Julien Coupat dans le texte
Comparons les écrits du «terroriste présumé» et un livre que la police l'accuse d'avoir écrit.
- Regis Duvignau / Reuters -
Dans une longue interview au Monde, Julien Coupat témoigne par écrit de ses conditions de détention et de sa vision de la société. Depuis novembre 2008, il est en prison, pour des actes «terroristes» présumés sur des trains de la SNCF, malgré des revendications provenant d'un autre groupe.
Julien Coupat est aussi soupçonné par les enquêteurs d'avoir écrit «L'Insurrection qui vient», un pamphlet anarchiste accusé de tous les maux, paru en 2007 dans l'anonymat le plus complet. Ce livre n'a pas d'auteur, il est juste revendiqué par un collectif, «Le Comité invisible». Fait rarissime pour la démocratie française, le livre — devenu depuis un succès de librairie — a été versé intégralement au dossier et son éditeur a été écouté par les enquêteurs, ce qui témoigne d'un certain acharnement de la police pour cet écrit.
Le Monde pose cette question à Julien Coupat: «Etes-vous l'auteur du livre "L'insurrection qui vient"?». « Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de "L'insurrection qui vient », répond-il. J'en suis, en revanche, un lecteur». Il avoue d'ailleurs l'avoir relu récemment et adhérer totalement.
Ayant moi-même lu récemment «L'insurrection qui vient» (disponible gratuitement et intégralement sur le web en format PDF, 122 pages), j'ai été immédiatement frappé par les ressemblances sur le fond et la forme entre le livre et l'interview de Julien Coupat.
Sur la forme
Même alternance entre phrases courtes et phrases longues amoureuses des virgules. Le style est direct et emphatique. Dans l'interview de Julien Coupat et dans «L'Insurrection qui vient», il n'y a pas de place pour le doute et le conditionnel. Le propos, fort, est asséné comme une évidence partagée par tous, d'où la faible présence de points d'interrogations et d'exclamations. Pourquoi s'emporter et s'étonner quand tout le monde le sait. En mélangeant des parties des deux textes, si l'on exclut l'actualité brûlante, il m'a été impossible de faire la différence entre les deux écrits.
Sur le fond, quelques points similaires
-> La définition de «l'ultra-gauche»:
Les deux lient l'action dans la rue et la définition de l'«ultragauche»/mouvance autonome.
A la question «Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et "d'ultragauche"?», Julien Coupat répond: «La seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. (...) Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole ».
Dans «L'Insurrection qui vient», p26, on peut lire: «Devenir autonome», cela pourrait vouloir dire, aussi bien: apprendre à se battre dans la rue, à s'accaparer des maisons vides, à ne pas travailler, à s'aimer follement et à voler dans les magasins. Et page 105: «La police n'est pas invincible dans la rue, elle a simplement des moyens pour s'organiser (...) Toute l'innovation déployée dans les centres de préparation à la guérilla urbaine de la gendarmerie française (...) ne suffira sans doute jamais à répondre assez promptement à une multiplicité mouvante pouvant frapper à plusieurs endroits à la fois et qui surtout s'efforce de toujours garder l'initiative».
-> L'effondrement de la civilisation:
Le but de l'interviewé et de «L'insurrection qui vient» est de montrer que la société actuelle est sur le point de s'effondrer. Julien Coupat explique: «On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. (...) Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. (...) Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes: la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage». Et «L'insurrection qui vient» p83, d'expliquer, «nous nous situons d'ores et déjà dans le mouvement d'effondrement d'une civilisation. (...) L'incendie de novembre 2005 n'en finit plus de projeter son ombre sur toutes les consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d'une décennie pleine de promesses.
->Le terrorisme:
Dans l'interview, Julien Coupat explique: «L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste». «L'insurrection qui vient» (p109) va dans le même sens: «Menaces terroristes», et «violences urbaines» sont pour les gestionnaires de la société autant de moments d'instabilité où ils assoient leur pouvoir par la sélection de ce qui leur complaît et l'anéantissement de ce qui les embarrasse.
