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Du rose sans épines: François Hollande aura les moyens de gouverner

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 11.06.2012 à 13 h 08

La dynamique est incontestablement à gauche et au PS, Jean-Luc Mélenchon ayant perdu son pari de peser sur la politique gouvernementale. Le danger est à droite, avec la porosité de plus en plus évidente entre l'UMP et le FN.

François Hollande à Tulle, le 10 juin 2012 pour le premier tour des législatives. REUTERS/Caroline Blumberg

François Hollande à Tulle, le 10 juin 2012 pour le premier tour des législatives. REUTERS/Caroline Blumberg

Une fois de plus, une constatation s’impose: les Français ont parfaitement intégré l’esprit des institutions. Ils s’apprêtent donc à donner une majorité au Président qu’ils viennent de choisir; mieux même, ils pourraient lui donner des moyens de gouverner avec les seuls députés socialistes. Là est bien le ressort de ce premier tour des élections législatives.

Il était d’ailleurs difficile d’imaginer, qu’à peine un mois après le choix de François Hollande, les Français se dédiraient en lui opposant, comme le proclamait la droite sans y croire elle-même, une cohabitation qui aurait eu pour principal effet d’ajouter une crise politique à la crise économique et financière qu’il s’agit prioritairement de surmonter.

En outre, on ne voyait guère, dans ce premier mois d’un gouvernement dirigé par Jean-Marc Ayrault –lequel est armé pour faire largement aussi bien dans l’opinion que François Fillon– ce qui aurait pu détourner le pays d’un vote en faveur de la gauche: une installation du Président sur la scène internationale particulièrement réussie, notamment (pour le moment) sur le théâtre européen où l’objectif de croissance a rencontré plus de partisans que prévu de part et d’autre de l’Atlantique; des premières mesures à la fois symboliques et concrètes, le tout contribuant à faire reculer, sans la faire disparaître, l’anxiété jusque-là dominante.

Une dynamique à gauche

Il ressort donc du premier tour une dynamique incontestable à gauche. Et, contrairement aux commentaires ambiants, une amplification de la victoire présidentielle puisque la gauche, qui totalisait moins de 43% au soir du premier tour de l’élection présidentielle, obtient plus de 47% au soir du 10 juin.

Bien sûr, entre deux tours, tel ou tel événement peut ralentir l’élan de cette victoire annoncée. Mais, pour le moment, François Hollande a tout lieu d’être satisfait avec d’une part la perspective d’une majorité large se réclamant de son action, et peut-être une majorité absolue en faveur du seul Parti socialiste. Et, au passage, quelques épines qui lui étaient promises en voie d’être écartées.

Si l’on regarde la projection en sièges donnée, par exemple, par le Figaro ou Le Monde, le seuil minimum du PS est au-delà de la majorité absolue. Mais, s’il avait besoin d’appoint, il le trouverait automatiquement chez les écologistes. La question principale est, pour François Hollande, la résolution de la crise européenne, le retour de la croissance à travers une mobilisation de tous les moyens de la zone euro; or les écologistes ont, non seulement accepté l’arbitrage de facto pro nucléaire de François Hollande, mais surtout ils sont une famille politique essentiellement européenne. 

Il eut été beaucoup plus difficile d’avoir à composer avec le Front de gauche. Celui-ci fait d'ailleurs une contre-performance. Tout se passe comme si les élus du Parti communiste, qui cherchaient à le redevenir, avaient été victimes de l’ombre portée de Jean-Luc Mélenchon, portée par les médias mais désavoué par le corps électoral.

La manoeuvre de Mélenchon

Il ne fallait pas être grand clerc pour débusquer la manœuvre de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier n’avait pas obtenu, à l’élection présidentielle, suffisamment de poids pour pouvoir prétendre influencer la politique de François Hollande.

L’aventure d’Hénin-Beaumont était pour lui une occasion de se refaire. En ciblant un siège appartenant, depuis la Libération, au Parti socialiste, il pouvait nourrir l’espoir, une fois à l’Assemblée, de peser sur les choix de son allié communiste. Il n’en sera rien et ce dernier pourra se considérer comme libéré de sa tutelle.

Reste que le paysage politique est désormais transformé. La gauche est, comme jamais, ordonnée autour du PS. Ce dernier avait été contraint, notamment en 1997 pour ne pas remonter aux années Mitterrand, par des alliés bien mieux armés. On avait appelé cela «la gauche plurielle». Le voilà, cette fois, transformé en porte-avions avec quelques petits navires d'escadre.

