Ouvrir l'école au vin? Une proposition sérieuse
Vincent Peillon va-t-il réactualiser la circulaire de son prédécesseur Marius Roustan qui incitait à enseigner le vin pour mieux lutter contre l’alcoolisme? C’était en 1931, bien avant le binge drinking.
- REUTERS/Tony Gentile -
Le vin contre l’alcoolisme, l’apprentissage pour terrasser les démons, le bien contre le mal. Aux prises avec le serpent de mer des rythmes scolaires Vincent Peillon n’est sans doute pas préparé à la supplique viticole et politique qui va lui être adressée. Les trois coups ont été tapés samedi 2 juin grâce à l’université François-Rabelais de Tours dans le cadre du lancement d’une opération commando: faire inscrire au plus vite les vins des terroirs français au patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco. Soit transformer l’essai marqué il y a deux ans avec l’inscription au même patrimoine du repas gastronomique des français. Les verres après les assiettes.
Question d’école: comment obtenir la reconnaissance planétaire du concept de terroir viticole si la France ignore –quand elle ne les méprise pas– les vins qui en sont issus?
Question subsidiaire: comment faire pour redonner aux Français le goût et le plaisir du vin sans être aussitôt accuser de faire le lit de l’alcoolisme et des alcooliers?
Face à ce défi considérable, la résistance s’organise. Un colloque était ainsi récemment organisé sous l’égide de la Société de géographie et de l’Académie du vin de France sur le thème «Pourquoi aimer le vin?».
Fil conducteur: l’éducation de préférence à la prohibition. La modération certes, mais avant tout la distinction entre les vins (français) et toutes les boissons alcooliques qui n’ont pas un terroir pour berceau. Les actes de ce colloque seront publiés par CNRS Editions (avec des textes du cancérologue David Khayat, d’Erik Orsenna, de Bernard Pivot, du rabbin Khorsia, du père Alain de La Morandais… ). Grand ordonnateur du mouvement: Jean-Robert Pitte, 62 ans ancien président (2003-2008) de l'Université Paris-Sorbonne (Paris IV).
Le retour d'un texte de 1931
Jean-Robert Pitte est géographe de formation, spécialiste des paysages; ce qui l’autorise amplement à parler des terroirs viticoles. Et il ne cache nullement la passion qu’il nourrit pour toutes les dimensions, culturelles, gustatives et économiques du monde du vin. Il ne fait mystère non plus de ses convictions politiques de droite et du soutien qu’il apporta à Nicolas Sarkozy. Ce qui ne lui a pas interdit d’être invité à donner sa conférence par Jean Germain, sénateur socialiste et maire de Tours. Jean-Robert Pitte reconnaît d’ailleurs bien volontiers ce qu’il peut devoir, dans son combat, à des personnalités du bord opposé au sien. A commencer par Marius Roustan (1870-1942), homme adoré des fonctionnaires dont le nom est resté à la loi du 30 décembre 1920 qui favorise le rapprochement des serviteurs (mariés) de l’Etat français. Marius Roustan fut aussi ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts (de janvier 1931 à juin 1932) dans différents gouvernements Pierre Laval et André Tardieu.
C’est à ce lointain prédécesseur de Vincent Peillon que Jean-Robert Pitte fait aujourd’hui appel en reprenant des extraits d’une circulaire datée du 3 août 1931, soit au lendemain de la création du Comité national de propagande en faveur du vin et à la veille de la loi créant les Appellations d’origine contrôlées (AOC). Marius Roustan, par ailleurs sénateur de l’Hérault, adressait ce texte à tous les recteurs afin qu’ils le diffusent à tous les instituteurs et professeurs de France.
«Le vin, produit de la vigne, fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé en France. […] La propagande en faveur du vin […] est non seulement organisée, mais encouragée par le gouvernement. […] Les vins de France […] sont, à la fois, une des sources de richesses les plus admirables de notre terre généreuse, mais aussi une de nos gloires les plus incontestées. Il y aurait donc quelque chose de contradictoire, d’inadmissible dans le fait que ceux qui ont la charge de l’éducation nationale, ou bien s’opposeraient à cette action concertée en vue de l’intérêt général, ou bien resteraient indifférents aux appels qui leur seraient adressés pour y concourir. Je trouverais pour ma part fâcheux que l’on condamnât comme livre de dictées et de lectures le recueil de morceaux choisis fort intéressants publié sous le titre Le Vin. Contre l’alcoolisme destructeur vos efforts ne seront jamais assez énergiques: la défense du vin fait partie de cette lutte indispensable.»
L’ancien président de la Sorbonne rêve que son nouveau ministre de l’Education nationale signe et diffuse cette circulaire. Il la trouvera aux Archives nationales, cotes F17 16007 ou F10 (agriculture), liasses 5383 et 5384; comité national de propagande en faveur du vin.
S’il hésitait devant les risques politiques d’une telle entreprise Vincent Peillon pourrait simplement activer l’examen, par le prochain Parlement, de la proposition de loi déposée le 4 avril 2011 par le sénateur, socialiste, de l’Aude Roland Courteau. Elle ne comporte qu’un court article destiné à orner le code rural:
«Le vin, produit de la vigne, fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé en France.»
Restera ensuite à concilier ce texte et celui de la loi Evin (du nom du ministre socialiste qui fut à son origine en 1991) dans sa partie lutte contre l’alcoolisme.
Le vin contre l'alcoolisme
La France ne ferait que suivre l’exemple donné par Cristina Kirchner, présidente de la République d’Argentine, qui a signé un décret le 24 novembre 2010 proclamant que le vin est la boisson nationale de son pays et que «la viniculture n’est pas seulement une activité économique, elle est aussi liée à l’identité et à la culture du peuple argentin».
