France

Européennes: sondages, la grande méprise

Ariane Istrati, mis à jour le 26.05.2009 à 17 h 39

Image de une: à Paris, le 24 mai. John Schults / Reuters

Image de une: à Paris, le 24 mai. John Schults / Reuters

Alors comme ça l'UMP aurait le vent en poupe! Depuis quelques semaines, les commentateurs dressent la même prédiction: le parti du Président devancera largement les socialistes lors des élections européennes du 7 juin prochain. Chiffres à l'appui. Selon les différents sondages, l'UMP est en tête, battant de cinq à six points le PS. Pour CSA-Le Parisien, le parti majoritaire atteindrait 26% contre 21% au PS. Selon Viavoice pour Libération, il afficherait 27% contre 22%. Et nos éditorialistes de commenter la bonne vitalité de la formation gouvernementale. Les grandes gueules de l'UMP se sont ruées sur l'aubaine. Frédéric Lefebvre, porte-parole du parti, en a profité pour se moquer du PS qui aurait, d'après lui, «les pieds dans la glaise» face à une UMP qui serait en pleine forme.

Du coup, on se met à douter. On se dit qu'on a peut-être rien compris. On pensait le gouvernement à bout de souffle et Nicolas Sarkozy en difficulté dans l'opinion (seuls 40% des Français se déclarent satisfaits de sa politique). Sans parler de la crise qui rend l'opinion sceptique quant aux capacités de l'équipe au pouvoir à apporter des solutions. Or, à entendre les commentateurs, il n'en serait rien: l'UMP, conserverait son prestige quasi intact. Bizarre, bizarre.

Mais à y regarder de près, une autre analyse s'impose. Passons sur le fait que, selon la même étude Viavoice, seules 40% des personnes interrogées se déclarent «tout à fait certaines» d'aller voter dimanche 7 juin (ce qui incite, pour le moins à la prudence). Cette précaution prise, revenons aux chiffres. Lorsqu'on dissèque les résultats des sondages, on s'aperçoit vite que le seul parti qui soutient la politique du gouvernement, ne recueille en fin de compte que moins d'un tiers des intentions de vote des Français. C'est faible. D'autant plus que Nicolas Sarkozy peut se targuer d'avoir exercé une présidence de l'UE honorable. Les Français, semble-t-il, ne lui en font pas crédit.

L'arrivée en tête de l'UMP ne doit pas masquer la réalité : seule une petite minorité de nos compatriotes soutient la politique du Président. Le dossard de numéro 1 dont est affublé l'UMP n'est, en fait, dû qu'à une seule chose: la division de la gauche. Les voix de gauche pro-européenne se répartissent en effet entre les listes PS et celles d'Europe Ecologie conduites par les Verts et Daniel Cohn-Bendit. Selon le sondage CSA-Le Parisien, ces listes, résolument anti-sarko obtiendraient 13% des suffrages. De quoi gonfler sérieusement le score de la gauche anti-gouvernementale si on les additionne au PS.

Ce n'est donc pas l'UMP qui est forte mais les socialistes qui, toujours englués dans leurs problèmes de leadership, ne font pas le plein des voix de gauche. Un classique des élections européennes si l'on veut bien se souvenir que cette formation obtient généralement entre 20 et 33% des suffrages à ce type de scrutin. Ce qui est nouveau, c'est l'émergence à ses côtés d'une gauche non communiste et non-radicale. Une nouvelle donne que semblent avoir compris certains dirigeants socialistes. Plutôt que de s'apitoyer sur les piteuses performances de son parti, Jean-Christophe Cambadélis, directeur de campagne du PS pour les européennes, a préféré remarquer vendredi 22 mai au micro de RMC que «Nicolas Sarkozy va se retrouver avec moins de 27%», car «à part l'UMP, personne ne défend le gouvernement». Et de conclure: «l'ensemble de la gauche va pulvériser l'UMP (...) il y a une offre anti-sarkozienne formidable».

Si l'on classe François Bayrou parmi les opposants à Nicolas Sarkozy, le constat s'aggrave pour le pouvoir en place. Selon les études, les listes de Bayrou recueilleraient autour de 14% des voix. Une sacrée épine dans le pied de la droite.

En fait, la vraie nouveauté de ce scrutin ne réside pas dans une bonne santé de l'UMP dont on a vu ce qu'elle avait de factice, mais dans la révélation d'un mécontentement certes polymorphe mais profond contre le gouvernement. Le 7 juin montrera aussi le déclin des nonistes (listes Villiers autour de 5-6, gauche radicale autour de 10) et la consécration des partis pro-européens. Mais ça, c'est un autre débat.

Ariane Istrati

Image de une: à Paris, le 24 mai. John Schults / Reuters

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