France

Mariage: depuis quand fait-on du bruit à la mairie?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.05.2012 à 19 h 45

Christian Estrosi a annoncé l'interdiction des cris, des sifflets et autres groupe de musique «folklorique» à la sortie des mariages civils à l'hôtel de ville de Nice.

Un mariachi à Mexico le 10 décembre 2011, REUTERS

Un mariachi à Mexico le 10 décembre 2011, REUTERS

Christian Estrosi a annoncé jeudi 24 mai que les noces à l’hôtel de ville de Nice devraient désormais se dérouler sans cris, ni sifflets, ni «drapeaux notamment étrangers», ni groupe de musique «folklorique» non autorisé, sous peine de voir la cérémonie repoussée au lendemain. L’opposition municipale a accusé le maire UMP, qui a estimé que ces comportements sont «de nature à troubler (...) la tranquillité (des riverains) et la solennité de l'instant», de stigmatiser les «personnes originaires du Maghreb». Depuis quand fait-on du bruit à l’occasion des mariages?

Depuis toujours, ou presque. Les cris et les applaudissements à la sortie de la mairie sont une manifestation de joie collective. En Bretagne, jusqu’à la fin du XIXe siècle, le cortège des mariés traversait le village au son du biniou, type de cornemuse traditionnelle bretonne. Une tradition que certains continuent à faire vivre en proposant leurs services pour les jeunes mariés. Dans les mariages traditionnels provençaux, des tambourinaires ouvrent la marche à la sortie de l’hôtel de ville.

Savez-vous d'où vient le mot «charivari»?

Mais le bruit à l’occasion des processions de mariage n’a pas toujours été une expression de liesse collective. Le mot «charivari», utilisé pour la première fois dans un texte français en 1320, désignait le vacarme constitué de cris, de sifflets, de huées, de bruits de chaudrons et de poêles que faisaient les villageois lors d’un mariage que désapprouvait la communauté, par exemple quand l’homme était beaucoup plus âgé que la femme, ou quand un jeune veuf (ou une jeune veuve) se remariait, contrairement à la norme sociale.

Dans les sociétés traditionnelles de certaines régions, les familles et proches des mariés tirent des coups de fusil et allument des pétards. Le bruit est également dans le système de pensée traditionnel un moyen d’éloigner les esprits. Aujourd’hui, les concerts de klaxons du cortège qui amène les mariés du lieu du mariage religieux ou civil vers le lieu de la réception  succèdent à ces anciens rituels sonores et annoncent à tous la bonne nouvelle. Certains attachent des casseroles à l’arrière de la voiture des mariés, une coutume dont l’origine n’est pas claire mais qui génère son lot de nuisances sonores.

Les cortèges nuptiaux à la sortie de la mairie ou de l'église représentent également, à l’image des manifestations politiques ou sportives, une occasion de braver l’ordre public, d’envahir l’espace public pour prendre les habitants à témoin tout en restant dans le cadre de ce qui est socialement acceptable. 

Pour jouer de la musique sur la voie publique, il faut théoriquement faire une demande à la préfecture de police (à l’exception notable de la fête de la musique durant laquelle les règles sont assouplies), qui est en charge de la sécurité préventive et de la sécurité routière. La préfecture de police de Paris indique ne pas être saisie par des demandes concernant la musique à la sortie de mariages civils, ni recevoir de plaintes à ce sujet. C’est d’ailleurs plutôt à la mairie qu’il faut s’adresser pour toute demande d’autorisation dans ce cas particulier.

Autrefois, dans les villages, tous les habitants étaient concernés et même invités à faire la fête. Aujourd’hui, alors qu’une grande partie de la population habite en milieu urbain ou périurbain, les riverains de l’hôtel de ville ou de la mairie ne connaissent pas les mariés et ont donc plus de chances d’être exaspérés par les nuisances sonores, surtout si celles-ci se répètent tous les week-ends.

Christian Estrosi n’est pas le premier maire à s’attaquer aux manifestations de joie collective qui accompagnent certains mariages. A Roubaix, les mariages ne sont plus célébrés le samedi après-midi depuis le 1er janvier 2011. Le maire apparenté socialiste René Vandierendonck avait pris cette décision drastique pour mettre fin aux nombreuses violations du code de la route et comportements dangereux des membres des convois partant de l’hôtel de ville pour célébrer un mariage.

Grégoire Fleurot

L'explication remercie Martine Segalen, ethnologue et sociologue auteure de Amours et mariages de l’ancienne France et Martine Gosse, auteure de Oui!: Une histoire du mariage de 1830 à nos jours.

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