-> La critique de la police
Normal aussi pour un vocabulaire anarchiste, la police est source de tous les problèmes. «L'insurrection qui vient» explique page 97: «Le territoire actuel est le produit de plusieurs siècles d'opérations de police. On a refoulé le peuple hors de ses campagnes, puis hors de ses rues, (...) dans l'espoir dément de contenir toute vie entre les quatre murs suintants du privé». Dans l'interview, Julien Coupat s'amuse de cette police qui le poursuit, qui décide de qui est innocent ou pas et dont «certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur]».
-> La souveraineté
Les deux textes associent souveraineté, travail de la police, et démocratie. Dans l'interview, Julien Coupat explique : «Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. (...) Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste.» «L'insurrection qui vient», page 71, assimile également pouvoir de la police et souveraineté: «On a convenu depuis lors - disons: depuis 1945 - que la manipulation des masses, l'activité des services secrets, la restriction des libertés publiques et l'entière souveraineté des différentes polices appartenaient aux moyens propres à assurer la démocratie, la liberté et la civilisation ».
-> L'Oligarchie qui nous domine:
Dans les deux textes, le vocabulaire employé cherche toujours à ridiculiser le gouvernement. Normal pour une argumentation anarchiste. Dans l'interview, Julien Coupat qualifie le gouvernement actuel «d'oligarchie ». Dans «L'insurrection qui vient» (p52, p53), l'auteur compare l'oligarchie de la fin de l'URSS aux «patrons et gouvernements» actuels.
-> La notion de Spectacle
Julien Coupat utilise le terme de Spectacle pour qualifier les qualifications de l'ultragauche actuelle, spectacle utilisé pour divertir les masses. Dans l'Insurrection qui vient, même rhétorique du spectacle (sans la majuscule). Les manufactures lilloises anciens lieux de «sédition» «sont transformées en salle de spectacle». La même idée est développer, les anciens lieux de révoltes et de contre-pensées, des usines au cœur des cités en passant par l'ultragauche, servent à penser.
A noter aussi que Julien Coupat, quand il était étudiant à l'EHESS, a écrit une thèse sur le «Capitalisme, avant-garde et critique révolutionnaire» ». L'influence de Guy Debord y est forte et dans la revue qu'il dirigeait, Tiqqun, à la fin des années 90, il annonçait déjà la disparition de la société marchande actuelle. La revue «Le Tigre» s'était d'ailleurs amusée à comparer les anciens écrits de Julien Coupat avec «L'Insurrection qui vient», mettant en avant certaines similitudes.
Après, savoir qui influence qui... La poule et l'œuf, l'œuf et la poule.... Pour dépasser l'horizon anarchiste et mettre tout le monde d'accord, le style emphatique, presque poétique parfois, de ces écrits s'inspire d'un poète et diplomate français. En 1997, Julien Coupat écrivait déjà, «pour l'heure, la critique n'a que faire des docteurs en sociologie [car] c'est de poètes et de théologiens qu'elle a désormais besoin et non de fonctionnaires consciencieux de l'intelligence sociale». N'est-ce pas un doux écho au discours de réception du prix Nobel de Saint-John Perse en 1960: «Et c'est ainsi que le poète se trouve aussi lié, malgré lui, à l'événement historique. Et rien du drame de son temps ne lui est étranger. Qu'à tous il dise clairement le goût de vivre ce temps fort ! Car l'heure est grande et neuve, où se saisir à neuf. (...) Et c'est assez, pour le poète, d'être la mauvaise conscience de son temps ».
Quentin Girard
Image de une: Regis Duvignau / Reuters
Mis à jour le 29/05/2009 à 9h25














































Je ne comprends pas l'objet de cet article/commentaire de textes.
Dans quel but cette comparaison ?
Comparaison qui ne peut rien prouver évidemment, comme si on imputait à Debord tout ce qui s'est écrit de debordiste après 68.
Je me permets de poster un passage où l'enfermé de la république parle directement de son lieu actuel de résidence :
“La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n’est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l’ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l’existence dite “normale”. Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l’école, l’innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.
Envisagée sous cet angle imprenable, ce n’est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l’effet d’une prison ratée.
La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d’une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d’autre des barbelés et à cause d’eux”
Toute ressemblance...
Contrairement à franc parleur, j'ai bien l'impression de comprendre l'objet de votre papier, mais il me semble tout ce qu'il y a de discutable.
