Monde

En Afghanistan, une mission française loin d'être accomplie

Françoise Chipaux, mis à jour le 10.06.2012 à 18 h 59

La sécurité dans la province de Kapisa reste très incertaine: François Hollande se trompe en affirmant que le contingent français, endeuillé une nouvelle fois samedi, a réussi son travail.

François Hollande survole de la province de Kapisa, le 25 mai 2012. REUTERS/Joel Saget/Pool

François Hollande survole de la province de Kapisa, le 25 mai 2012. REUTERS/Joel Saget/Pool

La mort samedi de quatre soldats français en Afghanistan souligne une nouvelle fois que dix ans après l’intervention occidentale le pays est toujours en guerre. Pressés d’en finir avec ce conflit devenu impopulaire et très coûteux, les dirigeants occidentaux cherchent à présenter un tableau positif de la situation mais les faits sont tenaces et la paix promise est une chimère.

Depuis le début de l’année, plus de 600 civils afghans ont été tués et près de 1.500 blessés; 193 soldats de l’Otan et plusieurs centaines de soldats et policiers afghans ont été tués au combat; se déplacer en Afghanistan est plus que problématique tant les routes sont peu sûres et la reconstruction de l’état chancelante.

A moins d’un changement radical —qu’on ne voit pas venir, l’Afghanistan risque bien en 2014, lors du départ de la plupart des troupes étrangères, de retomber dans le chaos et la guerre civile, le lot du pays pendant plus de 30 ans. Le partenariat stratégique signé avec les Etats-Unis début mai pour encadrer les futures relations entre les deux pays a déjà été menacé deux fois de nullité par le président afghan, Hamid Karzai. Celui-ci a encore accusé samedi l’armée américaine de ne pas tenir ses engagements —arrachés de haute lutte par Kaboul— de consulter l’armée afghane avant tout raid aérien.

L'Afghanisation de la guerre mal avancée

Les nombreuses bavures des troupes de l’Otan en Afghanistan ont beaucoup contribué à la détérioration des relations entre Kaboul et ses alliés occidentaux. Elles expliquent en partie  la multiplication des incidents opposant les soldats ou policiers afghans à leurs mentors internationaux.

Même si ces incidents restent encore peu nombreux en regard du nombre de soldats déployés, ils ont grandement accru la méfiance entre «élèves et maitres» qui ne partagent plus rien en dehors des heures d’instruction. «L’afghanisation» de la guerre, le seul remède trouvé pour pouvoir sortir du pays, risque de pâtir de ces tensions.

Les forces de sécurité afghanes appelées à prendre dès la mi-2013 la responsabilité de la sécurité du pays —d’abord sous l’œil vigilant de l’Otan puis quasi seules fin 2014— sont loin d’être prêtes à assurer ce rôle. Leur manque d’équipement même basique est criant et la motivation des troupes laisse à désirer.

La pauvreté plus que le patriotisme est la principale raison de l’enrôlement des soldats et beaucoup d’entre eux ne comprennent pas pourquoi ils doivent se battre contre d’autres Afghans. Une incompréhension décuplée par les multiples appels à la négociation avec les talibans. Nombre de soldats ont aujourd’hui le sentiment que le pays ira mieux quand tous les étrangers se retireront.

La protection des forces «non-combattantes»

La nouvelle crise américano-afghane, induite par un bombardement qui a tué une quinzaine de civils, ne va pas aider à la concrétisation du partenariat stratégique, c'est-à-dire à déterminer le rôle exact du nombre et du statut légal des troupes américaines appelées à rester dans le pays après 2014.

C’est dans ce contexte très instable que les 2.000 soldats français en charge des combats vont se retirer, entre juillet et décembre, selon le calendrier que François Hollande a indiqué. Les 1.400 hommes qui resteront seront en charge du rapatriement des matériels et de la poursuite de l’entraînement des forces de sécurité afghanes. Ces hommes  devront toutefois être protégés. Et il semble peu probable que cette mission soit confiée à des troupes étrangères ou encore moins à des  Afghans;  ce qui laisse penser que des forces combattantes françaises devront rester en Afghanistan.

Affirmer comme l’a fait le chef de l’état le 25 mai: «vous avez accompli votre mission» semble bien présomptueux alors que la sécurité dans la province de Kapisa reste très incertaine comme l’a encore prouvé l’attentat de samedi.

Cette province, l’une des voies d’accès à Kaboul depuis le Pakistan, est un maillon essentiel dans la sécurité de la capitale. Le temps dira si les militaires afghans sont en mesure de verrouiller seuls cet accès, une tâche que les troupes françaises n’ont pas été en mesure d’accomplir totalement  après quatre ans de déploiement.

Françoise Chipaux

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