Sports

Roland-Garros et les Français: c'est une chanson triste

Yannick Cochennec, mis à jour le 06.06.2012 à 10 h 08

Vingt-neuf ans. Presque trente depuis la victoire de Noah aux Internationaux de France. Et comme chaque année depuis le 5 juin 1983, la terre battue parisienne a été fatale aux meilleurs joueurs français.

Jo-Wilfried Tsonga, défait par Novak Djokovic, le 5 juin 2012 à Roland-Garros. REUTERS/Nir Elias

Jo-Wilfried Tsonga, défait par Novak Djokovic, le 5 juin 2012 à Roland-Garros. REUTERS/Nir Elias

Le tennis français, c’est comme un tube de Jean-Louis Aubert. Chaque Roland-Garros se termine invariablement par les mêmes paroles de la même chanson triste.

Voilà, c’est fini, oui, et bien fini pour cette édition 2012 avec effectivement une grosse goutte au nez, mais celle-là pendouille en étant autant due au froid de loup qu’à l’émotion suscitée par la chute de Jo-Wilfried Tsonga, dernier soldat tombé au champ d’honneur sous les coups du n°1 mondial, Novak Djokovic.

Sous un ciel plombé comme un cercueil et sur un central glacé aux allures de Père Lachaise un après-midi d’automne, l’enterrement a été de première classe lors d’un quart de finale de haute volée (6-1, 5-7, 5-7, 7-6, 6-1) et au cours duquel Tsonga a bénéficié de quatre balles de match.

Adieu veau, vache, cochon, couvée. Sous les marronniers de Roland-Garros, les journalistes français peuvent déjà bichonner les leurs dans l’optique de l’édition 2013 des Internationaux de France.

Secouez l’arbre et ils vous tomberont sur la tête dans 11 mois et quelques jours:

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D’ici là, un joueur français aura peut-être enfin remporté un titre du Grand Chelem, histoire de relâcher la pression sur notre chanteur aux dreadlocks, 52 ans au compteur.

Mais il ne faut pas trop compter là-dessus non plus –le LOL a ses limites– car il va falloir sacrément se dépêcher lors des prochains Wimbledon, US Open et Open d’Australie pour combler ce vide de plus en plus béant.

Nous devenons des anciens combattants

En 1983, lorsque Yannick Noah était devenu le premier Français vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem depuis Yvon Petra en 1946, on s’était dit: «Vous vous rendez compte, cela remontait à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trente-sept ans! Une paille!» Presque la préhistoire pour nos autres, notamment adolescents persuadés que les victoires allaient s’empiler.

Las! Rien de rien. Les saisons passent, nos tempes blanchissent, notre vue baisse et nous voilà tout près des fameux trente-sept ans et au bord de devenir à notre tour des anciens combattants un peu radoteurs suffisamment vieux pour avoir été les témoins du triomphe de celui qui n’avait ni revers, ni retour de service, mais disposait de suffisamment de volonté pour renverser Ivan Lendl et Mats Wilander en quelques jours.

Oh, bien sûr, il y a eu Mary Pierce en 2000 pour flatter (sans exagération) notre fierté nationale du côté de la porte d’Auteuil, mais la joueuse à l’impossible natte, également finaliste en 1994 et 2005, s’est imposée parce qu’elle était avant tout Américaine, ayant grandi et appris le jeu en Floride et n’ayant surtout jamais biberonné à notre culture de la lose made in France.

Victorieuse de l’Open d’Australie et de Wimbledon en 2006, Amélie Mauresmo, seule Française n°1 mondiale, aura toujours lamentablement échoué à Roland-Garros –pas une demi-finale– alors qu’elle était une très bonne joueuse de terre battue.

L'école de la lose

Au fond, Roland-Garros, c’est désormais toujours un peu la même histoire. Nous passons notre première semaine à célébrer nos sans-grades, nos inconnus, nos travailleurs de la terre accrochés au firmament de l’étoile filante de la célébrité l’espace d’une soirée.

Ici, c’est Paul-Henri Mathieu qui s’arrache pour vaincre John Isner au bout du suspense. Là, c’est Virginie Razzano qui déboulonne Serena Williams avant de s’incliner au tour suivant face à plus nobody qu’elle.

Et la deuxième semaine nous sert à faire le deuil de nos illusions malgré quelques coups d’éclat au fil des éditions: finale pour Henri Leconte en 1988, demi-finales pour Cédric Pioline en 1998, Sébastien Grosjean en 2001, Gaël Monfils en 2008 et Marion Bartoli en 2011.

En fait, Roland-Garros, c’est notre Festival de Cannes du sport. Le monde entier déboule sur nos terres, mais la palme d’or, c’est toujours (ou presque) pour les autres.

Alors que depuis 15 ans, nos «petits» voisins, la Suisse et la Belgique, ont produit des vainqueurs du Grand Chelem et des petits génies de la balle comme Roger Federer, Martina Hingis, Kim Clijsters et Justine Henin, le tennis français, nettement plus riche en termes de moyens, a dû se contenter de moins et de carrément «rien» à Roland-Garros, n’en déplaise à Mary Pierce.

Par définition, les champions sont toujours exceptionnels. Dans le tennis masculin, la France est à la recherche de cette perle rare.

Presque désespérément, à l’instar de la défaite crève-cœur de Jo-Wilfried Tsonga qui nous vieillit déjà d’un an.

Yannick Cochennec 

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