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Ce que Hollande ne nous a pas encore dit

Gérard Horny, mis à jour le 08.06.2012 à 11 h 47

Sur beaucoup de sujets, le candidat Hollande a été d’une grande prudence. Le président élu et son gouvernement communiquent avec parcimonie. Pourtant, toutes les décisions qui devront être prises dans les prochains mois ne seront pas agréables.

François Hollande, le 7 juin 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande, le 7 juin 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

C'est l'argument de l’actuelle majorité à l’Assemblée nationale promise à un séjour dans l’opposition: une fois passées la phase des cadeaux (hausse de l’allocation de rentrée scolaire, retraite à 60 ans pour certains,  encadrement des loyers, etc.) et les élections législatives, les Français vont découvrir vraiment ce qui les attend, à commencer par une hausse des impôts qualifiée de «massive» par Jean-François Copé. Ce dernier n’a peut-être pas tout à fait tort et c’est un grand classique: avant des législatives, le pouvoir en place évite soigneusement les sujets qui fâchent. L’UMP est bien placée pour le savoir…

Des défis nombreux et lourds

Cela dit, François Hollande s’est toujours bien gardé de peindre l’avenir en rose. Dans son premier discours de président élu, à Tulle, le 6 mai, il a été on ne peut plus explicite:

«Le premier devoir du président de la République, c’est de rassembler et d’associer chaque citoyen à l’action commune pour relever les défis qui nous attendent, et ils sont nombreux, et ils sont lourds: le redressement, d’abord,  de notre production pour sortir notre pays de la crise, la réduction de nos déficits pour maîtriser la dette, la préservation de notre modèle social (…).»

Evidemment, au bout de tout cela, il laisse entrevoir une «nouvelle espérance», mais chacun doit avoir compris que les lendemains qui chantent sont plutôt pour le surlendemain.

En fait, l’effort à fournir risque d’être encore plus lourd que le président ne l’a laissé entendre. Même en supposant que les Européens arrivent à s’entendre assez vite sur les questions urgentes du moment, le sauvetage de la Grèce et des banques espagnoles, et que la crise européenne sorte de sa phase aiguë actuelle, les prochaines années seront difficiles.

Nos concitoyens, qui se plaignent de la modestie de la hausse de leur pouvoir d’achat, ne paraissent pas s’en rendre compte, mais en toute logique économique, compte tenu de l’ampleur de la récession de 2008-2009 et de la difficulté du pays à retrouver durablement le chemin de la croissance, c’est bien à une baisse de leur pouvoir d’achat qu’ils auraient dû être confrontés. Globalement, cela a été évité (les moyennes cachant des situations individuelles très contrastées), mais à un prix élevé: le creusement de tous les déficits, du budget de l’Etat, des régimes sociaux, du commerce extérieur.

Le mistigri de la dette

Certes, la France n’est pas un cas isolé, mais cela ne rend pas sa situation plus facile, au contraire: l’environnement international n’est pas favorable et les améliorations à attendre seront lentes. Christophe Donnay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche économique de la banque privée suisse Pictet, résume ainsi le déroulement des événements:

Pour qu’il y ait de la croissance, il faut qu’il y ait du crédit. Dans les années 1990, au moment de l’essor des nouvelles technologies de l’information, ce sont les entreprises des pays développés qui se sont endettées pour investir. Puis est arrivé le krach boursier du début des années 2000; les entreprises ont alors commencé à se désendetter et ce sont les ménages qui ont pris le relais, grâce notamment à un crédit immobilier bon marché. Avec la crise de 2008, le mistigri de la dette a été passé aux Etats, qui sont à leur tour pris à la gorge. Qui peut s’endetter aujourd’hui pour faire de la croissance? Les entreprises, dont la situation est maintenant assainie dans la plupart des grands pays. Mais elles ne sont pas disposées à le faire, car elles ne voient pas de raisons d’accroître fortement leurs investissements. Autrement dit, ça coince. Comme le souligne Christophe Donnay, on est dans la situation de la «grande divergence», entre d’une part une dette publique toujours en hausse et une croissance qui fléchit.

