Economie

Encadrer les loyers? Mon dieu qu’ils sont bêtes!

Hugues Serraf, mis à jour le 04.06.2012 à 12 h 38

Si le marché ne fixe plus le niveau des loyers, il ne restera plus rien à louer. On parie?

Des logements neufs ne trouvent pas preneur à Poitiers (Regis Duvignau / Reuters)

Des logements neufs ne trouvent pas preneur à Poitiers (Regis Duvignau / Reuters)

C’était une promesse de campagne, l’un de ces engagements symboliques «fondateurs» ―avec la taxation des vilains riches et la fin de la baisse du nombre des gentils fonctionnaires―, auxquels on ne déroge pas sous peine de se voir renvoyé à ses chères études aux législatives: l’encadrement des loyers.

Oh, chacun sait à quel point c’est l’exact contraire de ce qu’il faut faire. Que c’est sans doute le meilleur moyen de faire disparaître les trop rares biens des marchés en tension, à Paris et dans la poignée d’agglomérations en France où il est effectivement dispendieux et compliqué de se loger. Mais ça n’est pas grave. Le symbole prime. Et puis il sera toujours temps de revenir en arrière une fois les pots cassés, vu que faire et défaire, c’est toujours faire…

Pour pas mal de gens, à gauche mais aussi à droite (c’est plus un truc français que partisan), les loyers sont élevés lorsque de cupides propriétaires fonciers décident de les augmenter au-delà des moyens dont disposent leurs locataires potentiels. Les mêmes crapules sont également responsables de la pénurie en ne mettant pas leurs bien sur le marché au risque ne de rien gagner du tout mais les voies des propriétaires cupides sont aussi impénétrables que celles du Grand architecte (ce qui tombe sous le sens, après tout, c’est de l’immobilier tout ça).

Prenez Paris, par exemple. C’est une ville minuscule, 105,4 kilomètres carrés, presque intégralement construite, pleine comme un œuf et dont rêvent les dix millions de personnes établies dans ses marches. Las, intra muros, comme on disait avant Vatican II, il n’y a de la place que pour deux millions de Parigots. C’est comme ça. C’est une loi naturelle (encore le Grand architecte): on ne peut pas faire entrer douze millions de gens dans vingt arrondissements. Même avec un chausse-pied.

Le vrai prix de Paris? Cher...

Ce qui est rare et désirable étant cher, a fortiori dans une métropole mondiale où la demande est également internationale, et les loyers ne pouvant de toute manière se fixer à un niveau supérieur à la solvabilité des locataires, le vrai prix de Paris c’est ça: cher. Cher, c’est aussi le vrai prix de Londres ou de New York, mais pas de Saint-Etienne, de Bradford ou de Detroit, où c’est trouver preneur pour son F3 pour une bouchée de pain qui tient de la mission impossible.

Empêcher un propriétaire de fixer le loyer en fonction, et de son souhait de rentabilité (argh!) et de sa capacité à trouver des locataires susceptibles de payer ce qu’il demande (re-argh!), c’est lui envoyer le signal qu’investir dans du logement locatif, c’est naze parce que ça ne rapporte que ce que l’Etat veut bien que ça rapporte plutôt que ce que le marché admet.

Déjà qu’il devait se méfier de ces locataires mauvais payeurs qu’une règlementation hyper-protectrice l’oblige à jouer les KGB avant de signer un contrat (vous en connaissez beaucoup, des pays où un couple de quadras avec enfants doit être présenté par ses parents, être fonctionnaire depuis quatre générations, disposer de revenus quatorze fois supérieurs au loyer et présenter les fiches de payes de sa petite cousine et ses quinze dernières déclarations d’impôts pour louer un appart?), il remettra bientôt tout sur de l’assurance-vie ou sur un fonds en francs suisses dans une banque de Jersey...

L’Etat, s’il veut vraiment faire quelque chose pour la baisse des loyers, a tout de même quelques leviers. Il peut construire du logement social (mais seulement où il en faut parce que les mêmes 20% de la loi SRU à Guéret et à Cannes, c’est un peu stupide); il peut inciter les promoteurs privés à construire (mais là où il y a de la place parce que les 500.000 logements qui manquent, ils ne seront pas tous construits près du centre Pompidou ou de la place de l’Etoile); surtout, il peut rendre l’investissement locatif tellement attractif fiscalement qu’on viendra du monde entier pour acheter des logements à mettre en location dans l’Hexagone (l’Etat encaissera moins de taxes, mais ça jouera peut-être à la baisse dans le calcul des bailleurs, surtout s’il y a plus de concurrence entre eux).

Ah, et Paris-centre dans tout ça? Hum… Ça restera cher. Et Cannes, Courchevel et Neuilly-sur-Seine aussi. Dijon et Poitiers, en revanche...

Hugues Serraf

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