On peut en effet s'attendre à ce que M Coupat, faisant partie de la mouvance anarcho-x-iste, utilise des arguments proches ou similaires à ceux de l'ouvrage que vous citez. Par contre les rapprochements que vous faites sont tout ce qu'il a de discutables. Les parallèles que vous établissez, ont effectivement ce qu'il faut de ... parallèle : ils ne se rejoignent jamais !
Mais vous commencez par affirmer que M Coupat est l'auteur de l'ouvrage : c'est peut être injuste, en tout cas absolument pas rigoureux. Vous donnez envie aux démocrates (dont il n'est sans doute pas tant que ça) de le défendre, était ce l'objet ?
@pierret
Vous me dîtes:
"vous commencez par affirmer que M Coupat est l'auteur de l'ouvrage : c'est peut être injuste, en tout cas absolument pas rigoureux. Vous donnez envie aux démocrates (dont il n'est sans doute pas tant que ça) de le défendre, était ce l'objet ?"
Dans le début du papier, j'écris
"Julien Coupat est aussi soupçonné par les enquêteurs d'avoir écrit «L'Insurrection qui vient», un pamphlet anarchiste accusé de tous les maux, paru en 2007 dans l'anonymat le plus complet. Ce livre n'a pas d'auteur, il est juste revendiqué par un collectif, «Le Comité invisible». Fait rarissime pour la démocratie française, le livre — devenu depuis un succès de librairie — a été versé intégralement au dossier et son éditeur a été écouté par les enquêteurs, ce qui témoigne d'un certain acharnement de la police pour cet écrit. Le Monde pose cette question à Julien Coupat: «Etes-vous l'auteur du livre "L'insurrection qui vient"?». « Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de "L'insurrection qui vient », répond-il. J'en suis, en revanche, un lecteur».
Donc je ne dis pas qu'il est l'auteur de l'ouvrage, je remarque juste que j'ai été frappé par les similitudes (dans le fond et la forme) qui dépassent celle d'une simple communauté de pensée.
A la fin je précise également
"La revue «Le Tigre» s'était d'ailleurs amusée à comparer les anciens écrits de Julien Coupat avec «L'Insurrection qui vient», mettant en avant certaines similitudes. Après, savoir qui influence qui... La poule et l'œuf, l'œuf et la poule.... "
En terminant ensuite par une pirouette intellectuelle, puisque l'on peut toujours trouver d'autres influences :)
Vous me dîtes:
"Les parallèles que vous établissez, ont effectivement ce qu'il faut de ... parallèle : ils ne se rejoignent jamais !"
Là je ne suis pas d'accord avec vous, les lignes s'entrecroisent en permanence et parfois se confondent, comme vous pouvez le voir avec les exemples choisis, mais ce n'est que ma modeste analyse personnelle.
Je suis aussi frappé de l'acharnement de la police pour cet écrit et pour Julien Coupat. Mais cela a été dit des centaines de fois dans d'autres papiers et sur d'autres médias. Fallait-il le répéter, en faire l'objet de l'article, être redondant alors que des centaines de dépêches ont parlé de la même chose hier ? J'essayais juste de proposer, et c'est aussi le but de Slate, un angle différent, plus littéraire car là je pouvais apporter peut-être, modestement, un plus.
Bien à vous
Quentin
Coupat commence son "analyse" par :
« Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile" [...] L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte [...] Face à ce pouvoir en guerre etc. »
Je suis certainement un peu lourd et pas du tout poète, mais je trouve ce genre de texte profondément ridicule.
Je trouve cet article proche de l'apologie d'une marginalité potentiellement dangereuse pour notre société.
On a d'abord droit à l'ultra gauche, à l'appel à l'insurrection, au terrorisme comme l'expression de l'ennemi politique, à la police comme moyen de quadrillage de l'espace national, à une oligarchie qui possède réellement le pouvoir de manipuler les masses, tout cela saupoudré d'un peu de Debord avec une société qui produit du spectacle pour divertir le peuple des contre-pensées et de la révolution et d'une écriture dans un style emphatique et ...poétique (pauvre Saint John Perse convoqué pour la circonstance!) Cette énumération à la Prévert peut prêter à faire sourire sauf que ce n'est pas seulement un texte écrit comme une fiction, mais un programme qu'il s'agit de mettre en œuvre. On ne peut s'empêcher de penser que les grands régimes totalitaires du XXe siècle s'appuyaient sur ce genre d'inepties et qu'ils ont fait des dizaines de millions de morts.