Quelques chiffres méritent d’être rappelés. Si l’on ajoute l’endettement des Etats, des collectivités locales et des régimes sociaux à celui du secteur privé (ménages, secteur financier et entreprises non financières), on arrive à des totaux extraordinairement élevés: de 663% du PIB en Irlande à 278% pour l’Allemagne, en passant par les 572% du Japon, les 507% du Royaume-Uni, les 363% de l’Espagne, les 340% des Etats-Unis et les 314% de l’Italie. La France n’est pas la plus mal lotie, avec une dette totale de 346% de son PIB, mais elle a d’autres problèmes.

L’économie française mal en point

Sur ce point, la plupart des économistes sont d’accord. Hélène Baudchon, économiste à BNP Paribas, dresse un tableau sans complaisance:

«L’économie française est mal en point à bien des égards. Le taux de chômage y atteint 10%, Elle cumule un déficit budgétaire et un déficit tous deux élevés (5,2% du PIB pour le premier en 2011 et 3,5% pour le second). La dette publique frôle les 90% du PIB. Les entreprises sont handicapées par la faiblesse de leur taux de marge, un symptôme parmi d’autres de leur perte de compétitivité.»

Constat identique à COE-Rexecode, dont les économistes remarquent que «la France est désormais le pays de la zone euro dont la part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans le PIB est la plus faible (9,3% en 2010)». Même la Grèce fait mieux (9,6%)!

Un des points les plus inquiétants est celui de la faiblesse du taux de marge des entreprises, tombé à un niveau «historiquement faible», comme le constate l’Insee, notamment en raison de l’augmentation des coûts salariaux réels, à la fois à cause du poids des cotisations sociales à la charge des employeurs et de la hausse du salaire réel par tête. Alors, il ne faut pas se leurrer: si la France veut retrouver le chemin de la croissance, il faudra bien que ses entreprises améliorent leur situation financière et soient  en mesure de relever leur taux d’autofinancement, lui aussi à un niveau très faible.

On ne va pas s’amuser!

On comprend mieux dès lors la prudence du gouvernement dès lors qu’il s’agit d’évoquer l’ampleur du coup de pouce qui sera donné au smic. Comme le dit Jean-Luc Mélenchon, quand on est un président de gauche, on augmente le smic. Oui, mais si c’est pour mettre des entreprises en difficulté et augmenter le chômage, la belle affaire!

En tout état de cause, ce coup de pouce devrait être modéré et ce sera le dernier. Il faut être lucide: quel que puisse être un accord européen sur des mesures destinées à soutenir la croissance, quelle que soit la volonté affichée par certains ministres de combattre l’austérité, les prochaines années ne pourront être des années de vache grasse. Prélèvements obligatoires en hausse, surtout sur les particuliers, hausse modeste des rémunérations, contrôle strict des dépenses budgétaires et sociales, on ne va pas s’amuser!

Les plus réalistes de nos nouveaux dirigeants, dont François Hollande, en sont conscients. Après avoir montré avant les législatives qu’ils tenaient leurs promesses les plus agréables, il leur faudra ensuite prendre des mesures plus difficiles et le dialogue social deviendra alors plus tendu. Ce serait une erreur de considérer comme de simples gadgets les baisses de salaires du chef de l’Etat et de ses ministres ou la frugalité affichée du train de vie présidentiel. Ce sont des signes annonciateurs de ce qui nous attend. Les mesures de rigueur sont plus facilement acceptées si on les applique à tout le monde, à commencer par soi-même…

La France, dit-on, est rétive aux réformes. Elle l’est effectivement si elle constate que ce sont toujours les mêmes qui en paient le prix. Si l’effort est partagé et s’il est annoncé que ses fruits seront équitablement répartis ensuite, il est possible que les réformes passent mieux. C’est en tout cas le pari que s’apprête à faire la nouvelle équipe. De toute façon, elle n’a guère d’autre choix.

François Hollande va avoir beaucoup de choses à nous dire après le 17 juin!

Gérard Horny

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Journaliste
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