sud de la même manière que dans les trois premiers pays touchés: le Mexique, les Etats-Unis et le Canada.» Surprise : le Dr Margaret Chan a, pour la première fois relevé le caractère «relativement bénin» de la maladie, dont les symptômes seraient «loin d'être plus graves que ceux d'une grippe saisonnière». La directrice générale répondait à des questions officiellement soulevées par plusieurs pays -- dont le Royaume Uni, l'un des pays les plus affectés en Europe -- qui se sont inquiétés à plusieurs reprises du caractère, disons «mécanique», du passage de la phase d'alerte de niveau 5 à la phase 6 ; des pays qui réclament ici davantage de « flexibilité ».
Pourquoi contester aujourd'hui des dispositions certes « mécaniques » mais qui sont bel et bien d'ordre réglementaire et ont été approuvées par l'ensemble des responsables sanitaires nationaux réunis au sein de l'institution onusienne ? Deux raisons principales à cela. La première est que personne ne peut prévoir à court ou moyen terme l'évolution de la situation épidémiologique ; à commencer par le fait de savoir si la virulence du A(H1N1) va ou non augmenter. La seconde est que passer de la phase 5 à la phase 6 de l'alerte pandémique aurait immanquablement de considérables répercussions économiques (nous y reviendrons sous peu). De ce fait une telle décision pourrait avoir un effet dévastateur dans l'actuel contexte économique planétaire.
Restent les faits. Reste aussi la réglementation sanitaire internationale.
Souvenons-nous. Le 29 avril dernier le Dr Margaret Chan annonçait avoir décidé que l'alerte pandémique passait de la phase 4 à la phase 5. Et de faire claironner par l'OMS que la pandémie était désormais «imminente». Souvenons-nous encore: le A(H1N1) ne sévissait alors qu'au Mexique et que dans quelques Etats des Etats-Unis.
Ce virus est aujourd'hui présent dans 43 pays. Mais, surtout, il progresse rapidement au Japon. La situation rapidement évolutive japonaise devrait, en toute rigueur conduire le Dr Chan et l'OMS à décider le passage à la phase 6 puisqu'il est désormais épidémiologiquement établi qu'existe « un foyer autonome de contamination en dehors du continent américain ».
« Foyer autonome » ? Il s'agit de contaminations touchant des personnes situées au-delà du cercle proche (communautés scolaires ou familiales) des voyageurs ayant contracté dans un pays affecté. Tel est désormais le cas au Japon. Pour autant les autorités sanitaires japonaises ne veulent encore voir là qu'une « quasi-épidémie ».
« Il est clair que la situation d'aujourd'hui imposerait en toute rigueur de passer à la phase 6 de l'alerte pandémique, m'a déclaré l'un des meilleurs spécialistes français d'épidémiologie, pour l'heure tenu au devoir de réserve. Quant aux premiers taux de mortalité recensés chez les personnes infectées (entre 1, 3 voire 5%) il est tout sauf rassurant compte tenu de la contagiosité du virus. Une grande question, à nos yeux, est de savoir combien de temps l'OMS et Margaret Chan, pourront résister aux pressions contradictoires et constantes auxquelles elles sont soumises.»
Vendredi 22 mai, nouvelle tendance au catastrophisme, Margaret Chan déclarant devant devant les représentants des 193 pays membres de l'OMS que le A(H1N1) était « subtil et sournois » en ajoutant que les pays pauvres risquaient tout particulièrement d'en pâtir. Et demain ?
Jusqu'à présent les plus virulentes critiques visant l'OMS étaient plus ou moin restées dans les coulisses du spectacle onusien et médiatique; qu'il s'agisse de son fonctionnement plus qu'archaïque ou de la gabegie financière inhérente à ses règles de fonctionnement. Le A(H1N1) pourrait rapidement changer la donne.
Jean-Yves Nau
Photo: Margaret Chan, directrice générale de l'OMS, Reuters
Retrouvez Slate sur Facebook. Suivez-nous sur Twitter.
Si vous souhaitez commenter cet article, veuillez vous enregistrer ou bien vous connecter.



























Comments
Ouvrir le parapluie
Quel que soit l'avenir de cette grippe, le docteur Chan aura ouvert bien grand le parapluie.
Il faut presque souhaiter pour elle, que cette grippe soit mauvaise dans l'hémisphère Nord, ainsi que certains le prédisent pour l'hiver prochain !
Mais si le catastrophisme de l'OMS aboutit à la fabrication d'un nouveau vaccin antigrippe disponible cet automne, de quoi se plaindrait-on ?
Marianne Arnaud
Consciences secouées, danger 1
Les secoueurs de conscience du genre Yann Arthus Bertrand semblent s'inspirer d'un modèle Onusien d'annonces catastrophiques, où l'inverse. Cette pandémie est, elle, bel et bien déclarée, le virus onusien à envahi la planète. Mais comment reconnaître ce modèle onusien et quelles précautions prendre?
D'abord le principe de précaution qui permet de prendre toutes les libertés de manipulation des consciences. Si on ne les secoue pas assez fort les porteurs de conscience risquent de s'en servir de façon inappropriée il faut donc leur administrer des secousses d'éveil. Nul besoin de mesure, d'évaluation du risque, il suffit de pouvoir l'imaginer pour que, principe de précaution, le pire soit assuré du moins dans les discours autorisés. Les discours autorisés ne sont pas ceux de Monsieur Allègre mais ceux qui sont le plus assertifs quant à l'imminence de la catastrophe.
