Culture

Opposant

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Le mot de la semaine

Avec le retour des soi-disant beaux jours, les compétitions battent à nouveau leur plein dans l'Hexagone. On se souvient que les thuriféraires du Culte de la Personnalité qualifiaient Staline, entre autres, de «meilleur ami des enfants». Au sein du Microcosme, chacun joue des coudes pour se voir décerner par les sondages, les médias et l'opinion le titre, très convoité, de «meilleur opposant à Nicolas Sarkozy». On perçoit à l'œil nu la théorie qui sous-tend la chose: en 2012, le meilleur opposant affrontera au second tour l'actuel locataire de l'Élysée aussi sûrement que l'aube met fin à la nuit — et si les Français persistent à lui attribuer un coefficient de popularité qui soutient la comparaison avec l'indice de la Bourse, le susdit locataire, qui en a vu d'autres pourtant, n'aura plus qu'à regagner son cabinet d'avocat.

Jusqu'à présent, le tournoi était demeuré dans le non-dit et l'implicite. Il ne s'agissait, à toutes fins utiles, pour les uns comme les autres, que de mettre en valeur leur stature nationale et internationale, d'étaler leur plumage et de souligner le brio de leur ramage. Sans oublier, à chaque instant, d'entonner l'un des grands airs du répertoire: au choix l'aria de la calomnie, la romance de la médisance et la cavatine de la censure. Paul Verlaine, à qui on va emprunter la manière des «Fêtes galantes» aurait moqué le carnaval des prétendantes et des prétendants à l'appellation contrôlée:

Au bal des faux-jetons,

Tontaine et tonton,

Bayrou cache sa haine,

Tonton et tontaine.

Et voilà Ségolène,

Tonton et tontaine,

Qui solde ses pardons,

Tontaine et tonton.

Manquent à cette ritournelle Dominique de Villepin (qui aurait si joliment rimé avec perlimpinpin), Olivier Besancenot, Martine Aubry, François Hollande (qui y pense toujours sans en parler jamais), Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon (vestale hargneuse de la mémoire conjointe de Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand), Jean-François Copé, Hervé Mariton, et, au PS comme ailleurs, UMP comprise, tant d'autres qu'on déplore de ne pouvoir lister. Parions, sans risque, que les oubliés de ce catalogue, parfois tombés dans les poubelles de l'Histoire, tel un Jean-Marie Le Pen, quelquefois à la ramasse - on songe à la malheureuse Marie-George Buffet -, ne pardonneront pas à l'auteur de ne pas y figurer.

Depuis des mois, les sondeurs, jamais en retard d'une lapalissade, sondaient l'électeur avec gravité et décernaient, par avance, leurs prix: «Et le meilleur opposant est…» Mais nulle personnalité de la politique n'était ouvertement entrée dans la lice. François Bayrou, dans le souci que le corps électoral prenne en considération ses bras musclés à la Popeye, a donné le signal du départ de ce critérium. «Je suis l'opposant le plus vigoureux à Nicolas Sarkozy» a-t-il déclaré.

Vigoureux? Diable! Ne serait-ce pas là l'expression de son machisme? Que restera-t-il à ces dames, même à Marielle de Sarnez?

Il faut, d'urgence, prendre date. «Je suis, assurera Ségolène Royal, l'opposante la plus classe… voyez mes batiks… à Nicolas Sarkozy». Martine Aubry glissera: «Je suis l'opposante la plus socialiste». Les hommes pourront alors faire l'article. François Hollande se présentera en «opposant le plus permanent (de la rue de Solferino)», Benoît Hamon en «opposant le plus jeune» voire «le plus sexy», et Hervé Mariton en «opposant le plus villepiniste». Jean-François Copé, qui sait son monde, s'affirmera «l'opposant le plus sarkozyste»… si, si…. et au NPA, on verra en Olivier Besancenot «l'opposant le plus à gauche».

La Cinquième, «éternelle et changeante» comme l'écrivait Gérard de Nerval dans sa traduction du «Faust» de Goethe, évolue dans la fidélité à son fondateur. Le Général de Gaulle redoutait pour sa succession le trop-plein plus que le vide. Nous n'avons pas à craindre une pénurie d'opposants au président de la République. Il y a pléthore! C'est l'Opposition qui fait défaut ces jours-ci.

Marc Menonville

crédit: Reuters, Benoit Tessier; Martine Aubry lors d'une conférence de presse en novembre 2006.

Photo: Ségolène Royal et Martine Aubry  Reuters

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Marc Ménonville

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