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Shit alors, le PS est encore en retard!

Hugues Serraf, mis à jour le 06.06.2012 à 12 h 47

Le cannabis est à la gauche ce que le Pacs fut à la droite: la preuve d’un immense décalage avec la société française.

Cécile Duflot, ministre pragmatique - Reuters/Robert Pratta

Cécile Duflot, ministre pragmatique - Reuters/Robert Pratta

Cécile Duflot, qui ne courait déjà aucun risque dans la sixième circonscription de Paris où elle se présente sous l’étiquette EELV, vient encore de marquer quelques points avec son histoire de cannabis. Cœur du boboland parisien, le secteur Oberkampf-Ménilmontant-République est sans doute l’un des principaux lieux de consommation de THC sous toutes ses formes à l’intérieur du périphérique (même si les environs du canal Saint-Martin ne se défendent pas si mal non plus, merci).

C’est que la responsable écolo, si elle ne fait pas toujours preuve de réalisme lorsqu’elle cause immobilier, est nettement plus pragmatique à l’endroit de la fumette. En gros, elle propose que l’on en dépénalise l’usage afin de lutter contre la délinquance induite, d’améliorer les politiques de santé publique concernant les jeunes un peu trop enthousiastes et, surtout, de cesser de dire que 12 millions d’amateurs plus ou moins occasionnels sont «des marginaux».

Ça tombe tout le sens. Aucun acteur politique à peu près en phase avec la France du XXIe siècle n’est d’ailleurs en désaccord avec Duflot lorsqu’il s’exprime en privé (on espère pour Jean-François Copé qu’il a déjà eu l’occasion d’inhaler une ou deux fois dans sa vie parce qu’on sent que ça lui ferait du bien en ce moment), mais subsiste pourtant cette idée que ce sont «les Français» qui ne sont pas prêts!

C’est agaçant, frustrant même, et l’on a vraiment le sentiment que la gauche «raisonnable» est presque aussi en retard sur la société que la droite ne l’était avec le Pacs il y a treize ans. C’est d’autant plus curieux que le PS n’hésite pas à s’engager sur un droit de vote des étrangers ultra-clivant (et que personne ne réclame), mais fait son pharisien délicat sur un sujet mille fois plus consensuel…

Schizophrénie?

Assurément, Cécile Duflot n’est pas si seule dans la majorité à vouloir bousculer cette équipe  à la normalité épuisante: Daniel Vaillant avant elle, premier flic de France sous Lionel Jospin, avait déjà osé s’attaquer à ce tabou absurde. Mais c’est du côté des plus jeunes qu’elle manque cruellement de renforts. Les Filippetti ou les Belkacem, par exemple (ce sont des noms piqués au hasard. Sapin ou Le Drian, ça sonnait moins bien), qui ont bien dû assister à une fête où des pétards tournaient sans que personne ne meure d’une overdose ou ne dépèce un coloc sino-canadien au terme d’une crise de schizophrénie…

La schizophrénie, c’est précisément le mal qui semble affecter les réfractaires, non pas à la dépénalisation du cannabis, mais au débat même sur la dépénalisation du cannabis. Et qu’on ne vienne pas leur parler d’usage thérapeutique, de sidéens ou de sclérosés en plaques forcés de monter des plans impossibles pour se procurer de quoi se soulager… Cannabis, rien que le mot fait frémir.

Je ne sais pas si Duflot ira rejoindre Julien Dray au purgatoire trierweilerien pour avoir «osé» un truc aussi gonflé à quelque jours d’une échéance électorale (tiens, est-ce que ça fumait, à l’anniversaire de Juju?), mais elle vient certainement de gratter les pouillèmes de voix qui risquaient de se disperser sur le candidat du Parti pirate tentant sa chance en face d’elle. A Boboland, on sait se montrer reconnaissant à l’égard des gens qui font avancer le schmilblick.

Hugues Serraf

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