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Blocage du prix des carburants: Hollande en a rêvé, Fiat l’a fait

Hugues Serraf, mis à jour le 25.06.2012 à 20 h 01

Fiat Italie subventionne le carburant de ses clients. Fiat France suit (mais bien timidement).

Fiat 500 vintage à la pompe / SoulRider222via FlickrCC Licence by

Fiat 500 vintage à la pompe / SoulRider222via FlickrCC Licence by

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François Hollande promettait de bloquer le prix des carburants. Il ne l’a pas fait. Pas seulement parce qu’il s’est rendu compte que ce n’était pas une bonne idée et qu’à force de raconter aux Français que le pétrole peut redevenir bon marché sur décret, ils finiront par le croire, mais tout simplement parce que la conjoncture a fait le boulot à sa place

En gros, s’il bloquait les prix maintenant, il les empêcherait de poursuivre leur baisse. Avouez que ce serait bête.

Maintenant, ce qu’un président normal ne peut pas faire, même pour de l’essence ordinaire, Fiat a l’air d’être mieux organisé pour le réaliser. Le constructeur italien propose en effet à ses clients transalpins de ne plus payer qu’un euro par litre pendant trois ans, quelle que soit l’évolution du prix à la pompe. C’est de la promo, mais c’est assez gonflé tout de même quand on représente 30% des immatriculations de tout un pays, soit un bon 600.000 véhicules.

D’accord, les promotions de ce genre sont toujours un peu biaisées, puisqu’elles prennent la place des discounts couramment pratiqués en concession ―les fameux «avantages clients». Mais avec le carburant, une certaine incertitude subsiste sur le coût global de l’opération pour le constructeur. Qu’un petit conflit se déclenche avec l’Iran, qu’un peu d’instabilité agite les producteurs sud-américains et ça pourrait lui coûter un bras.

Une taxe de 2 centimes pour les victimes du tremblement de terre

C’est qu’en en Italie, le litre d’essence est déjà aux alentours de deux euros. Y faire le plein est traditionnellement plus cher que dans le reste de l’Europe; les touristes en savent quelque chose. L’équivalent local de la TIPP vient d’ailleurs d’être encore relevé de 2 centimes pour financer un programme de solidarité en direction des sinistrés du dernier tremblement de terre.

Désormais, si vous achetez une Fiat Panda, vous recevrez une carte de paiement («Supercard») valide dans toute les stations IP (4.200 points de vente dans la Botte), vous permettant d’acheter jusqu’à 1.200 litres par an pour la durée de l’opération à un tarif bloqué. Avec un SUV Freemont, qui consomme plus, c’est 4.500 litres.

On imagine que chez Fiat, on va se mettre à prier pour le prix de l’essence reste à peu près stable ou décroisse même un poil histoire de ne pas manger toute la marge…

Mais en France, où Fiat n’est pas un constructeur majeur et doit constamment innover en matière marketing pour ne pas trop se faire oublier, on suit cet exemple?  «D’une certaine façon, répond Christophe Useo, responsable de la communication de la filiale française. Nous avons notre autonomie par rapport au siège parce que le positionnement de la marque n’est pas le même ici et là, mais nous avons regardé cette idée et nous l’avons adaptée…»

― Ah bon, vous aussi vous offrez des milliers de litres de carburant à chaque nouvel acheteur d’une Fiat? J’ai dû louper ça…
― Pas exactement. Mais nous avons une promo depuis quelques jours sur l’achat d’une Punto Easy diesel. Là nous proposons carrément six ans de carburant gratuit!
― Sans blague... Comment ça?
― Eh bien nous offrons 5.400 euros de remise au client, ce qui correspond à peu près à six ans de consommation moyenne d’une voiture de ce type à raison de 18.000 kilomètres et à 1,4 euro du litre...
― Mouais… C’est pas mal, mais ça n’est pas aussi spectaculaire qu’en Italie où c’est sur toute la gamme. D’ailleurs, vous en vendez combien par an de ces Punto Easy diesel en France? Quelques dizaines, quelques centaines?
― Je ne peux pas vous le dire, c’est confidentiel…
― Ah d’accord… Et elle vous revient à combien, cette opération? Parce que 5.400 euros de remise, ça a l’air beaucoup, mais de nos jours, c’est presque banal quand on fait couramment cadeau d'un GPS, d'un autoradio, d'une peinture métallisée et tuttiquanti [en italien dans le texte, NDLR]…
― Quoi ! Ça met cette Punto à 12.000 euros contre plus de 16.000 au départ! Allez voir les tarifs des concurrentes…
― Bof, les concurrentes, leur tarif catalogue sera plus élevé, fatalement. Mais après négo…
―…

Bon, bon, d’accord. Ne nous fâchons pas. Disons que c’est juste un poil petit bras par rapport à ce que font les grands frères italiens, mais que c’est pas mal non plus. De toute manière, les Italiens, ils ont toujours le geste un peu plus ample que les Français; c'est pour ça que leurs finances publiques sont encore plus mal en point que les nôtres.

Mais c'est tout de même rouler en marche arrière pour mieux sauter dans le ravin à moyen terme. L’essence, c’est un peu comme l’immobilier parisien: c’est cher parce que c’est rare et ça va l’être de plus en plus. Fiat et Hollande peuvent bien tenter de limiter la casse, c’est peine perdue.

Hugues Serraf

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