Pourquoi a-t-il fallu attendre deux mois pour connaître les raisons de la mort de Richard Descoings

Les services de médecine légale de New York sont formels: le directeur de Sciences Po est mort des suites d’une «crise cardiaque». Pourquoi a-t-il fallu attendre deux mois ?

Le 4 avril à Sciences Po, hommage des élèves au directeur disparu. Jacky Naegelen / Reuters

- Le 4 avril à Sciences Po, hommage des élèves au directeur disparu. Jacky Naegelen / Reuters -

La médecine légale est une discipline rarement soumise à l’urgence. Il aura donc fallu au final près de deux mois pour connaître les causes de la mort de Richard Descoings. On est loin des légistes omniscients des séries télévisées américaines qui aiment rendre un verdict définitif quelques minutes après la découverte du mort.

Mercredi 30 mai les services médico-légaux de la ville de New York ont annoncé que le décès du directeur de Sciences Po, retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel à New York le 3 avril, avait été la conséquence d’une «crise cardiaque».

Répondant par téléphone à plusieurs agences de presse, Ellen Borakove, porte-parole de ces services a affirmé que l’hypothèse d’une cause criminelle pouvait désormais être totalement exclue, le certificat de décès faisant officiellement état d’une maladie cardiaque associée à une «hypertension» sans préciser la nature de cette dernière.

«Un délai de deux mois peut parfaitement se situer ici dans la norme, a expliqué à Slate.fr le Pr Patrice Mangin (Centre hospitalier universitaire vaudois, Lausanne) directeur du Centre universitaire romand de médecine légale. Une mort subite par accident cardiaque ne correspond en effet pas toujours au tableau classique de l’infarctus du myocarde massif avec artères coronaires oblitérées. Il existe d’autres causes ischémiques incluant par exemple des phénomènes de spasmes qui nécessitent des investigations histologiques et toxicologiques plus approfondies. Dans de telles circonstances nous ne pourrions vraisemblablement pas pour notre part, en Suisse, fournir de réponses avant un délai minimum de trois semaines.»

Pour le Pr Magin, les éléments du dossier aujourd’hui disponibles font penser que la cause du décès a été  très vraisemblablement attribuée «à une ischémie aigue coronarienne (infarctus du myocarde) chez une personne connue pour souffrir d'une hypertension artérielle». Il peut aussi s’agir d’une personne présentant à l’autopsie des signes évocateurs d'une hypertension artérielle au niveau de ses reins vasculaires; ou encore des lésions d’athéroslérose avec des sténoses coronariennes chez une personne seulement âgé seulement de 53 ans.

Par ailleurs, observe le légiste suisse, il n'est donné aucune indication du résultat des analyses toxicologiques ce qui selon moi, revient à dire que l’on n’a pas trouvé de substances toxiques susceptibles d'avoir joué un rôle déterminant dans la survenue du décès: «Il n'est peut être pas exclu que l'analyse ait pu caractériser la présence d'alcool ou de tout autre substance mais dont la présence n'a pas été de nature à influencer le mécanisme physiopathologique à l'origine du décès.»

Et dès lors que la piste criminelle est abandonnée par les services de police rien ne justifie plus que ces éléments, s’ils existent,  soient rendus publics par les autorités judiciaires qui avaient initialement ouvert le dossier.

Jean-Yves Nau

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L'AUTEUR
Journaliste et docteur en médecine, ancien instituteur, Jean-Yves Nau a été en charge de la rubrique médecine du Monde de 1980 à 2009. Il tient également le blog Journalisme et santé publique. Le suivre sur Google+. Ses articles
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Publié le 31/05/2012
Mis à jour le 31/05/2012 à 6h58
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