Si le rôle du journaliste est parfois de présenter ce genre de pensée, il est aussi de la mettre en perspective notamment historique et non pas de faire preuve d'une bienveillance qui pourrait vite se révéler coupable.
Je pense que les "grands régimes totalitaires" sont derrière nous (heureusement) comme la Résistance. Les défis de notre siècle sont très différents: réchauffement climatique, épuisement des ressources, démographie, Moyen Orient, nous avons de quoi nous occuper (et éventuellement nous massacrer les uns les autres).
L'histoire Coupat c'est la naissance en direct d'un mythe à l'heure d'Internet : un gars qui choisit Tarnac pour vivre en marge de la société, et qui se retrouve propulsé "héros moderne" (réaction numéro 298 sur LeMonde.fr) parce que MAM a besoin de montrer qu'elle agit contre les sabotages de lignes TGV, parce qu'il est de bonne famille (d'où un bon réseau d'avocats, entre autres), a fait des études littéraires sérieuses, et possède un début de style (la caractérisation du projet du NPA comme grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop, c'est pas mal).
Sur le fond le danger est de voir des malheureux moins doués que lui tomber pour de vrai dans le terrorisme, nous l'avons connu en France avec Action Directe, mais l'expérience évidemment la plus désastreuse est celle des Brigades Rouges, il faudrait mettre le livre d'Enrico Fenzi, Armes et bagages au programme de la classe de seconde. Au passage ceux qui "passent à l'acte" vouent une haine féroce à leurs anciens maîtres, voir comment Fenzi parle de Negri en prison.
On ne sait jamais comment un mélange détonant peut se former, quoique Coupat, Tarnac et les lecteurs du Monde soient aussi éloignés que possible des banlieues ; c'est pourquoi il faut dire clairement que sur le fond les "analyses" de Coupat sont délirantes, mais n'en rajoutons pas. Amitiés.
Arthur,
Je vous trouve bien occidental et bien optimiste pour affirmer que les grands régimes totalitaires sont derrière nous car si c'est parfaitement exact pour l'Allemagne, ce n'est pas le cas pour la Chine (régime très autoritaire, camps de concentration...), pour la Russie qui a bien du mal à ne pas retomber dans une tyrannie pure et dure et qui est incomplètement sortie du communisme faute,peut-être, de l'équivalent d'un procès de type Nuremberg. pour Cuba, pour la Corée du Nord, pour le Zimbabwe et certainement bien d'autres encore.
Sur le reste, je serai à peu près de votre avis sauf en ce qui concerne MAM car cette vision des choses me semble simpliste et totalement hypothétique faisant la part belle à une théorie du complot qui est souvent l'argument de ceux qui n'ont pas d'autres arguments.
Enfin, vous dites, avec raison, que les "analyses" de Coupat sont délirantes, seulement ce que je reproche à l'auteur de l'article, c'est son empathie avec ce que j'ai appelé ces inepties. On est en droit d'attendre d'un journal comme Slate davantage de discernement, de recul et de distance face à de telles "théories" : on peut éviter, par exemple, de citer gratuitement un grand poète comme modèle d'extrémiste dont Coupat ne serait que " le doux écho".
Je n'ai pas de sympathie, d'empathie ou de je ne sais quoi pour Julien Coupat. :)
(après dans ce que je vois du dossier, quelqu'un qui est en prison sur une accusation qui repose principalement aujourd'hui sur un livre (sic!), puisque les actions ont été revendiquées par d'autres, qui avait une épicerie dans le fin fond de la France, j'ai dû mal à imaginer que cette personne soit un danger pour la République comme vous semblez le penser. )
En citant Saint John Perse, c'était juste une pirouette intellectuelle, montrer qu'il y a toujours d'autres influences, d'autres références, même parfois les plus improbables. Surtout pour Saint John Perse, c'était sur un point très particulier, le poète comme "mauvaise conscience de son temps", le poète qui prend une place plus importante que le bureaucrate ou le scientifique dans la compréhension du monde (je résume de manière caricaturale et rapidement bien sûr).