Situation inédite et qui rend particulièrement délicat et décisif le contrôle de deux postes: le Premier secrétariat du PS et la présidence du futur groupe des députés socialistes. Deux enjeux majeurs à venir où l'on pourrait bien retrouver un face à face entre Martine Aubry et les siens et François Hollande.

L'intérêt de Hollande était de préserver Bayrou

Le centre, lui, disparaît. L'échec prévisible et désormais probable de François Bayrou n'est que la partie la plus visible du processus de radicalisation de la droite engagé par Nicolas Sarkozy et d'affaiblissement de ce qui fut l'un des piliers de cette famille politique à savoir le centre droit. C'est une mauvaise nouvelle pour la gauche autant que pour la droite.

Pour François Hollande, l'effacement de François Bayrou est en effet doublement négatif. Parce qu'il est privé d'une possibilité d'élargissement de son assise en cours de route. Imaginons que la crise s'aggrave, ou que les Français acceptent mal le programme de retour aux grands équilibres auquel le président s'est engagé. Il lui faudrait alors pouvoir trouver un renfort; lequel ne pourrait venir que du Modem, dernier héritier de la tradition démocrate chrétienne à la française.

Mais le Modem est en passe d'être rayé de la carte. L'intérêt de François Hollande était donc de préserver François Bayrou. Or le PS de Martine Aubry a imposé une autre logique purement partidaire. C'est donc la candidate socialiste qui est la mieux placée dans cette circonscription certes, mais le prix politique à terme de ce qui restera, pour François Hollande, un signe de faiblesse vis-à-vis du PS, risque d'être élevé.

La droite de son côté n'a qu'une obsession: faire payer à François Bayrou sa «trahison». Là encore, c'est un calcul à courte vue. Il suffit de regarder le résultat de l'UMP au soir du premier tour (27,12% pour l'UMP, 34,67% si l'on rajoute Nouveau Centre, Parti radical, Alliance centriste et divers droite): il prend place parmi les plus faibles de toute l'histoire de la Ve République. Là où il y avait RPR plus UDF, il n'y a plus que l'UMP, sans réserve au centre.

Et donc, il ne reste, fruit là encore de la campagne de Nicolas Sarkozy, que l'attraction et l'attirance de plus en plus grande exercée par et envers l'extrême droite. Droite plus extrême-droite à terme: il n'est pas sûr que ce soit le meilleur chemin pour retrouver le pouvoir.

Dans l'immédiat bien sûr, le danger FN est pour l'UMP moindre qu'annoncé. Il y aura trois fois moins de triangulaires qu'en 1997. Moins d'une quarantaine et une vingtaine de duels pour le FN. Cela évite sans doute un sauve-qui-peut général à l'UMP qui en aurait précipité plus d'un dans les bras des «marinistes».

La porosité FN-UMP

Mais deux éléments sont significatifs. Localement dans le Gard et le Vaucluse sûrement, ailleurs peut-être, il y aura des désistements UMP en faveur du FN. Mais surtout s'installe de plus en plus une porosité entre deux familles politiques que tout devrait au contraire opposer. Le glissement le plus significatif est celui de François Fillon. Ce dernier paraissait être le gardien du temple chiraquien, celui du Front républicain, donc du barrage face au FN. Il plaide désormais avec tous les autres leaders de l'UMP pour le «ni-ni»: ni PS, ni FN. C'est une évolution majeure.

Sans doute Marine Le Pen a-t-elle jusqu'à présent échoué: elle se voulait le catalyseur d'une recomposition de l'UMP. Celle-ci n'a pas eu lieu. Mais, la frontière est de moins en moins étanche à mesure que progresse la «dédiabolisation» du mouvement mariniste.

A l'UMP, les choses sérieuses s'engageront à l'automne entre François Fillon d'un côté, Jean-François Copé de l'autre: là se jouera le sort de la radicalisation de la droite. Sous l'œil vigilant et peut-être de nouveau actif de… Nicolas Sarkozy qui commence ici et là à donner des signes de volonté de retour sur la scène politique. A travers notamment le grand entretien qu'il envisage de donner à la presse écrite ou à la télévision dès la rentrée.

En attendant, il reste un second tour, un événement est toujours possible. En 2007, il y avait eu l'annonce prématurée par Jean-Louis Borloo de la TVA sociale qui avait permis au PS de limiter les dégâts. L'UMP compte sur le programme fiscal et sur… Martine Aubry pour susciter un réflexe de même nature. Mais la réalité devrait être conforme au souhait majoritaire exprimé au premier tour: il s'agit de donner au Président les moyens qu'il demande. A charge pour lui d'être aussi au rendez-vous.

Jean-Marie Colombani

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