Aurions-nous oublié Roland Barthes et ses Mythologies de 1957:
«Le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, au même titre que ses trois cent soixante espèces de fromages et sa culture. C’est une boisson totem […]. Croire au vin est un acte collectif contraignant […].»
Pour l’heure, Jean-Robert Pitte partage l’idée (développée selon lui par de nombreux médecins français) selon laquelle rien ne vaut mieux pour combattre l’alcoolisme, que d’encourager l’usage modéré du vin. Avec en toile de fond le postulat que «ceux qui font du vin leur boisson quotidienne échappent à l’invincible besoin de le remplacer par l’alcool». Il a observé que ses étudiants rompus aux travaux pratiques œnologiques ne sombraient pas dans ce nouveau rituel destructeur et contagieux qu’est le binge drinking. Il faut aller plus loin, dépasser l’université et faire entrer le vin, son histoire, sa culture, son apprentissage, dans l’enceinte scolaire. La question ne pouvait être posée lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy, allergique à toute boisson alcoolique. Emergera-t-elle avec François Hollande?
Jean-Yves Nau
Mis à jour le 10/06/2012 à 16h15















































Etant maintenant en âge d'avoir des neveux qui ont 18-20, à qui on a fait leurs éducation du vin selon le principe de l'apprentissage progressif, j'ai un léger doute sur la réelle portée d'une telle mesure même si je suis plutôt pour.
En effet avec l'âge, je me permet de constater nos comportement respectifs face à l'alcool au même âge.
Même si je n'étais pas un enfant de coeur le WE venu pour lever mon verre, il ressort de nos discussion que le binge drinking est une telle pression sociale du groupe que peu d'ados se permettent de défier la règle de se mettre minable et ce à une fréquence beaucoup plus importante qu'à mon époque.
Ils mon même fait découvrir de la musique de leurs âge que j'ai écouté sans juger (Orelsan quand on veut écouter ses textes est instructif), j'en conclus qu'il y a une certaine tendance nihiliste dopée par la mode exhibitionnisme des réseaux sociaux.
Je ne suis pas défaitiste mais considérant que mes neveux sont relativement raisonnable dans l'excès (ce qui est compréhensible à cet âge) mais je doute que les méthodes d'antan marche encore avec une génération qui n'ayant plus trop d'espoir en l'avenir préfère vivre à 5000% l'instant présent plutôt que de penser à l'avenir.
Le pire me semblant être dans la tendance à la poly consommation mêlant alcool aux drogues chimique qui sont beaucoup plus accessible qu'à mon époque, les premiers messages de notre nouveau ministre de l'intérieur sur un tout répressif ressemble étrangement similaire à la lutte des années 30 aux USA.
Opposer le vin à l'alcool est une blague. Ca veut dire que quand on boit une boisson alcoolisée bien de chez nous ça ne fait pas de nous des alcooliques?
Le vin c'est de l'alcool et il fait des ravages. Il y a quelques jours vous avez pondu un article pour nous avertir des dangers du Red Bull qui aurait fait une dizaine de morts en Europe et encore on n'est pas sûr. Pour le vin je pense qu'on a depuis longtemps passé les 10 morts. J'en connais au moins deux personnellement et ce n'était pas des jeunes adeptes de binge drinking. Plutôt des adeptes du petit blanc au bar toute la journée et du rouge à chaque repas. Et c'était du vin français...
Alors oui le vin fait partie de la culture mais ça ne lui donne pas tous les droits. Il y a 3 centimes de taxes sur une bouteille de vin, plus de 4 euros sur un paquet de cigarette. Il est interdit de fumer dans les lieux publics et la moitié du paquet de cigarette est dévolu au fameux "Fumer tue". Pour le cannabis c'est encore pire, c'est complètement interdit et peut être condamné pour simple consommation. Et à coté de ça, on lit encore des articles où le vin passe pour une boisson inoffensive que nous nous devons de consommer puisqu'il s'agit de notre culture. Le lobby des viticulteurs est vraiment puissant en France.
Quant au binge drinking il s'agit d'un comportement typique de jeunes adultes qui veulent tester leur limite. Ce n'est pas parce qu'ils sauront apprécier le bon vin qu'ils en sauront immunisés. L'exemple donné sur les étudiants d'oenologie est d'ailleurs risible car vous confondez cause et conséquence. Les étudiants en oenologie appréciaient le bon vin et avaient une pratique différente de l'alcool avant même de s'inscrire en oenologie.
«ceux qui font du vin leur boisson quotidienne échappent à l’invincible besoin de le remplacer par l’alcool» : on dirait que cette tournure de phrase est une antilogie ; que vous avez présentée, prudemment, entre guillemets et comme un postulat.
Puisqu'au PS ils sont fors pour les motions de synthèse, et pour faire plaisir au lobbying viticole sans pousser les alcoologues au suicide, ils diront "enseignons le vin dans les lycées agricoles".
N'étant pas accros à la télé mais profitant souvent des documentaires du cable avec un certains décalage (les enregistrements permettant d'éviter les pubs et regarder un programme quand on le veut) nous avons vu hier soir "Mondovino".
Outre la volonté de standardisation du gout orchestrée par des cabinets de conseil qui favorise nos "amis" de Napa Valley par des méthodes scientifiques, on y voit un représentant du ministère des finances y avoué avoir du mal à faire condamné certains de nos viticulteurs ne respectant pas les normes sanitaires.
les vertus sanitaires préventives du vin (avec modération) vont elles être réservées à ceux qui ont la démarche d'aller vers les petits producteurs et léser ceux qui achètent par les grand canaux de distribution.