Monde

François Hollande sans illusions sur Vladimir Poutine après leur première rencontre

Daniel Vernet, mis à jour le 02.06.2012 à 13 h 42

Le nouveau président français faisait face à un exercice délicat: ménager un interlocuteur dont il aura besoin pour quitter l’Afghanistan tout en ne passant pas sous silence les divergences sur la Syrie.

Vladimir Poutine et François Hollande lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 1er juin 2012. REUTERS/Philippe Wojazer.

Vladimir Poutine et François Hollande lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 1er juin 2012. REUTERS/Philippe Wojazer.

Fidèle à son habitude, François Hollande n’a pu s’empêcher de faire un trait d’humour à l’issue d’une conférence de presse glaciale avec Vladimir Poutine. Une journaliste russe avait demandé au président russe qu’elle était sa première impression de son collègue français qu’il découvrait.

Poutine n’avait pas répondu. Hollande a repris le dicton: «Vous avez raison, la première impression est toujours la bonne», a-t-il dit dans un demi-sourire. Parions que l’impression qu’a retirée le nouveau président français de Vladimir Poutine n’est pas particulièrement enthousiaste.

Pour François Hollande, l’exercice était délicat. Il devait observer les formes diplomatiques avec un hôte qu’il recevait pour la première fois à l’Elysée et ménager un interlocuteur dont il aura besoin pour évacuer d’Afghanistan au moins une partie des forces françaises, tout en ne passant pas sous silence des divergences profondes sur le principal sujet à l’ordre du jour: la crise en Syrie.

La coopération bilatérale et le renforcement des échanges économiques entre la France et la Russie ont été l’occasion de paroles aimables bien que le président français ait paru un peu en retrait par rapport à Poutine. Il a déclaré «envisager» de se rendre à Moscou après une série de réunions diverses. Poutine lui a rappelé qu’il avait reçu une invitation formelle.

De toute évidence, François Hollande n’est pas pressé. A peine élu en 1981, François Mitterrand avait gelé les rencontres franco-soviétiques au sommet à cause de… l’Afghanistan.

Poutine campe sur ses positions

Aujourd’hui, c’est la Syrie qui divise la France et la Russie. Le président français n’est pas parvenu à infléchir la position de son interlocuteur. Celui-ci est resté sur ses positions traditionnelles: il ne soutient aucune partie en Syrie mais veut éviter tout ce qui pourrait conduire à une guerre civile. Les deux côtés portent une responsabilité dans les affrontements armés et les morts civils.

Les sanctions ne sont pas toujours efficaces et les changements de régime ne conduisent pas nécessairement au «bonheur total». Le «printemps arabe» a conduit à une déstabilisation de la région sans que le sort de la population ait été amélioré.

Sous-entendu, il est temps que les Occidentaux cessent leurs activités subversives. La Russie s’est laissée abuser une fois en Libye, on ne l’y reprendra plus. Petite perfidie supplémentaire: Bachar el-Assad a visité Paris plus souvent que Moscou, a lancé Poutine, ce qui a amené François Hollande à prendre une nouvelle fois ses distances avec son prédécesseur: il n’est pas responsable des visites à Paris du dictateur syrien qui avait été l’hôte d’honneur du 14 juillet en 2008.

Comme à Berlin, où il est tombé d’accord sur ce point avec Angela Merkel, Poutine s’est prononcé pour une solution politique. François Hollande n’a pas dit le contraire et s’est bien gardé de revenir sur ce qu’il avait dit quelques jours plus tôt à la télévision, à savoir qu’une intervention militaire n’était pas exclue si l’ONU le décidait ainsi.

C’eût été agiter un chiffon rouge devant le président russe, qui ne veut pas en entendre parler. A ce stade des négociations au Conseil de sécurité, la Russie est même opposée à un durcissement des sanctions contre Damas. François Hollande pour sa part juge un accroissement de la pression par de nouvelles sanctions «nécessaire et indispensable».

Analyses diamétralement opposées

La France et la Russie font une analyse diamétralement opposée de la situation en Syrie. Pour Paris, la responsabilité des affrontements et des massacres repose essentiellement sur le régime de Bachar el-Assad. La conduite du clan au pouvoir et des ses milices est «inacceptable» et le départ du dictateur syrien est «un préalable à une solution politique», selon les lignes du plan présenté il y a maintenant deux mois par Kofi Annan. François Hollande a voulu laisser une petite chance à l’ancien secrétaire général de l’ONU alors que bien des observateurs, y compris l’ancien ministre des affaires étrangères Alain Juppé, jugent d’ores et déjà que ce plan est un échec.

Pour Moscou, au contraire, il faut faire preuve de patience, renvoyer dos à dos le régime Assad et les groupes d’opposition, ne pas se laisser impressionner par des pertes civiles qui ne sont rien à côté du bilan d’une possible guerre civile.

Poutine n’a pas voulu dire s’il serait prêt à accueillir en Russie Bachar el-Assad pour faciliter une transition politique à Damas. Il juge sans doute que c’est encore top tôt. Avant tout mouvement dans ce sens, il veut obtenir des garanties sur la nature du futur régime syrien, sur le maintien de ses liens avec la Russie, en particulier militaires –Moscou entretient une base navale à Tartous, son seul point d’appui en Méditerranée—, sur la stabilisation de la région.

Apprentissage accéléré de réalisme

Les préoccupations russes ne concernent pas seulement le Moyen-Orient. A Paris, Poutine a répété son vieux discours contre l’élargissement de l’Otan qui est arrivée aux frontières de la Russie et poursuit, selon lui, sa stratégie d’encerclement avec le projet de défense antimissiles.

Il ne se contente pas de belles paroles sur le fait que ce programme n’est pas dirigé contre son arsenal nucléaire. Il exige des garanties, un droit de contrôle sur l’utilisation de ce parapluie antimissiles. Il en parlera bientôt à Washington avec Barack Obama. La Syrie pourrait alors être une monnaie d’échange qu’il préfère donner aux Américains plutôt qu’aux Européens.

En ce sens, la première rencontre franco-russe du nouveau quinquennat constitue un apprentissage accéléré pour François Hollande, qui ne doit pas nourrir d’illusions sur les dispositions de Vladimir Poutine, si tant est qu’il en eût.

Daniel Vernet

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