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Syrie: François Hollande au pied du mur russe

Daniel Vernet

La pression mise sur Assad par la diplomatie française, accueillie fraîchement en Europe, ne peut fonctionner que si Poutine le décide. Ça tombe bien, il est à Paris vendredi.

Capture d'une vidéo de funérailles de personnes présentées comme des victimes de l'armée syrienne à Houla, le 27 mai 2012. Via REUTERS TV.

Capture d'une vidéo de funérailles de personnes présentées comme des victimes de l'armée syrienne à Houla, le 27 mai 2012. Via REUTERS TV.

Face au régime de Bachar el-Assad, l’escalade continue. Elle reste verbale et diplomatique mais une intervention militaire n’est plus exclue. Mardi 29 mai à la télévision, François Hollande n’a pas rejeté le recours à la force. Il intervenait peu après Bernard Henri-Lévy qui venait de rappeler comment l’esprit de décision de Nicolas Sarkozy avait sauvé Benghazi, en mars 2011, puis permis quelques mois plus tard d’en finir avec Kadhafi et son régime. François Hollande peut-il se montrer plus pusillanime que son prédécesseur à l’Elysée?

Le même jour, dans un entretien au journal «Le Monde», le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius affirmait qu’«aucun Etat [n’était] prêt à envisager aujourd’hui une opération terrestre». Si les mots ont un sens, cette déclaration signifie deux choses: d’une part, ce qui est vrai «aujourd’hui» peut ne plus l’être demain; d’autre part, une action armée peut prendre d’autres formes qu’une opération terrestre.

Ce fut le cas en Libye où l’établissement d’une zone d’interdiction aérienne destinée à protéger des civils s’est transformé en campagne de bombardements sur les troupes et les installations du «guide» libyen. La phrase du chef de la diplomatie française ouvre un certain nombre de possibles.

Un revirement russe? Un «risque» pas très grand

Nous n’en sommes pas là en Syrie. Le président de la République a pris soin de préciser que seul le Conseil de sécurité des Nations unies avait le pouvoir de légitimer une action armée. La Russie et la Chine ont immédiatement réagi en déclarant qu’elles s’opposaient à une telle décision.

Les déclarations françaises ont été reçues avec une certaine tiédeur dans d’autres capitales européennes. Paris est soupçonné de jouer avec le feu. La menace de veto de Moscou et de Pékin évite jusqu’à maintenant de poser sérieusement la question d’une intervention militaire, sous quelque forme que ce soit.

Au contraire, si les Russes donnaient même implicitement leur feu vert, suivis selon toute vraisemblance par les Chinois, les Occidentaux seraient au pied du mur, alors que personne n’a envie de se retrouver impliquer dans le bourbier syrien. Le risque d’un revirement russe, toutefois, n’est pas très grand.

François Hollande cherchera-t-il à fléchir Vladimir Poutine lors de la visite du président russe à Paris, vendredi 1er juin? Il essaiera de le convaincre que Moscou joue la mauvaise carte en soutenant un régime brutal de plus en plus isolé, y compris dans le monde arabe. Que la poursuite des affrontements fait le jeu des extrémistes islamistes que la Russie prétend craindre par-dessus tout. Qu’il est dans son intérêt d’œuvrer à une passation de pouvoir «à la yéménite», c’est-à-dire à une transition qui garantirait l’immunité à Bachar el-Assad et l’arrivée d’une personnalité acceptée par le clan et par l’opposition.

Impuissance onusienne

Pour le moment, Poutine fait la sourde oreille. Le massacre de Houla, au cours duquel plus d’une centaine de personnes dont des dizaines d’enfants ont été tuées par les milices d’Assad dans cette bourgade, selon l’enquête de l’ONU, ne l’a pas fait changer d’avis. Il renvoie dos à dos le pouvoir et les groupes de l’opposition.

Le temps presse. L’idée de réunir «les amis de la Syrie» au cours d’une conférence à Paris est peut-être bonne pour ressouder l’opposition et envisager de nouvelles sanctions contre Damas. Mais il faut plusieurs semaines pour organiser une telle conférence et entretemps les sbires d’Assad continuent les massacres de civils. Les observateurs désarmés envoyés par l’ONU n’y peuvent rien, comme l’a amèrement constaté Kofi Annan.

La mission de l’ancien secrétaire général des Nations unies avait été vivement encouragée par le Kremlin qui y voyait un moyen de calmer les Occidentaux tout en ménageant leur allié syrien. Pour le moment, les Russes ne semblent pas tenir rigueur à Bachar el-Assad de l’avoir sabotée.

Or ce sont eux qui plus que jamais détiennent la clef d’une solution. Poutine bénéficie d’un avantage indiscutable par rapport à ses interlocuteurs occidentaux: il n’est pas soumis à la pression d’une opinion publique scandalisée par les images des victimes à la télévision.

Daniel Vernet

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