Il n'y pas là "modèle d'extrémisme", juste une similitude de pensée sur ce point précis.
PS : "doux écho" était peut-être maladroit certes. Mais j'ai de la sympathie pour Saint John Perse.
Ce n'est pas sérieux de prétendre qu'on emprisonne aujourd'hui en France pour un livre. Je ne suis pas dans les secrets de l'affaire, je l'ai juste suivie d'assez près dans les journaux, et elle est bien résumée aujourd'hui dans un dossier du Monde. Coupat a été arrêté parce qu'il était présent une nuit près de l'un des sites où ont eu lieu des sabotages. Il a été évident dès le début que l'intervention de policiers cagoulés et l'accusation de terrorisme étaient scandaleuses et seulement destinées à montrer à l'opinion que le gouvernement agissait.
Ensuite Coupat étant ce que son "interview" dans Le Monde nous a révélé, il a refusé de répondre quoi que ce soit aux juges sur les faits, et il a été maintenu en détention le temps de l'enquête, cela a été expliqué très clairement par l'un des juges. "Petite vengeance" si l'on veut, en tout cas stratégie gagnante pour Coupat, qui a acquis un statut tout à fait inattendu de héros, et MAM se retrouve mal. Comme quoi un gouvernement a toujours intérêt, dans ce genre d'histoire, à agir avec prudence, au lieu de convoquer les medias en fanfare.
Maintenant, que certains prétendus intellos prennent leur pied à lire Coupat, c'est leur affaire, vraiment rien de nouveau sous le soleil, ce genre de discours est fait exactement pour cela. A chacun son modèle de Nouvelle Star.
Saint John Perse en assignant au poète d'être" la mauvaise conscience de son temps" ne lui donne pas une place plus importante que le bureaucrate ou le scientifique dans la compréhension du monde, il lui donne plutôt le rôle de montrer aux décideurs de ce monde qui sont très prompts à montrer leurs réussites (bonne conscience) qu'il reste des difficultés à surmonter et à ne pas négliger (mauvaise conscience). Dans ce sens, le rôle des journalistes est, me semble-t-il, d'être " la mauvaise conscience" de leur temps et de leur monde qui a si facilement bonne conscience.
Bonsoir @ arthur
Je crois que les régimes totalitaires du 20ème siècle sont derrière nous car le citoyen a évolué intellectuellement. Il en reste en Afrique et en Asie;
Pour ma part je crois que le totalitarisme a changé de visage plus "humains" mais toujours aussi opaque car la démocratie est un mot à chaque élection mais après?????? là est la question. Le totalitarisme: avoir la main sur tout directement ou indirectement.
Le dernier exemple qui montre une nouvelle forme de totalitarisme le licenciement (après dénonciation par un collaborateur ZELE du ministère de la culture) du directeur du Web de TF1 pour avoir contesté la loi Adopi question est-ce de la démocratie ou du totalitarisme où est la ligne ????
Le pouvoir à tout niveau engendre le totalitarisme s'il n'est pas remis en question.
3 pouvoirs peuvent contrer le totalitarisme, les médias INDEPENDANTS, la justice, l'éducation mais à priori pas la notre trop inféodée aux partis politiques on pourrait rajouter la représentation syndicale mais comme pour l'éducation plus politique que syndicale.
Cordialement
Quel intérêt peut il y avoir de savoir si J.Coupat a écrit ou non ce pamphlet sur notre société ?
Quel intérêt de savoir si c’est lui qui a écrit ce livre, ou s’il n’est finalement que la source de son inspiration ?
Votre comparaison est au moins aussi troublante qu’un curé de campagne qui dirait la messe et dont les paroles (le discours) ressembleraient aux paroles de l’évangile ! Les lignes ne s’entrecroiseraient-elles pas en permanence en se confondant parfois elles aussi ?
Il est possible que J.Coupat préfère «L'insurrection qui vient» au livre de l’évangile comme livre de chevet ! Et alors ?
Ceci dit, je suis comme vous, interpellé (pas physiquement), mais intellectuellement par l’acharnement de la police pour cet écrit et par extension pour le présumé auteur, présumé coupable, présumé terroriste (sic) présumer plein de choses.., qui elles mêmes sont présumées.
