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Combien de candidats FN seront au second tour? [CARTES]

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 08.06.2012 à 16 h 22

Le 22 avril, Marine Le Pen dépassait 12,5% des inscrits dans 353 circonscriptions, mais l'érosion du score de son parti et la chute de la participation vont diviser le total des qualifiés: par deux au moins, et jusqu'à vingt.

Un meeting du FN, le 1er juin à Paris. REUTERS/Julien Muguet

Un meeting du FN, le 1er juin à Paris. REUTERS/Julien Muguet

Comme en 1997, le FN aura-t-il, le 17 juin, un nombre à deux chiffres de candidats au second tour? Les résultats du 22 avril lui en donnent normalement l’espoir: Marine Le Pen a dépassé les 12,5% des inscrits, barre qui permet théoriquement de se maintenir même en arrivant en troisième ou quatrième position, dans 353 circonscriptions sur 577.

Mais les scrutins précédents incitent à appliquer un fort rabais à ce chiffre. En 1988, le score de Jean-Marie Le Pen à la présodentielle dépassait les 12,5% des inscrits dans 195 circonscriptions mais lors des législatives, le FN ne s’était qualifié (en duel ou en triangulaire) que dans 13 d'entre elles. En 2002, le chiffre est passé en six semaines de 237 circonscriptions à 37. Et en 2007, Le Pen se situait au-dessus du seuil dans 77 circonscriptions mais seule sa fille, à Hénin-Beaumont, avait réussi à se qualifier pour le second tour.

Les records du FN à ce jour restent donc ceux des législatives «sèches» de 1993 et 1997, avec 98 et 131 qualifiés. Ces années-là, il avait réalisé ses meilleurs scores aux législatives (12,4% et 14,9%) et la participation avait nettement dépassé les 60%. Le parti est en effet traditionnellement victime de deux facteurs quand des législatives suivent la présidentielle.

  • La baisse de la participation. Celle-ci est souvent très forte: moins 16 points en 1988, moins 7 points en 2002 (mais la participation avait été très faible au premier tour de la présidentielle —par rapport au second, où elle était remontée, la baisse était de 15 points), moins 23 points en 2007. Par rapport aux chiffres de cette année, cela donnerait une fourchette de 56% à 64% de participation. Les instituts de sondages (Ipsos, LH2, OpinionWay) qui ont testé la participation ces derniers jours arrivent à des chiffres de 57% à 62%.

  • La baisse de son propre score. En 1988, 2002 et 2007, le FN a perdu entre 5 et 6 points aux législatives par rapport à son score de la présidentielle, ce qui signifierait cette année un niveau de 12 à 13%. Les instituts de sondages le donnent néanmoins plus haut, dans une fourchette de 14% à 16%.

A partir de ces chiffres, nous avons testé trois projections pour le FN à partir du score de Marine Le Pen à la présidentielle.

Trois scénarios

1. Le scénario «pessimiste» pour le FN: une quinzaine de qualifiés

Participation (56%) et FN (12%) bas par rapport à la présidentielle. Dans cette hypothèse, le score du FN et l’écart avec le PS et l'UMP le 22 avril continuent théoriquement de le placer dans une position favorable pour se qualifier dans une quinzaine de circonscriptions: Carpentras-sud et Orange (Vaucluse), Saint-Dizier (Haute-Marne), Wissembourg et Haguenau (Bas-Rhin), Saint-Gilles (Gard), Vitrolles-Marignane (Bouches-du-Rhône), Lens, Hénin-Beaumont et Liévin (Pas-de-Calais), Sarrebourg, Forbach et Saint-Avold (Moselle) ou Beauvais-Sud (Oise).

Les circonscriptions (hors Outre-mer et Corse) où le FN dépasserait les 12,5% des inscrits en recalculant ses résultats à la présidentielle sur la base d'un score de 12% et d'une participation de 56%. Carte réalisée avec l'outil Vizlab du CDSP.

2. Le scénario médian

Participation à 60%, FN à 14%. Dans cette hypothèse, le FN serait présent au second tour dans environ 70 circonscriptions, moins bien qu’en 1997 mais mieux que lors des deux élections précédentes.

Les circonscriptions (hors Outre-mer et Corse) où le FN dépasserait les 12,5% des inscrits en recalculant ses résultats à la présidentielle sur la base d'un score de 14% et d'une participation de 60%. Carte réalisée avec l'outil Vizlab du CDSP.

3. Le scénario «optimiste» pour le FN

Participation à 64%, FN à 16%. Dans cette hypothèse, le FN peut théoriquement espérer se maintenir dans 180 circonscriptions, ce qui constituerait un record absolu.

Les circonscriptions (hors Outre-mer et Corse) où le FN dépasserait les 12,5% des inscrits en recalculant ses résultats à la présidentielle sur la base d'un score de 16% et d'une participation de 64%. Carte réalisée avec l'outil Vizlab du CDSP.

Ces scénarios uniformes doivent bien sûr être pondérés par l’enracinement local de chaque candidat, sur lequel on peut faire deux constats. Les candidats du FN qui arrivent à faire mieux dans leur circonscription que le candidat à la présidentielle se comptent sur les doigts des deux mains: citons Jean-Marie Le Pen en 1988 à Marseille, Jacques Bompard en 2002 à Orange ou Marine Le Pen en 2007 à Hénin-Beaumont.

Et les chutes sont parfois spectaculaires entre la présidentielle et les législatives dans les circonscriptions où le FN est fort. En 2002, il s’était par exemple effondré en Alsace et en Lorraine entre les deux élections: dans trois circonscriptions de Moselle, il avait baissé de plus de dix points, passant de 26% à 30% en avril à 12% à 17% en juin.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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