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Le PS et la diversité, une histoire d'occasions ratées

Antoine Menusier, mis à jour le 10.06.2012 à 20 h 18

Pour que le parti finisse par présenter 27 candidats de la diversité et des quartiers aux législatives, il aura fallu près de 30 années de luttes.

Le 6 mai devant le siège du PS à Paris. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Le 6 mai devant le siège du PS à Paris. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Pour ces élections législatives, le PS présentait 27 candidats de la diversité contre 18 en 2007 –seule George Pau-Langevin, députée sortante qui brigue un nouveau mandat, avait été élue. Sur les 27, une dizaine avait des chances de gagner. Parmi eux, Seybah Dagoma à Paris et Malek Boutih dans l’Essonne, assure Christophe Borgel, secrétaire nationale du parti aux élections.

La diversité fera donc, en petit nombre encore, son entrée à l’Assemblée nationale. Elle cherchera vite, du moins peut-on le supposer, à se fondre dans la masse, à apparaître le plus «normal» possible. Ce qu’elle est. Ce mouvement d’ouverture aux banlieues et à des individus porteurs d’histoires et d’origines témoins de l’histoire de France, devrait se poursuivre après les législatives lors de la composition des cabinets ministériels.

Il faut dire qu'avec la diversité, le Parti socialiste s’est longtemps levé du pied gauche. Et cela remonte à loin, quand le mot, apparu au début des années 2000, n’existait pas encore. L’égalitarisme, l’internationalisme, l’unité de la classe ouvrière, autrement dit ses valeurs, son programme, du moins en théorie, lui interdisent de considérer de trop près ce qui saute pourtant aux yeux dès l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981: la fracture ethnique. Le successeur de Valéry Giscard d’Estaing est saisi à froid par des émeutes dans la cité des Minguettes, à Vénissieux, dans la banlieue de Lyon.

Deux ans plus tard, un monôme d’origine maghrébine, fils et filles d’ouvriers, désormais appelés à vivre en France, bat le pavé et remonte la France du sud au nord, réclamant les mêmes droits que tout à chacun des Français. Le cœur de la revendication est en soi plus existentiel que politique, en ce qu’il renvoie à une étape précédant l’action citoyenne proprement dite: la formation d’individus dans un ensemble qui les reconnaîtra comme tels.

On en est là. Le racisme et son pendant, l’antiracisme, sont une aubaine pour la gauche qui n’a pas à se poser davantage de questions; et une prison mentale pour les «Beurs», euphémisme ethnique, digne d’une trouvaille de Séguéla.

L'«assoce», placard citoyen

Le problème, pour le PS, est donc sociétal –ce qu’il est en effet, mais pas seulement– et non politique – ce qu’il est pourtant aussi. SOS Racisme est né, rejoint une vingtaine d’années plus tard par Ni Putes Ni Soumises. Associatif tu es, associatif tu resteras. L’«assoce»: la grande affaire des «d’origine», le placard citoyen où Solférino enferme le «9-3» et ses petits frères de banlieue.

C’est pratique pour tout le monde: les huiles du PS tiennent à distance les Beurs des banlieues, lesquels s’organisent en réseaux d’aides en tout genre, dans des territoires qui deviendront en quelque sorte les leurs. L’universalisme se désintègre dans le particularisme, la mixité dans l’unique, le collectif dans le ségrégationnisme. La situation est gelée.

Le dégel se produit en 2005, avec les émeutes commencées à Clichy-sous-Bois. Politiquement, rien ou presque n’a évolué, favorablement s’entend, depuis 1981. La belle euphorie black-blanc-beur de la Coupe du monde 1998 a été un leurre. Non seulement la question de l’«immigration» n’est pas réglée, mais voilà qu’elle se complique de revendications religieuses –en vrai, elles apparaissent dès la fin des années 1980 avec l’affaire dite du voile de Creil, qui aboutira en 2004 à l’adoption de la loi interdisant le port de signes religieux ostensibles à l’école. Le voile, légalement encadré, surgit la problématique du halal.

Entre-temps, une «génération» de Français arabes, auxquels se sont joints des noirs non moins français, de parents africains, a fait ses armes en marge des QG des partis, et singulièrement du QG socialiste. Elle a étudié, créé des entreprises, milité dans les fameuses associations, bref, elle s’est élevée socialement, ne se contente plus de servir le thé à la mi-temps des matchs, exige qu’on lui ouvre la porte des états-majors.

Les «divers» font leur marché

La diversité, en tant qu’émergence d’un phénomène ethnique ne disant pas son nom, surprend le PS. Où survivent de vieux contentieux, réels ou imaginaires, en tout cas présentés comme tels par les «historiques» de l’immigration algérienne, descendants des «réseaux FLN» et tous socialistes. Ils rappellent le Mitterrand ministre de la Justice qui ne s’oppose pas au vote des pouvoirs spéciaux à l’armée durant la guerre d’Algérie, qui ne lève pas le petit doigt pour éviter la mort aux «résistants» algériens frappés de cette peine.

Evidence sociologique, sociale et économique, l’alliage PS-diversité n’en est pas une historiquement. Pas encore. Les «divers», qui se moquent bien d’être qualifiés d’opportunistes, font donc leur marché. Certains trouvent bon accueil à l’UMP. C’est le cas d’Abderrahmane Dahmane, ex-militant socialiste, qui devient le «Monsieur minorités visibles» du parti avant que Nicolas Sarkozy ne l’appelle comme conseiller sur les questions de banlieues –son «ami Nicolas» le vire en mars 2011 quand éclatent de vives polémiques relatives à la tenue d’un débat sur l’islam.

Avant son accession à l’Elysée en 2007, Nicolas Sarkozy a une approche «décomplexée» des thèmes religieux et identitaires. Il attire à lui, avec un certain succès, les «communautés». Ministre de l’Intérieur, il se rend en 2003 au Congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), où il reçoit toutefois des sifflets lorsqu’il défend l’interdiction du port du foulard sur les photos d’identité. Qu’importent les quolibets, le créateur du Conseil français du culte musulman (CFCM) estime qu’il y a un bon coup à jouer en récoltant les faveurs d’une partie du «vote communautaire».

Dix députés possibles

En nommant Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara au gouvernement en 2007, il ringardise le Parti socialiste, qui apparaît «limite raciste» pour n’avoir pas su faire de place à ce qu’on appelle désormais haut et fort la diversité. Jeu d’apparences, car l’édifice Sarkozy connaîtra le sort réservé aux châteaux de cartes. Il n’empêche, le PS se doit d’accorder les places qui leur reviennent aux représentants de cet électorat qui, bien que de banlieue, ou parce que de banlieue, lui est comme naturellement rattaché.

Le think tank Terra Nova, un groupe de réflexion socialiste acquis aux bienfaits de la diversité, donne le «la»: la reconquête de l’Elysée passe par l’adjonction de cette population nombreuse à la pensée et à l’action du parti. Et tant pis s’il y perd définitivement les voix des électeurs de condition modeste du Front national.

Un choix s’imposait, il a été fait –habile, François Hollande n’a, durant la campagne présidentielle, rien lâché sur la laïcité, et lorsqu’il tendait la main aux habitants des quartiers populaires, il la tendait aussi aux exclus des zones rurales.

Traduction de cette prise en compte du réel: le gouvernement Ayrault compte quatre membres issus de l’immigration et trois de l’outre-mer, suite logique, en plus étoffée, de la «jurisprudence Sarkozy». Mais en la matière, c’est au second tour des législatives, le 17 juin, qu’on mesurera les intentions véritables de la nouvelle équipe au pouvoir.

Antoine Menusier

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