N’est ce pas là la seule raison qui lui vaut cette accusation de « terroriste potentiel » ?
Si c’était le cas, on peut se poser la question de savoir si un texte, une chanson, un écrit si virulent soit-il constitue une preuve, qui permet d’accuser aujourd’hui, n’importe quel écrivain ou de définir son auteur comme « terroriste » (encore faut il que l’auteur soit connu).
Cet écrit peut il semer la terreur et définir son auteur comme terroriste, en tout cas cette affaire met mal à l’aise bon nombre de démocrates, il semble que ce pamphlet a aussi effrayé le gouvernement.
Extrait : « En fait de solution, la pression pour que rien ne se passe, et avec elle le quadrillage policier du territoire, ne vont cesser de s’accentuer. Le drone qui, de l’aveu même de la police, a survolé le 14 juillet dernier la Seine-Saint-Denis dessine le futur en couleurs plus franches que toutes les brumes humanistes.
Que l’on ait pris le soin de préciser qu’il n’était pas armé énonce assez clairement dans quelle voie nous sommes engagés. ».
Evidement, c’est mauvais pour « l’image » de ceux qui gouvernent le pays des droits de l’homme ! Peut être faudra t’il dans le délire sécuritaire actuel finir par bruler les livres… Au cas où..?
Julien Coupat est parfaitement clair et audible :
« La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n’est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l’ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l’existence dite “normale”. Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l’école, l’innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.
Envisagée sous cet angle imprenable, ce n’est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l’effet d’une prison ratée.
La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d’une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d’autre des barbelés et à cause d’eux. »
Et le voici à présent doté d’un magnifique Porte Voix :
« Ce n’est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d’interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l’on fera s’évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d’échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.“
Maintenant, tout l’intérêt de la démarche de Julien et de ses frères est de faire voler en éclat les catégories parcellaires de la contestation, ainsi que d’élever un nouvel horizon :
” Une contestation strictement sociale, qui refuse de voir que ce qui nous fait face n’est pas la crise d’une société mais l’extinction d’une civilisation, se rend par là complice de sa perpétuation. »
« Une vérité n’est pas quelque chose que l’on détient mais quelque chose qui nous porte. »
Non seulement les pouvoirs en place ou aspirants ont donc du souci à se faire, mais aussi le mécanisme intime de la domination – qui commence toujours chez soi.
Ce n’est pas un mérite de Julien, mais la vertu secrète de l’époque:
« La sensibilité n’a que trop longtemps été une
disposition passive à la souffrance, elle doit devenir le moyen
même du combat. Art de retourner la souffrance en force. »
La complaisance engendre haine et ressentiment, la vérité
rassemble les frères.
« Nous », c’est nous et nos frères. »
*
Montage réalisé à partir de l’entretien récent au Monde et d’extraits de la revue Tiqqun*.
*Tiqqun est un mot hébreu qui signifie restitution/accomplissement. C’est un concept présent dans la Cabale et le mouvement messianique Juif.
Mouais,
Au mieux cet article est sans intérêt.
Au pire, il tendrait à essayer de montrer que Coupat est peut être l'auteur de ce livre, et que s'il en est l'auteur alors il serait coupable.
Franchement où allons-nous ?
Cette affaire est un scandale pour notre démocratie.
Il faut avancer les yeux ouverts : Nous sommes malades.
Plus généralement c'est le 3ème article plutôt moyen que je lis sur Slate.fr et sur lequel je me permet de réagir.
Salutations.
Je pose toujours la même question à laquelle aucun journaliste n'a pu me répondre de façon convaincante:
Pourquoi donner le nom du suspect de sabotages sur une ligne de TGV et, en général, d’une personne quelconque mis en examen dans un procès quelconque?
On peut très bien faire exactement le même article en utilisant des périphrases pour le désigner. En fait, quelle information apporte la connaissance du nom d'un suspect en général? RIEN, c'est même contre-productif: Que m'importe de savoir le nom de celui que l'on suppose être coupable alors qu'il n'a pas été jugé, cela pourrait flétrir la dignité de n'importe quel citoyen innocent et cela risque de faire d'un coupable, un martyr ou un héros et, dans tous les cas, cette connaissance inutile ne fait pas progresser la justice d’un pouce. Je me demande même si le fait de divulguer le nom d'un suspect facilite la vente des journaux. Il se dit que c'est le cas car on installe, paraît-il, une certaine familiarité entre le lecteur et ce qu’il lit. J’’en doute, mais, même si c’est le cas, l’avantage me semble minime, voire négligeable, en regard des inconvénients nombreux et majeurs !
