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Comparer les prix, mission impossible

Bruno Askenazi, mis à jour le 01.10.2013 à 11 h 46

Désormais, les industriels peuvent fixe librement le format des emballages leurs produits. Le pouvoir d'achat va souffrir.

Avant, tout était simple: le lait se vendait principalement en bouteille de 1 litre, le camembert en boîte de 250 g, la sucre par kilo … C’est ce qu’on appelait «les quantités nominales» que devaient obligatoirement respecter les industriels. Un système désormais aboli.

Depuis le 11 avril, en application d’une directive européenne, les formats de la plupart des produits sont « libres ». A présent, rien n’empêche les marques de vous vendre du riz en paquet de 438 g (et non plus de 500g) ou de l’eau minérale en bouteille de 93 cl (et non plus de 1 litre)… Une liberté totale pour une centaine de produits: de l’alimentaire courant mais aussi de l’hygiène beauté (cosmétique, dentifrice, mousse à raser …) ou de l’entretien (lessives, colles, peinture…).

Y échappent les vins et spiritueux pour lesquels les formats obligatoires subsistent. Traitement spécial également pour les pâtes sèches dont les quantités ne seront libéralisées qu’à partir de l’automne 2012. A cette date, tous les articles de grande consommation, en gros tout ce que vous achetez au supermarché du coin, pourront en théorie adopter n’importe quel conditionnement.

Mais quelle mouche a donc piqué Bruxelles? Officiellement, la Commission européenne a pensé à l’intérêt du consommateur: qu’il puisse bénéficier d’un choix de formats de produits plus large et de prix réduits sur un grand nombre de références. Pas vraiment convaincant. Car ce qui pend en réalité au nez des clients, c’est d’être perdu devant une jungle de nouveaux formats. Si les industriels se mettent à lancer chacun des grammages différents, comparer les prix des produits va devenir un vrai casse-tête.

Certes, l’indication du prix au kilo ou au litre reste obligatoire dans les magasins. De même, les mentions de poids devront rester bien visibles sur les emballages pour éviter les effets « trompe l’œil » (Par exemple 480g de riz dans un emballage paraissant 500g). L’ennui, c’est que le prix au kilo ou litre n’est pas toujours bien lisible dans les rayons. Par ailleurs, vérifier pour chaque achat cette indication va devenir vite lassant pour le consommateur. Bref, la libéralisation des formats risque de brouiller l’information sur les prix, s’alarment les associations de consommateurs comme la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie). Déjà, avec l’avalanche des promotions en tout genre (lots, bons de réduction, carte de fidélité…), les repères avaient tendance à s’effacer. La profusion des quantités risque d’ajouter à la confusion.

Les industriels oseront-ils franchir le pas? Pas sur qu’ils prennent le risque d’être accusé de profiter de la situation sur le dos de Français qui peinent à boucler leur budget. Pourtant, de nombreux projets seraient dans les cartons, prêts à envahir les magasins progressivement. Il faut dire que rétrécir les conditionnements est très tentant.

Deux stratégies sont possibles pour les fabricants. Soit diminuer le prix proportionnellement à la quantité et donner l’impression au consommateur qu’il fait des économies. C’est moins cher mais on achète moins de produit. Soit ne pas toucher au prix à l’unité et donc en profiter pour accroître les marges. Vous payez aussi cher pour une quantité moindre. C’est ce dernier scénario que craint le plus la CLCV. Ce genre de combine a déjà été dénoncé l’an passé lorsque certaines marques avaient réduit en catimini leur emballage pour compenser la flambée des matières premières.

Derrière la libéralisation des formats se profile une nouvelle menace sur le pouvoir d’achat. N’en déplaise à Bruxelles, les ménages n’en tireront aucun bénéfice. Les industriels de la grande consommation, eux, ont tout à y gagner. Selon la CLCV, les marques n’attendent qu’une chose : que ces changements d’emballage passent inaperçus. Effectivement, pour le consommateur moyen, difficile de s’apercevoir que son paquet de biscuit préféré ne pèse plus que 300g au lieu des 330g habituels.

Bruno Askenazi

crédit: Reuters/Danny Moloshok, supermarché en Californie, mai 2009

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