A(H1N1), il n'y a que dans les jeux de nos enfants que l'on voit des monstres au noms aussi hideux, je passe sur les vecteurs horribles comme le Mexique, les cochons, les aviaires pris en grippe et maintenant le Japon dont le goût pour la robotique et l'électronique y est certainement pour quelque chose. Un coup des ondes de leurs GSM à très haut débit.
Ensuite le catastrophisme c'est la phase de mise en dépendance. Les experts faiseurs de trouille sont sur les plateaux télés eux mêmes branchés sur les sommités onusiennes que l'on appelle « la communauté scientifique a dit que » Le Dr Margaret Chan doit en être, mais le plus bel exemple c'est le Giec (oulala! le bûcher n'est pas loin, Allègre au secours!). Donc les experts virologues, économistes, et autres, sachants de source sure ce qui pourrait arriver de pire, même si on ne sait rien, mais que certainement ce sera pire que l'on peut supposer. La trouille c'est la mise en dépendance de masse, une conscience planétaire à la masse, c'est ce que l'on doit appeler l'intelligence collective à l'Onu. Les sociologues ont montré récemment que plus ils étaient à la masse plus les porteurs de conscience étaient passifs. Conclusion pour leur sécurité il faut en rajouter dans le catastrophisme. Oui mais les experts onusiens et leurs échos en chambres, amplifiés par les médias branchés sur l'opinion publique ne risquent-ils pas eux aussi un court circuit? De ce trouver à la masse à cause de leur courte vue?
Non ils y gagnent en importance et en budget. Si les consciences dument secouées sont passivées, les circuits financiers et médiatiques sont eux surexcités. Pensez Ca coûte toutes ces campagnes de sensibilisation, tous ces travaux de papier pour rédiger ces rapports qui nous disent le pire, ces colloques, ces congrès, ces rencontres internationales. D'ailleurs la communauté scientifique ne cesse aussi de gonfler assurant ainsi ses arguments d'autorité. Mieux un aréopage de convertis, politiques, journalistes, artistes, animateurs, associations viennent alimenter le flot des chambres d'écho et ça coûte encore plus. Le virus est un produit dérivé de haute spéculation.
C'est vrai que comme dans toute économie, gangs et banditisme prolifèrent. Depuis ceux qui vendent des médailles miraculeuses sur internet en guise de tamiflu, jusqu'aux catéchistes qui vont évangéliser les enfants des écoles pour leur apprendre l'irresponsabilité de leurs parents et la malignité des hommes. Les ONG commando qui vont sortir les pygmées des forêts pour atteinte à la biodiversité, ceux qui fomentent des manipulations médiatiques mondiales, ceux qui dépensent des fortunes en carburant pour survoler et photographier les zones sauvages, ceux qui, comme ces milices privées sur le théâtre des opérations de guerre propre, surveillent les consciences qui se réveilleraient pour les tacler sévèrement (il y a en a même sur Slate). Addiction obligatoire aux refrains et aux couplets, dealers et trafiquants de formules durables, industriels de la plage de cerveau disponible. Il faut bien que l'économie se redresse on ne va pas mégoter sur le marché de l'inquiétude.
Le modèle onusien est mondialisé, démocratisé, les puissants comme les impuissants sont tous secoués de la même manière. Retour à la vie sauvage la vie des bêtes ou des bêtas
Alors quelles précautions prendre devant cette pandémie onusienne et ses multiples métastases (c'est encore plus grave)? Soit se secouer la conscience un peu plus fort genre électrochoc, soit prendre du recul, de la hauteur et de la profondeur pour apprendre à discerner le Sens de ce qu'on nous raconte. Même Madame Chan peut être sauvée. On n'a jamais vu de planète en danger.
Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com
Don quichotte ?
Le petit docteur journaliste contre l'organisation mondiale, c'est ça ?
Il y a sûrement gabégie, incompétence et autres dysfonctionnements
à l'échelle d'une structure comme celle de l'OMS. Matière à enquêtes donc.
Prendre le temps d'enquêter. Quelle promptitude, au lieu de ce travail de fond,
à critiquer le processus en cours, à moins d'en savoir plus sur son dénouement !
Pourquoi attendre alors pour partager cette vraie information ?
Cela mettrait fin à la valse-hésitation et rendrait un grand service planétaire.
Permettez(-vous) un pas de côté, voire en arrière, pour regarder la teneur
des commentaires en fonction de l'approximation du traitement d'un sujet !
La presse a beaucoup de droits, y compris celui d'être interrogative,
elle s'honore quand elle ne l'est pas à seule fin de s'auto-entretenir.
La crainte de voir le support, en l'occurrence, Internet, influencer
le contenu et dicter un style serait-elle fondée ? Presse n'est-elle
déjà plus synonyme que de précipitation et frénésie ?
Mais il serait aussi critiquable de prétendre conclure à son sujet
alors qu'elle évolue en permanence, que de se planter
devant une séquence du feuilleton grippal inachevé
pour lui écrire une fin anticipée et précise !
Relayer l'information peut signifier aussi
de faire état d'un manque par suite
d'un état des connaissances
encore insuffisant.
Répondre à la menace grippale
n'est-il pas un cas d'obligation de moyens
et non de résultats ? La faillite en la matière est-elle
d'ores et déja constituée de telle sorte qu'il soit urgent
et loisible de balayer la présomption d'innocence ?
Et doit-on ou non lier la critique de la fonction
alerte et diagnostic à celle de la fonction traitement ?
Polémikoeur.