Pourquoi Slate nous gratifie-t-il encore du nom des gens mis en examen ?
@jHenry 44 : "Pourquoi Slate nous gratifie-t-il encore du nom des gens mis en examen ?“
Vous êtes innocent ou quoi ? Vous croyez que c'est Slate qui a sorti le nom de Coupat ? Vous croyez encore en l'innocence des jeunes filles vertueuses ou en la République de Caton l'ancien ?
Je crois en tout cas, à lire la diversité des commentaires, qu'il y a un vrai malentendu.
Par rapport à l'article lui-même que je trouve un brin ironique (jusque dans sa citation décalée de Saint John Perse), ce qui crée la distance nécessaire avec le sujet polémique; et c'est bien le rôle d'un journaliste que de tenir cette distance critique. Pour ma part, ayant également été feuilleter quelques bonnes pages de “L'insurrection qui vient“, j'ai lu avec plutôt de l'amusement cet article au second degré qui met bien en avant la question du style qu'il ne fait jamais négliger lorsqu'on veut analyser la qualité, la force ou la médiocrité des idées.
Que Coupat fasse une critique radicale et définitive de la société actuelle, c'est une chose ! Qu'il le fasse avec cette rhétorique ampoulée, emphatique, à la fois debordienne et dix-neuvième montre bien que le jeune homme a fait ses humanités (l'EHESS, ce qui n'est pas rien), mais qu'il est au fond dans un rêve de Grand Soir assez littéraire (on connaît aussi la pâleur des petits matins qui suivent...) et que l'Utopie n'est pas morte, même si on en connaît les limites.
Honnêtement, on est là plus dans une longue tradition de l'insurrection intellectuelle que sous la menace terroriste de base : je ne vois pas Coupat et ses proches les mains dans le cambouis des bombinettes.
Par contre, je vois que MAM & Cie ont bien les mains dans le cambouis de la parano sécuritaire érigée en dogme. Et c'est ce qui m'inquiète le plus dans cette affaire et les autres : les portiques à l'entrée des écoles, ou les enfants qu'on interpelle à la sortie des mêmes écoles, la xénophobie à l'égard des jeunes considérés justement comme des étrangers dans leur propre société, les centres de rétention et la politique des quotas (allez voir sur le site de RESF les scandales quotidiens et iniques de la poiltique migratoire), même la loi Hadopi qui ne résoud en rien le problème des droits d'auteur et de leur protection, mais qui n'est là aussi que méfiance et défiance; la vraie menace pour la République elle est là, et non pas dans les propos fumeux (mais parfois aussi justement cinglants) de Coupat. La menace elle est du côté de ceux qui nous gouvernent, et paradoxalement je les trouve moins fascisants que soviétiques. Nous sommes gouvernés par une droite libérale sur le plan économique, et soviétique sur le plan sociétal par l'art du mensonge et cette façon de faire avaliser des réformes qui sont toutes des régressions parce qu'elles divisent au lieu de réunir. La politique des vessies pour des lanternes. Même Bayrou dit la même chose.
Dernier point, dans l'interview de Coupat au monde, sa meilleure réponse à une question est la plus brève :
«Pourquoi Tarnac?» demande le journaliste.
«Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l'expliquer, je le crains.».
Hé bien, oui ! J'y suis allé à Tarnac. Dans les bois où Armand Gatti et le peintre Rebeyrolle se sont cachés pendant la Résistance, sur ce faut plateau de Miillevaches où l'Esprit qui souffle n'est pas celui de Barrès sur la colline de Sion (il me semble que bien des commentateurs de Slate, site par ailleurs plutôt de gauche bien propre, sont bizarrement de ce côté-là. Non, me trompai-je ?); bref, l'Esprit qui souffle là-haut est effectivement celui d'une antique et irréductible résistance. Il est même écrit sur la route, en grosse lettres blanches, entre Tarnac et Peyrelevade : « Plateau insoumis ». Cela dit tout, et cela permet de comprendre, même si on ne partage pas.
@ Thô,
Ayant relu l'article, j'ai bien du mal à trouver une "distance critique", à laquelle je m'attendais, de la part du journaliste et l'ironie, même s'il y en a qu'un "brin" me paraît difficilement perceptible, ce qui est ennuyeux pour un texte qu'on est sensé lire assez vite.
En ce qui concerne ma question à laquelle personne n'a encore répondu, je sais bien que ce n'est pas Slate qui a le premier divulgué le nom du suspect, ce sont d'autres journalistes et des personnes proches de l'enquête,bien sûr. Mais qu'est-ce qui oblige les journalistes en général, et ceux de Slate, en particulier, à répercuter cette donnée contre-productive et inutile? Que je sache, les journalistes sont sélectifs dans la diffusion leurs informations et pourraient très facilement nous faire grâce de ce qui n'est pas important, si ce n'est néfaste.
Quant à trouver en France le gouvernement "soviétique", je crois que vous vous laissez emporté sinon je vous rappellerai les dizaines de millions de morts, les goulags et la terreur par l'élimination systématique de tout contre-pouvoir dans ce régime réellement totalitaire dont les russes ont d'ailleurs bien du mal à sortir!
Bonjour
cette question est vieille comme la presse. Faut-il ou pas divulguer un nom? Toujours difficile à appréhender et la réponse est toujours réglée au cas par cas. Faut-il taire le nom des hommes politiques et des chefs d'entreprise quand ils sont mis en examen pour corruption ou ABS? Faut-il donner le nom d'un condamné dans une affaire de moeurs quand sa famille est la victime et donc reconnaissable? Je ne pense pas qu'on puisse trouver une règle de base et immuable à tous les cas. Dans celui de cet homme présumé coupable / innocent d'avoir tenté de saboter des voies de chemin de fer, aurions-nous dû l'appeler ainsi "l'homme présumé coupable / innocent d'avoir tenté de saboter des voies de chemin de fer"pour parler de cette affaire afin que les lecteurs le reconnaissent? Avouez que nous aurions touché l'absurde...
Cordialement
Conclusion: Pas de réponse, la presse peut faire ce qui lui semble bon.
Je vous ferai remarquer que tout justiciable est présumé innocent avant d'avoir été jugé. Le fait de divulguer son nom n'est jamais innocent, que ce soit une personne connue ou non, innocente ou non, ne change rien au problème. Vous savez bien que, une fois son nom diffusé, un individu en est sali à vie et que la place occupée dans la presse pour reconnaitre son innocence est infiniment moins étendue que celle qui présume sa culpabilité. Finalement, la déontologie de la presse se place au-dessus des lois.
NB: Une périphrase peut être courte: "le saboteur présumé" suffit par exemple et n'est guère plus long qu'un nom et un prénom!
Tout ce battage médiatique semble avoir eu comme seule fonction d'attirer le regard de tous sur un livre dont la publication serait passée inaperçue, fournissant ainsi une idéologie délirante et un chef martyr à une jeunesse déboussolée et dérouté, c'est à dire une direction d'action très chère de tous temps aux fractions les plus réactionnaires de la bourgeoisie gestionnaire du capital en temps de crise, la Cagoule aime les manifestations émeutières suivies de répression aveugle, et lorsqu'il n'y a pas assez d'émeutiers, elle sait en susciter, tout ceci n'a plus grand chose à voir avec un mouvement Autonome d'émancipation des classes laborieuses.
Les collectifs Autonomes sont une réalité intrinsèque de la vie politique et de la critique en actes quotidiens de la société actuelle, ils se refusent à se placer sous la coupe de quiconque, fussent des intellectuels formés aux plus hautes études, et ne sont pas sous la coupe d'organisations clandestines ou de Comités Invisibles, c'est au travers de la transformation quotidienne de leurs rapports à la société et au mondialisme que leurs luttes continuent et continueront de s'exprimer.
Ni Jean-Marc, ni Julien, Libérez tous les prisonniers
Autonomie un jour, Autonomie toujours
http://www.mouvementautonome.com/
Cela existe encore ou bien est-ce une plaisanterie?
Cordialement,